samedi 13 septembre 2008
Pour les rares qui ignoreraient encore l'adresse des défis du samedi
Faut-il poser sa fourchette avant de gifler les enfants pendant le repas ? (Papistache)
Onma souvent demande, quels que soient l’heure, le lieu, le jour.
Onma n’ouvre la bouche que pour demander.
Onma se sait rien, ignore tout, Onma enivre son entourage de mille questions sur la vie, la mort, le pourquoi, le comment, le et puis, et alors, et encore...
Onma ignore qu’elle joue avec les nerfs de son papa un peu bas de plafond. Ce n’est pas grave. Onma fait ses apprentissages, son apprentissage. Onma grandit, se forme.
Approchons-nous :
— Papa, pourquoi je n’ai pas de petite sœur ? Pourquoi Fatima, elle a trois sœurs et aussi les jumeaux ? Pourquoi, papa ? Hein, papa, pourquoi, tu as vendu mes affaires, de quand j’avais cinq ans, au vide-grenier ? Hein, dis papa ?
Notez que le narrateur vous offre une version raccourcie des propos instigateurs de la fillette. Marie-Chantal officie en cuisine — le fraisier exige encore quelques soins — disons que le papa lit son quotidien en suivant distraitement les infos sur R.T.L. Le narrateur conciliant vous accorde, s’il vous enchante de le croire, une version avec tube cathodique et programmes idoines sur vilain papier au chlore. Le papa, distraitement pique de sa fourchette les ultimes nuggets du plat refroidi — pour une version plus culinaire, le papa picorerait les derniers farcis au basilic —.
— Papa,
pourquoi toi et maman vous dormez dans des lits jumeaux ? Hein, dis
papa ? Pourquoi pas dans un grand lit comme les parents de Fatima ?
La gifle est partie. Onma tombe de sa chaise et hurle. Sa maman quitte la cuisine. Elle essuie ses mains sur son tablier :
— Suzon-Marie, va finir tes pleurs dans ta chambre. Mon amour, je ne critique pas ton geste, certainement Suzon-Marie a voulu sa sanction mais tu aurais pu poser ta fourchette avant de gifler notre fille.
— Pourquoi ? Tu n’en as pas d’autres ?
Chers lecteurs, permettez que nous laissions ces deux adultes consentants arranger ensemble leur divergence familiale. Remarquez seulement que votre serviteur a voulu marcher dans les pas de Janeczka.
Mon
histoire respecte la consigne de notre amie insulaire et notez l’effort
que je fis pour lui montrer qu’on pouvait se passer des lettres qu’un
accent couronne tout en usant d’une orthographe rigoureusement loyale
au dictionnaire.
Je
remercie Aude (laquelle ne se doute de rien) pour l’inspiration du
billet et je maudis cette douleur dans la nuque qui me tint lucide au
mitan de la nuit, laissant germer cette ineptie que, faute de texte
plus abouti, je publie ce matin.
Je
rappelle ici cette maxime : Tout homme, ayant atteint cinquante ans et
plus, qui quitte le lit au matin et ne ressent aucune douleur doit se
persuader qu’il est mort !
Commentaires
Ah, c'est un snique-privieu des Défis que je garde toujours pour la fin (la faim ?)(la soif, pardi !)(oui, pour le plaisir !!!) le samedi.
Et j'ai ri jusqu'à ce que je dise OH, à la fin, car le texte me rappelle la dernière gifle que j'ai eue de ma mère à l'âge de dix-sept ans, où son doigt a failli crever mon oeil, par accident, of course, mais la gifle n'en était pas une. Je devrais écrire un texte pour en parler, je suis beaucoup mieux placée maintenant avec tant d'années de distance pour l'interpréter.
Ton texte est donc exquis, il fait rire et couper le souffle tout en même temps.
Autrement dit, Papistache, b-r-a-v-o.
Vous êtes cynique ! J'adore le cynisme, mais je me soigne... N'empêche je ris...
Vous êtes polifacette, poli à facettes, êtes vous poli à faces ?
Style Papistache... on s'embarque avec vous , au début on se demande bien où vous allez, et puis petit à petit en vous suivant sur votre chemin on comprend bien le but de la balade....
Comme d'hab, c'est extra, y'a tout ce qu'il faut sans trop ni pas assez... un régal...
Violent dans les mots Papistache... lorsqu'il est fatigué!!!?...
;-))
Sourire
Vanina
Moi, justement, je n'ai pas reconnu le "style Papistache".
Il ne me semble pas déjà avoir lu ici une telle violence ni cette sorte d'humour.
J'ai été surprise.
Mais, certainement que parfois ça ne fait pas de mal d'être chahutée dans ses repères.
Au moins je peux dire que l'effet de surprise est garanti!
je m'absënte un peû.... à mon retour, plus d'âccents !... Quwerty cé passé ici ?! Bravôôôô Papîstache.... bèl exercice, je n'ésséré même pas... plutôt, je n'y arriveré jamé....
PS : Peut-on garder son couteau pour frapper les parents ?
Ici, la question est sans objet : on mange avec les doigts !
Walrus : Ici, on mange avec les yeux les beaux textes de Papistache.
Ah ! Vous connaissez la phrase dont je me régale tous les matins en constatant que je ne suis pas morte ! mais je la connais sous cette forme :" Quand on est vieux, si on se réveille un matin et qu'on n'a mal nulle part, c'est qu'on est mort". C'était (à peu près) un dialogue entre J.P. Marielle et un acteur-metteur en scène (dont le nom m'échappe à l'instant)dans émission télé.
Moi aussi, j'ai été élevée avec des baffes - la dernière à 18 ans,pour une commission oubliée - mais sans fourchette, parce que ça laisse des traces.
