Papistacheries

Mes amis de blogue sont des héros.

samedi 12 septembre 2009

Thé CMLXXXVI

Les enfants, aujourd’hui, c’est moi qui prends la plume. Tout seul. Le marionnettiste dort. Il est fatigué. Je le trouve fatigué. Ses traits sont tirés. Je ne le vois plus très souvent depuis quelques jours. Semaines, déjà.
Il travaille trop.
Part tôt.
Rentre tard.

Quoi ? Qui je suis ? Le Papistache ! Le Guignol de chiffon ! Qui d’autre ?

Je reprends. Je suis un peu inquiet. Pas pour moi. Moi,  je n’ai pas d’âme. Un cœur, oui ! mais... de chiffon.

Ce matin !
Ce matin, je l’entends descendre de l’étage. Il m’a remisé dans un carton posé près d’une table basse au salon. D’où je suis — pour autant que je puisse être quand on me délaisse dans un carton— je vois le bas de l’escalier et la cuisine presque en entier.

Ce matin, neuf heures. C’est tard. Tard ! Même pour un samedi. Son épouse, la douce Mamoune, a entendu le bruit au-dessus de sa tête. Elle est levée depuis plus d’une heure, elle. Oui, plus. Elle a mis l’eau à chauffer dans la bouilloire. Lui, il l’a embrassée et s’est assis à la table ronde. Pauvre chevalier qui siège tout seul. Le bol est prêt, les tartines sorties, les confitures entamées.

Il m’a glacé. Je l’ai vu, depuis mon exil. Je l’ai vu. Il a saisi un sachet de son thé matutinal. Mamoune ne lui parlait pas ; elle s’affairait à quelque geste ordinaire autour de l’évier à peine encombré : un bol sale et deux  cuillères. Entre le pouce et le majeur, les autres doigts repliés, il a étalé de la confiture sur son sachet de thé non déplié. Je l’ai vu. Il a confondu avec une tartine. Il s’en est rendu compte, n’a rien dit à Mamoune, a léché le délit sans se faire voir, a froissé l’enveloppe souillée et a plongé le sachet dans l’eau qui tiédissait.

Moi, j’ai vu. Ne me demandez pas comment j’ai gravi les marches, moi dont les  jambes molles ne me portent pas, pour venir vous alerter alors qu’il est monté se recoucher après sa triste aventure. J’y suis parvenu. Les chiffons s’animent quand la peine les étrangle, savez-vous.

Si vous avez lu les Chroniques ridées autour d’un bol de thé amer, vous savez qu’en 365 billets il n’a pas une seule fois tenté de vous faire rire en laissant croire qu’il tartinerait, un matin le rectangle de papier, peint à l’enseigne du revendeur de la tisane chinoise. C’est au-delà de son imagination. J’ai compris. Mon marionnettiste ne va pas bien. J’ai peur que mon séjour au fond du carton ne soit le signe d’un exil bien plus long.

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vendredi 4 septembre 2009

Tout est fête à qui a l'esprit simple

— J’aime bien les caissières de supermarchés.
Belle affaire, le Papistache aime tout le monde.
Non, je n’aime pas tout le monde.
Vas-y ! Déballe.
Je n’aime pas... les pervers narcissiques.
Pfff... personne n’aime les pervers narcissiques. Et tu connais des patrons de supermarché qui embaucheraient des pervers narcissiques pour tenir la caisse de leur magasin ?
Je ne fréquente guère les patrons de quelqu’enseigne qui soit, sans pour autant les détester.
Tu t’égares ami. Tu aimes bien les caissières de supermarché ?
J’aime bien les caissières de supermarché.
Belle affaire, tu l’as dit dix lignes plus haut.
Didiling ?
Quoi didiling ?
C’est toi qui as dit didiling.
Moi, j’ai dit didiling ?
ARRÊTE !
J’aime bien les caissières de supermarchés. Je joue avec elles.
Vas-y, raconte.
Je choisis une caisse au hasard.
Ouverte ?
Évidemment. Je dépose tous mes articles sur le tapis. La caissière me dit bonjour.
Toutes les caissières disent bonjour.
Oui, tu as raison, toutes les caissières me disent bonjour.
Non, toutes les caissières disent bonjour à tout le monde.
Oh ? Même aux pervers narcissiques.
Non, les pervers narcissiques se disent bonjour à eux-mêmes et font un procès au magasin parce qu’ils ont glissé sur une feuille de laitue qu’ils ont eux-mêmes jetée par terre devant le banc des primeurs. Continue.
Je franchis le portillon détecteur des zigouigouis magnétiques et je joue à celui des deux — la caissière et moi — qui gagnera.
Qui gagnera ?
Oui, pour gagner je dois tendre la main pour saisir le dernier article directement de la main de la caissière avant qu’elle ne le pose sur le tapis et que ce soit également le dernier que j’aie à caser dans mes sacs.
Et pour que la caissière gagne ?
Il faut qu’elle soit plus rapide que moi avec son zigouigoui lecteur de codes à barres et m’empêche de remplir mes sacs  plus vite qu’elle ne scanne les articles.
Et quelle est la récompense ?
Le regard de la caissière quand je lui tends ma carte de fidélité.
Et quand tu perds ?
Je te dirai le jour où je perdrais. Je pense que je pleurerai.
Pourquoi me racontes-tu ça ?
Vendredi, Épouse-Vaillante-Un-Peu a tenu à faire les courses seule. En rentrant— moi, les coudes sur la table de la cuisine, je rassemblais mes longs os (les courts également) en buvant lentement un vieux thé noir fumé — elle me dit — après que j’ai eu vidé le coffre de la voiture et refermé les portes du garage — qu’elle s’est sentie prise de panique à l’idée de devoir gérer l’accumulation des victuailles sur le tapis — lequel est toujours plus petit après que les produits aient été scannés et glissés en pagaille vers la sortie  qu‘avant. C’était la première fois depuis son opération qu’elle opérait sans moi en supermarché. « Allez doucement ! »  a-t-elle demandé à la dame tronc, laquelle n’a pas eu pitié de ma moitié un seul instant et l’a laissée se débrouiller seule avec l’enchevêtrement des provisions.
Ah, je vois qu' il existe des caissières perverses.
La semaine prochaine, je venge Épouse-Amoindrie et, dans quinze jours on fait la belle et si la caissière me dit : « Ben, vous, vous avez l’habitude de faire les courses ! » je l’embrasse. J’aime bien les caissières de supermarchés.

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mardi 18 août 2009

Chemin de traverse : acceptez l'invitation !

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mercredi 12 août 2009

Deux ans, sept mois et douze jours avec Papistache

1007 billets, celui-ci inclus, depuis que je vous connais, même pour ceux qui sont montés en route. Tous d’ailleurs. Reconnaissons que c’est assez minable de s’esbaudir sur ce nombre qui n’est ni rond, ni palindrome, ni magique, ni premier.

C’est comme deux ans, sept mois et douze jours. A quoi cela rime-t-il ? Neuf-cent-cinquante-cinq jours. 955 pour les amoureux des chiffres et des nombres.

1007 - 955 = 52
Ah, quand même un nombre signifiant. 52 semaines = un an, mais quoi ? 52 billets de plus que de jours passés en votre compagnie.
52 ? ce n’est même pas le nombre qui donnerait mon âge — enfin ce le fut bien voici un certain temps. 52 ? Serait-ce ma pointure ? Pas même.

On en restera à 2 ans, 7 mois et 12 jours. Quoique, 1007 ?
1007 : 955 = 1,05
Un virgule zéro cinq.
105 centièmes.

J’ai écrit un texte et cinq centièmes de texte par jour de bloguitude.
Un texte, bon, je vois à quoi cela correspond, mais cinq centièmes de texte ? C’est émouvant de penser à ce temps consacré, chaque jour, à écrire mes cinq petits centièmes de texte.
Cinq centièmes, c'est vingt jours pour parvenir à publier un texte de plus que de jours passés.
C’est émouvant. Je m’émeus seul, ce sont les vacances.

— Je vous en mets vingt-et-un pour la vingtaine ?
— C’est un bon poids, merci monsieur le marionnettiste.

21 sur 20. Aujourd’hui, on peut avoir son bac avec 21 sur 20, grâce au système des options.
21 sur 20. 10,5 à chaque œil. Bon pour le service.
21 sur 20. Côte d’Or sur ancienne Corse. Dijon sur Ajaccio.
21 sur 20. Vingt-et-un survint : « Bonjour, je suis Vingt-et-un et je viens de loin...»
21 sur 20. Vingt thés ? Un sur vingt. 1/20 c’est peu. Qui a noté ? Des options pour rattraper le coup ?

Deux ans, sept mois et douze jours.
Voilà. Bon poids. Bonne journée.










A propos, quelqu’un a-t-il pensé à vérifier si le produit 1,05 × 955 était bien égal à 1007 ?
Oh non, c’est la faute de ma calculatrice du Conseil Général de l’Eure-et-Loir, elle arrondit au centième près, je vous jure ma bonne foi, en Eure-et-Loir on arrondit au centième près.
Bon, vous savez quoi, je vais écrire ce dernier paragraphe ton sur ton, il est possible que personne ne relève l’erreur. Il y aurait bien quelques esprits pointus mais... avec la canicule... je vais quand même tenter.

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dimanche 19 juillet 2009

J'ai mis deux sucres dans ta tasse, j'en ajoute un autre ?

Mes grands-parents paternels habitaient sur le plateau de la Beauce et nous dans la vallée de l’Eure. Cinq kilomètres nous séparaient les uns des autres. Nous n’avions pas de voiture, ma mère ne faisait jamais de vélo, quatre sur la bicyclette de mon père, cela aurait fait beaucoup, d’autant que, déjà à cette époque, nous étions cinq. Nous « montions » les voir à pied.

En arrivant, mon père se servait un verre de vin. Je me souviens qu’il était le seul à avoir chaud. Les enfants allaient se perdre dans le grand jardin. Une balançoire qu’avait connue Henri IV achevait de se disloquer à la branche d’un poirier. Nous jouions.

Après la vaisselle, les adultes sortaient ; j’imagine ! la maison était déserte. C’était l’heure où roder dans la cuisine pouvait s’avérer payant. Pas de réfrigérateur, ni de congélateur, personne ne savait ce qu’étaient un sorbet ou une glace ; pas de boite à bonbons non plus, mes grands-parents ignoraient une foule de choses, mais... quand même, une boite de sucres en morceaux dont nous faisions de seyants portefeuilles environ deux fois l’an.

Chez nous, dans la vallée, le pillage de la dite boite permettait de résister aux longs sièges des ennemis Sioux ou Apaches contre nos forteresses de branches et de ficelles que nous construisions dans le petit bois voisin. Chez mes grands-parents — ah ! Grand’Mère comme tu étais rusée ! — un pacte avait été signé entre mes aïeux et les cent-mille ouvrières de la fourmilière qui occupait le foyer de l’antique cheminée désaffectée. « Pissez sur les sucres de la boite, en toute liberté — ce qui découragera les plus téméraires de nos petits-enfants — et en échange nous vous laissons  la vie sauve. »

Jamais sucres n’ont paru plus amers que ceux-ci, il fallait toute l’insouciance de l’enfance pour vouloir mordre aux parallélépipèdes empoisonnés à l’acide formique. Étonnez-vous que mon père ait toujours préféré un verre de vin rouge — enfin, un à la fois — au café de sa propre mère. Il aurait pu le boire nature, mais je l’ai déjà dit, dans ma famille on ignorait vraiment beaucoup de choses à l’époque.

Je ne vous raconte pas le vin chaud en hiver ! Mes grands-parents s’étaient habitués au gout de leur réserve, peut-être même s’étaient-ils un peu mithridatisés, ce qui expliquerait l’activité fébrile de mon grand-père qui ne prit sa retraite de garde-champêtre qu’une fois ses soixante-quinze ans sonnés. Il mourut peu après, comme il se doit dans ces cas-là.

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Un thé à l'acide formique pour varier les plaisirs

Notre amie  de blogue, Aude, écrit un joli billet sur les fourmis.
Je ne suis pas  jaloux, les fourmis dans le thé ça doit donner un vilain gout, et je ne donne presque plus à lire mes thés.

A déguster, oui.
Venez, la porte est ouverte ;  sinon, sonnez longtemps.

Non, franchement, un thé à l'acide formique, ce n'est pas « for me », que voulez-vous ? chacun ses gouts.
For you ?
A voir ?

Non, outre l'intérêt que je porte à la lecture des billets sortis de la plume de Aude, vous pourrez découvrir, dans les commentaires, qu'un « blogueur-badaud » me prend pour la grand-mère de la blogueuse mollement allongée sur son transat et surtout qu'elle ne dément pas.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, qu'on me compare à la grand-tante ou à la vieille cousine Bette de Aude, ça me réjouit le .


Papistache-la-Vieille

  • Si Kris dépose un commentaire sous ce billet, je me fais opérer à Tanger.
  • Si je trouve deux minutes cet après-midi, je raconte un souvenir parfumé à l'acide formique.

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vendredi 29 mai 2009

880 : huit de plus, c'était un palindrome...

Un thé ?
           Un petit thé aux chiffres romains dont personne ne parvenait plus à suivre le décompte tant cela devenait compliqué ?
                  S’il vous plait ?

C’est en ces termes — à moins que ce n’en fussent d’autres — que votre amie Valérie me proposait, voici peu, de renouer avec les petits billets matutinaux de jadis.

                Quelle gymnastique !

                                    CCCLXV jours en MMVII
                                             CCCLXVI en MMVIII
                                                        CXLIX en MMIX

CCCLXV + CCCLXVI + CXLIX = DCCCLXXX


Soit ! Alors...


Thé DCCCLXXX



Comme l’ambiance a changé depuis 2007. La cuisine est froide et humide. Le Papistache — tiens, il s’est fait beau, il a mis la majuscule ! — ne daigne plus s’assoir sur cette chaise où vous le vîtes s’assoir.


                  Hémorroïdes ?
                  Non !

Sept heures ! L’amie bouilloire se couvre de poussière, là, à l’angle de la plaque neuve. Autrefois, tandis qu’il ouvrait les volets, le Papistache l’aurait mise à siffler sur le feu vif puis l’aurait soulevée pour verser, frémissante, l’eau excitée — dont il aurait, de la manche, essuyé les gouttes éclaboussées autour des bols jumeaux— excitée par le plaisir de tirer des volutes miel d’un sachet choisi entre cent. Il aurait... il aurait...


Sept heures dix. A l’étage, son pas traine encore entre la douche et le bureau.

Sept heures douze. Le Papistache descend les marches de son escalier de bois sombre.
                            Combien ?
                                              Beaucoup.

Il manque la dernière, se retient à la boule de verre facettée de la rampe et jure. Il jure comme jure un célibataire. A voix haute.
Gavish-borno-caïté !

Il remonte quatre à quatre les marches impaires, souffle au palier et cherche où il a bien pu poser sa montre.
             Renonce.
                               Redescends.
                                                          Jure.

La bouilloire tend ses joues, veut rutiler, se résigne. Le Papistache emplit son verre — un verre qui se trouvait là, à l’angle de la table ronde (oui, il écrit à l’angle de la table ronde : le lecteur rougit, il a honte à sa place) — d’eau chaude au robinet. Le jet, violent, arrose l’évier et un peu plus. Le Papistache ferme les yeux :  sa manche se vexe.

Un petit cuiller rincé — l’a-t-il vraiment rincé ou essuyé du coude ? — plonge dans le pot jaune d’or de la ricorée* durcie. Le Papistache écrase un grumeau du dos du cuiller (Henri IV, parait-il, donnait le genre masculin à cuiller ) et le jette à la surface du liquide. La poudre s’y agglomère et forme une pâte molle qui naufrage lentement vers les abysses du verre.

Le Papistache furète les tiroirs — sa montre y serait-elle celée ?— s’agace, repousse l’un, tire l’autre.

Quoi ?
        Nulle tartine et déjà sept heures vingt-et-une ?
             Nulle tartine.
                 L’armoire épicière est vide.
                       Le pétrin enfariné oublié.
                                  Madame Patapin fit bien de quitter la ville avant pareille déchéance.

Sur l’étagère de l’arrière-cuisine — les volets restent clos tout le jour— les confitures délaissées s’aigrissent.

Sept heures vingt-cinq à la pendule qui se retient d’aller vite dans l’espoir d’un sursaut de la part du maître. Vain espoir.

Le Papistache sort sa voiture du garage qu’il a oublié, la veille, de fermer à clé. Il revient, charge ses affaires dans le coffre, retourne, inspecte la maison de l’œil, a conscience qu’il oublie quelque chose, ne trouve pas. Sur le paillasson, sa montre voisine avec le sécateur et la pelote de raphia. Le vent a soufflé et la veille il a fallu consolider les palmettes des fruitiers chéris d’Epouse-Opérée.

Mamoune ?

Le téléphone sonne. Pas un matin, depuis son opération, elle n’a oublié de lui souhaiter une bonne journée. Il se pose sur la chaise lamellée de bois bleu mistral. Promet. Ment.
— Tout va bien. Je suis prêt. J’ai bien dormi. J’ai donné les miettes aux oiseaux.
Sept heures trente. La voiture démarre.
Parvenu au stop, à l’angle de la rue des Marronniers d’Hiver et de l’avenue des Criocères Défunts, il se souvient qu’il a oublié de boire son verre tiède de ricorée* gluante*. Il en jettera le contenu à son retour, au soir, où le laissera aligné près des autres, comme de tristes témoins de son désarroi.

Samedi matin, le papistache — c’est samedi, il a ôté la cravate —effectuera son dernier aller retour entre la maison jaune et le centre médical de rééducation. Son Épouse-Plus-Que-Moitié rentre définitivement au foyer. Finie la belle vie de célibataire, le papistache va devoir réapprendre à vivre à deux. Saura-t-il supporter, de nouveau, les contraintes d’une vie partagée ?

* Un édit du bon roi Henri — toujours en vigueur, comme le fier Béarnais— stipule que tant qu'il sera en usage de donner du masculin aux petits cuillers matutinaux, il conviendra de ne pas user du même genre pour les boissons issues de la torréfaction de la racine de la chicorée amère. Fi ! Ce n'est pas chez le PaPistache qu'on boira, un jour, du Ricoré®.

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jeudi 19 février 2009

Thé DCCLXXXI dit le dépit-thé

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vendredi 30 janvier 2009

Thé DCCLXI

Tête lourde ce matin. Une pression inhabituelle dans les sinus frontaux. Surtout à droite. Élancements dans les tempes.
Le réveil a sonné. Je ne l’ai pas entendu. Epouse-A-Sa-Toilette a dû quitter la salle de bains. Nul bruit d’eau qui gicle de la douche, nul rai de lumière sous la porte.

Encore cinq minutes volées.

Quel cauchemar cette nuit. Ce froid. Cette humidité. Je me suis relevé, vers trois heures, ai enfilé mes chaussettes rouges, celles de randonnée, en laine, et me suis roulé en boule dans la couette.
Sale impression.  Comme un cœur qui geint.

Encore cinq minutes.

Je vais me lever. J’entends les bruits familiers à la cuisine. Brave-Epouse-Compréhensive. Elle m’a senti fatigué, vaguement déprimé. Elle se charge du petit déjeuner. On a acheté des confitures de figues, hier soir. Il reste du pain aux graines de tournesol. Un thé “Paul et Virginie” me requinquera pour la journée.


Les bruits des casseroles s’entrechoquent sous mon crâne chauve. Je dois être plus atteint que je ne pense. Comme j’ai eu froid cette nuit. C’est pourquoi j’ai rêvé à cette poursuite dans les marécages.  Quel froid. Le chauffage s’est arrêté. L'agenda du plombier déborde. Il ne viendra que samedi matin : S’il n’est  pas réquisitionné par les pompiers, nous a confié sa secrétaire. Épouse-Attentionnée a jeté son peignoir sur la couette pour me tenir chaud. Elle m‘aime encore, encore un peu, donc !

Je vais me lever.

Quel charivari à la cuisine  ! Épouse-Prévenante a-t-elle besoin de sortir autant de casseroles pour faire bouillir un litre d’eau ? J’entends grésiller les tartines. C’est la fièvre. Les bruits sont amplifiés. Jamais les tartines ne grésillent. Et cette odeur qui monte dans la cage d’escalier. "Paul et Virginie" est un thé si délicatement parfumé.  Une odeur d’ail et d’épices.


Un thé à l’ail ? Je déraille.

— Mon chéri ? Tu descends quand tu veux ! (En langage mamounéen, cela signifie "immédiatement", je connais certaines langues étrangères quand même.)

Ça grésille,
               ça résonne,
                                ça marmite,
                                                ça empuantit l’ail.


L’ail ? Non ! Pas ça !

— Mon chéri, tu viens ? Je t’ai fait des cuisses de Grenouille.

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mercredi 21 janvier 2009

... et y'a des jours avec (restera à se convaincre s'il ne serait pas préférable de rester dans les jours sans)

Hier soir, j’ai sorti les poubelles.


Analysons la chose.


Hier soir : Pour situer l’action dans le temps. Hier, donc mardi.
j’ : pronom personnel élidé qui signifie que ce n’est pas Épouse-Je-Pars-Pour-La-Piscine qui s’y est collée aujourd’hui, mais le narrateur, son époux.
ai sorti : action terminée, donc ! Les poubelles auront passé la nuit sur le trottoir.
les : pluriel, donc plusieurs poubelles. Deux !
poubelles : l’une pour les ordures ménagères destinées à l‘incinération, l’autre pour les déchets à recycler (couvercle jaune, chez nous ).



Remarques :

a) Les poubelles ne se sortent pas seules.
b) Il n’est rien dit sur la taille ni la couleur des poubelles (hors le couvercle jaune de l’une).
c) On ignore l’heure de passage des employés chargés de la collecte.
d) On suppose qu’elles étaient sinon pleines du moins pas vides (à quoi bon les sortir dans ce cas ?)
e) Les Papistache produiraient donc des déchets !  Ce seraient ainsi des gens ordinaires ! Encore un peu et on risquerait d’apprendre qu’ils paieraient également une taxe d’assainissement sur les eaux usées !
f) Une seule personne suffit à sortir les poubelles au 3 de la rue Léon, en ce cas, ou le Papistache est très fort physiquement, ce que la lecture de son journal ne confirme pas, ou bien les poubelles seraient dotées de roulettes ! !
G) Le doute persiste sur l’identité de qui rentrera les poubelles. Une répartition des tâches orduroménagères existe-t-elle entre les murs de la maison jaune ?
H) L’acte de sortir les poubelles fut-il spontané ou consécutif à une injonction Mamounéenne ? A moins qu’il n’ait été le prétexte d’échapper à la corvée de récurage des marmites sales (sales, parce que les propres... voir “d” )
I) Cette formulation “J’ai sorti les poubelles” laisse supposer que le lecteur est familier du lieu, en effet, le narrateur ne prend pas la peine de se nommer.
J) N’expliquant pas le substantif “poubelles” l’auteur s’autorise à penser que son lectorat ne rencontrera pas de difficultés à visualiser l'objet.
K) A partir de la lettre G, l’auteur a poursuivi sa liste en usant des majuscules.
L) L’auteur n’émet aucune crainte quant à la possibilité de ne pas retrouver ses poubelles au petit matin sur le trottoir.
M) D’où les poubelles furent-elles tirées avant que d’être mises au trottoir ? Qui le dira ?
N) Même si l’auteur ne précise pas s’il est rentré à son domicile après l’acte précité, la lecture de son billet tend à prouver qu’il l’a fait, sans toutefois pouvoir l’affirmer à 100 % : l’ordinateur pourrait se trouver à l’extérieur de la maison et l’auteur rédiger son texte depuis le trottoir où les poubelles crèchent.
O) L’acte fut-il exécuté en une seule fois ou en deux ?
P) Si l’acte fut exécuté en deux fois, quelle poubelle fut sortie en second (ce qui permettrait, par déduction, de savoir laquelle fut installée la première) ?
Q) Ce billet nauséabond illustre l’activité du cerveau du bonhomme dans la moindre de ses tâches routinières. Imaginez quand il s’agit d’une action hors normes !
R) Épouse-de-Retour-De-La-Piscine a-t-elle dû descendre de voiture pour dégager les dites poubelles qui auraient été laissées devant le portail refermé alors qu’il aurait dû rester ouvert dans l’attente de son retour ?
S) L’auteur n’accompagne pas son épouse à la piscine.
T) L’auteur espère-t-il vraiment intéresser ses lecteurs avec un argument aussi ténu, au lendemain de l’investiture du Président des États-Unis ?
U) Pourquoi diable l’alphabet compte-t-il autant de lettres ?
V) Connaissant l’appétence des habitants du lieu pour le thé, calculez combien de sachets de la tisane amère se trouvent dans la poubelle sans couvercle jaune.
W) Comment les ordures parviennent-elles dans les poubelles et qui se charge de la répartition entre les deux contenants ?
X) Des secrets intéressant la presse à scandales (rognures d’ongles, brouillons froissés, cheveux, photographies, courriels imprimés puis déchirés, lettres décachetées) ont-ils l’opportunité d’être soustraits aux poubelles entre le moment où ces dernières sont sorties et celui où les hommes en orange  versent leur contenu dans la benne à cela dévolue ?
Y) Jamais depuis janvier 2007, l’auteur ne s’était tant étendu sur ses poubelles, faut-il y chercher une raison signifiante ?
Z) Combien parmi vous ont-ils regretté de ne pas se trouver sur le trottoir, aujourd’hui, afin de pouvoir vider le contenu de la benne entière sur la tête du pénible ?

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