« Drelin, drelin, drelin… » serine le carillon. La porte d’entrée est ouverte, — printemps précoce oblige — le portillon non. Le Papistache s’extrait de son fauteuil fatigué et court au devant du carillonneur. C’est une carillonneuse !

Regards réciproques, salutations d’usage et droit au but :
— J’ai une invitation pour un anniversaire.
— Pour moi ? incrudulè*-je.
— Oui-da, s’enthousiasme la sonneuse.
— Et pour quand la fête ? m’enquiers-je ?

Là, j’ouvre une parenthèse.
(Un plus finaud que moi aurait probablement demandé de qui l’invitation émanait-elle. Je n’suis pas finaud et je ferme la parenthèse.)

— C’est pour le 14 avril, m’instruit la messagère.

Ah, là, permettez que j’insère une seconde paire de parenthèses.
(Le 14 avril ! tout s’éclaire, c’est la date anniversaire de notre mariage à Épouse-Épousée et moi-même. L’avisée Mamoune a envoyé une estafette pour me rafraîchir la mémoire. Finassons à notre tour !)

— Et de qui donc fête-t-on l’anniversaire le 14 avril ? rusè-je.
Et là, la dame me cloue (chacun son tour, non ?) :
— Mais celui de la naissance de Jésus !

Est-ce afin de tromper leur monde que les Témoins de Jéhovah ne se déplacent plus par paire ? Bon, en me quittant, la prosélyte m’a félicité sur la beauté printanière de mon jardinet. Du coup, moi — vous me connaissez — j’ai pardonné la malice à la malicieuse.

 

* Oui, je sais, le verbe incréduler peut sembler barbare, mais qui entrera "Je n'suis pas finaud" dans un moteur de recherche verra le faible résultat obtenu ! alors que dans le Dictionnaire des verbes qui manquent, incréduler, lui, s'affiche crânement, ainsi que ses antonymes et synonymes.