Le mistral véhicule de bien curieux messages.

        Celui-ci s’est arrêté à mes oreilles — non qu’elles soient plus réceptives par grand vent que par petit temps mais parce que, certainement, son contenu m’était destiné, magie de ces transmissions confiées aux éléments naturels qui savent joindre précisément leur destinataire — il y résonne encore.

        Quelque part, logée au carrefour d’un nœud de la toile médiatique, se tiendrait, invisible, silencieuse, muette peut-être, mais faite de chair, de sang et d’émotions, comme vous et moi, une internaute, abonnée aux billets qui vous attirent vous-mêmes ici — sinon quoi ?— , qui ne souhaite pas manifester sa présence.

        Elle m’intrigue.

        Je me souviens des premiers commentaires recueillis par les chroniques. Je revois la lente construction — chaque soir remise en chantier — de l’identité de celles ou ceux qui accordaient un peu de leur vie à partager une boisson tiède avec moi.

        Elle m’intrigue.

        Je sais qu’elle existe, comme je sais la présence de l’air. Je sais mettre en évidence l’existence de l’air. J’ignore si, enfermée dans un sac et plongée dans un liquide, la lectrice mystérieuse ferait des bulles.

        Comme sur le suaire de Turin, existerait-il une image négative de son empreinte ? En quelle chambre noire devrais-je développer la plaque de verre pour qu’elle se dévoile au contact du révélateur ?

        Serait-ce que mon pauvre cerveau gauche — sous utilisé s’il en est de par le monde — seul , possèderait l’aptitude à lire son passage ?

        Pâquerette est ergothérapeute, elle nous a étonnés en nous exposant les troubles de certains patients, incapables de voir, de concevoir même, le monde au-delà de leur perception altérée par la maladie. Qu’on leur serve une assiette remplie de petits pois — de la polenta ferait aussi bien l’affaire — et ils ne toucheront pas au contenu situé dans leur champ de vision déficient. “L’assiette est vide”, diront-ils, alors qu’à droite ou à gauche sera restée intacte et invisible une demi-portion de leur ration. Que l’aide-soignante tourne l’écuelle et le malade terminera son repas !

        La raison du patient pourra n’être pas atteinte, tant que son cerveau ne lui enverra pas l’information, il persistera dans son jugement : “Ma gamelle est vide !”

        Combien de lectrices déposent-elles des commentaires que je suis incapable de lire faute de posséder l’usage de mes deux hémisphères cérébraux ?

        Quelqu’un pour tourner le plat ?