lundi 2 novembre 2009
Qué dormiasse le Papistache
12 h 38
Une bulle de souvenir éclate quand j’allais croquer une câpre, roulée au bord de mon assiette, assiette garnie d’une demi-aile de raie, aile baignée d’un filet d’huile d’olive et alanguie, comme savent faire les rajiformes, sur un lit de mesclun du jardinet : cette nuit, regagnant mon lit après quelque miction récréative, j’ai eu l’idée de ce méchant compte rendu que je vous sers.
Ma foi, me suis-je pensé (oui, la nuit, je me les pense les idées) je tiens là — attendez encore un peu, je vous livre — un sujet pour mon billet du jour et si le concept est bon, inutile de le noter, il me reviendra. Il est revenu à 12 h 38.
Pour être franc, à 12 h 38, il m’est revenu que j’avais eu une idée. J’ai dû attendre de croquer la câpre pour que le souvenir se précise.
Flash back
Té, il est deux heures trente du matin, je soulage ma vessie et chemin faisant (chemin faisant, parce que je ne pisse plus au lit depuis... l’été dernier... au moins) je me songe à tous ceusses qui, se réveillant à ces heures pré-matutinales vont peiner à retrouver le sommeil. Tiens, je pourrais dégoiser là-dessus et narguer — si, si, vous le sentez, hé, le ton narquois poindre — mes pauvres compatriotes insomniaques. Vrai ! Moi, je me pose la tête sur le polochon, je me fais le check-up rituel et c’est réglé comme papier à musique, je...
Comment ?
Le check-up ?
Je vous esplique le check-up ?
D’accord, j’esplique. Pieds ? Deux ! Chevilles ? Deux ! Mollets ? Deux ! Genoux ? Deux ! Cuisses ? Deux ! Réglé comme du papier à musique, je m’endors toujours avant d’arriver aux nombres impairs.
Une idée me vient en écrivant. Té, si je meurs un jour, je dis bien “si”, me portez pas la poisse, hé ! si je meurs un jour, je donne mon corps à la science, on en fera des biscuits homéopathiques pour endormir les ceusses qui ont de la peine à se le faire tout seul. Ne me remerciez pas : je suis pas encore mort, hein. Maurin des Maures, c’est rigolo, hé ! Hé ? Pour quelqu’un dont l’épouse est allée au lycée Jean Aicard de Hyères dans le Var. Maurin des Maures ? Maurin ? Non ? Oh, je suis fatigué, j’esplique pas tout le même soir.
jeudi 29 octobre 2009
Tiens, en voilà une raison de ne pas trouver le sommeil : j'ai oublié le nom de cette fleur et elle pousse au jardinet...

samedi 1 août 2009
De la fatigue
J'ai écrit le mot "fatigué" dans une récente réponse à un commentaire.
Avais-je bien le droit d'user du terme ?
Mon père aurait pu, il en repoussait toujours l'idée.
Mon père, ouvrier à la F.A.D.E.I.C., se levait tôt pour aller travailler. Il ne se déplaçait qu'à vélo. Cinq kilomètres environ. Peu de dénivelé. Heureusement, le vélo de mon père n'était pas équipé de dérailleur. Vers 12 h 30, il rentrait déjeuner, à l'époque on disait "manger". Son café avalé, il repartait et ne rentrait que vers 18 h 30. Les samedis et dimanches, pour mettre du beurre dans les épinards il allait "donner un coup de main" chez quelques "Parisiens". On appelait ainsi tous les résidents secondaires : les "Parisiens".
Le soir, à table, on écoutait la radio (quand j'eus dix-onze ans, ce fut la télévision qu'on regarda), mon père repoussait son assiette, croisait les bras sur la table, posait son front sur ses avant-bras et s'endormait. Ma mère lui disait invariablement :
— Gérard, va te coucher, tu es fatigué.
Invariablement, il répondait :
— Je ne dors pas, j'entends tout.
Ma mère couchait les enfants, redescendait, lavait la vaisselle. Dans les premiers temps où je pris conscience de la scène, j'ignorais si mon père montait, à son tour, se coucher ; le matin, il avait disparu bien avant que les enfants ne s'éveillent. Plus tard, quand il nous arriva de regarder la télévision au delà de 20 h 30, nous eûmes l'occasion de partager le programme avec lui, nous, assis sur nos chaises autour de la table et lui, la tête dans ses avant-bras. Quand l'émission était terminée, et que le bruit de nos chaises le tirait de son sommeil, il s'étirait et mentait en assurant qu'il avait tout suivi.
Mon père, le soir, était fatigué. Je ne crois pas, une seule fois dans ma vie, avoir éprouvé cette irrésistible envie de dormir après quelque repas que ce soit. Puis-je, alors oser dire que je me sois fatigué un jour au travail ?
mardi 16 juin 2009
Libertinage
Je n’aurais pas dû intituler mon billet d’hier “Bavardage”.
Bavard, je ne le suis qu’à la pointe de l’index.
En société, je serais du genre taiseux.
Voilà que passager sur un paquebot, cette nuit, je me suis lancé dans une grande entreprise de séduction d’une digne représentante “emperlousée” de ce que la noblesse produit de mieux afin d’assurer un taux de remplissage optimum des cabines du pont supérieur des navires de croisières, sous le regard dubitatif de mes trois filles et celui, interrogatif, de mon épouse, reléguée à trois chaises de mon assiette, laquelle, bien que je fusse à la table de la baronne ne contenait que trois petites sardines mortes probablement noyées dans un décilitre d’huile de tournesol ; la baronne, elle, chipotait des mets dont ni mon père ni ma mère jamais ne m’avaient conté l’existence.
Et je parlais, je parlais... et tout en parlant, je me faisais la réflexion que décidément mon écriture déteignait sur mon art oratoire jadis si inversement proportionnel au nombre d’individus composant la société dans laquelle les aléas de l’existence me plongeaient à intervalles incertains avec effroi et consternation.
Et je parlais... et la comtesse (entre caviar d’esturgeon femelle éventrée et foie gras de canard mort, elle avait trouvé le temps, outre de devenir veuve, de se consoler sa viduité en épousant un vicomte que la mort de son père éleva au rang de pair du royaume entre l’explosion de deux bulles de vin de Champagne Corse) la comtesse, donc, un verre de cristal à la main, verre qu’une année de mon salaire n’aurait pu que constituer la première des vingt-quatre traites nécessaires à son acquisition, buvait mes paroles.
Et je parlais... je parlais... et les mots coulaient comme roses et rubis des lèvres de la sœur si aimable avec les fées et je me disais que s’il était si facile de commander à mes rêves en intitulant mon billet “Bavardage” je m’autoriserais volontiers une nuit voluptueuse en donnant à celui-ci pour titre et dernier mot : “libertinage”.
mardi 26 mai 2009
Des dangers généraux d'aérer trop sa literie les jours de grand vent
Et si j’avais épuisé toutes mes ressources ?
Si la mine n’était plus rentable ?
Si le gisement était à sec ?
La forêt dépouillée ?
Le puits asséché ?
Le filon tari ?
Je me suis assis à mon bureau avec de bien belles idées nées de la nuit et...
je n’ai pu sortir la moindre solution alternative,
pas un retour de flamme,
ni le plus petit regain d’or noir,
encore moins de plants vivifiants à repiquer,
de baguette de coudrier, je n’en ai pas trouvé,
et de concession où exprimer mes talents pas plus...
Je n’aurais pas dû secouer la couette à la fenêtre, le meilleur de moi-même, je l’ai confié au vent, et ce matin, il soufflait fort.
Mon meilleur fera-t-il l'ordinaire d'un qui prendra le frais sur sa terrasse à mille lieues d'ici ?
— Chérie, dira-t-il, je viens d'avoir une idée. Ce matin, la tempête m'inspire.
Plus tard, son épouse lisant ce qu'il aura pondu lui dira :
— Mon amour, tu aurais pu rester couché plus longtemps, c'est une idée folle. Je me demande d'où elle t'est venue.
Vous qui savez, vous pourrez le lui dire.
samedi 9 mai 2009
Que faut-il y lire ?
Ces jours-ci, enfin ces nuits-ci plutôt, je me suis couché tard et me suis levé tôt. Sitôt réveillé, sitôt levé. Cette nuit — la toute dernière, celle qui vient de s’achever — je me suis retourné sur le côté droit et ai voulu poser mes lèvres sur l’épaule de Mamoune.
C’est la première nuit — le premier matin — depuis le 21 avril, que je n’ai pas la conscience aigüe et instantanée qu’elle se trouve à quatre-vingts lieues de là — du lit —.
Que faut-il y lire ?
Sinon, pour me lire — et vous lire, c’est dire — aujourd’hui encore, c’est au défi du samedi que la bonne compagnie se rassemble.
Sur la reproduction proposée par Janeczka, j’ai sorti un texte — parution à midi — qui n’obtiendra pas le label “Petite maison dans la prairie”. Il faut croire que mon crayon rose s’est égaré. Juste quand une consigne picturale est proposée. C’est ballot.
Que faut-il y lire ?
mardi 21 avril 2009
La valise bleue
Trois éboueurs dans la rue. J’ouvre les volets de la chambre. Premier étage. Le jour est levé mais les lampadaires sont encore allumés. Les trois hommes lèvent la tête vers la fenêtre de la chambre. Six yeux remplis de reproches silencieux. Gêné, je détourne le regard et me hâte de rentrer la tête à l’intérieur. L’air frais de l’extérieur envahit la pièce. J’aurais dû les interpeller, leur demander s’il y avait un problème :
— Eh quoi, les gars, j’ai oublié de sortir la poubelle ?
J’ai attendu que le bruit de moteur m’indique que le camion avait redémarré. Plus tôt, en ouvrant les volets, je n’avais pas vu le camion ; sans doute la maison de la voisine me le masquait-il ?
Le bruit du moteur a décru. Je suis descendu dans le hall, et me suis dirigé vers le portillon. La porte d’entrée n’était pas fermée à clé, un oubli du soir, encore un. Le portillon non plus, mais lui, n’est jamais fermé à clé.
Dans la rue, au beau milieu de la chaussée, sur plus de quinze mètres, toutes les ordures que contenait la poubelle de tri sélectif sont, non pas jetées, mais soigneusement disposées. Aucun objet n’en chevauche un autre. Un soin particulier et maniaque a présidé à la revendication muette des trois éboueurs. Les bacs à développement des photos argentiques ! Les grands, pour développer les photographies en 24×32, sont là, alignés. Mamoune les avait donc jetés ? Mes livres de français du collège, posés l’un à côté de l’autre. Mes bottes... les outils de mon beau-père, les vermoulus et usés, ceux que j’ai gardés parcequ’ils sentent encore la sueur, exposés comme pour un vide-grenier... des boîtes à gâteaux en métal à l’intérieur desquelles je range et oublie mille vieilleries...
Étrange patchwork qui s’étend jusqu’au virage et occupe toute la largeur de la route, d‘un caniveau à l‘autre. J’emboîte les bacs à développement et y dépose les livres à la couverture fatiguée. Dans mon dos, une voiture sombre prend le virage, la rue est à sens unique, et freine sèchement. Je me hâte de ramasser toutes mes pauvres misères éparpillées. La poubelle à couvercle jaune, qui me serait bien utile pour débarrasser la rue, a disparu. Une représaille des trois éboueurs.
Le chauffeur de la voiture klaxonne, je tends la main, la place à côté de moi est vide. A travers les volets, la lumière du jour filtre. Mamoune est sous la douche. J’entends l’eau couler. Hier, elle a préparé sa valise. La bleue. La petite. Elle me l’a montrée dix fois.
— Je suis prête à partir en vacances.
Mamoune a rangé la maison comme pour un départ en vacances. Liste du trousseau. On faisait cela avec les filles avant chaque départ en colonie de vacances. Elle a voulu briquer comme autrefois :
— J’aime bien retrouver une maison en ordre au retour des vacances.
J’ai dû lui promettre de faire les vitres moi-même, sinon elle montait sur l’escabeau. Promis, hein, pas fait. J’ai tondu la pelouse et toiletté le jardin. Je fais toujours ça avant de partir en vacances et j’ai porté la voiture au garage en début d‘après-midi.
A midi, on avait failli manger froid. La plaque à induction a rendu l’âme. Une plaque que les lecteurs de 2008 ont vu poser, peut-être encore sous garantie d’ailleurs. Il faudra que je retrouve la facture. Heureusement, le camping gaz des vacances du XXe siècle est toujours fonctionnel. Le canard a terminé sa cuisson à la flamme du brûleur, un brin oxydé.
En fin d‘après-midi, je suis revenu du garage avec une voiture de location ; le chef d’atelier n’a pas voulu que je reparte avec la nôtre. Impossible de déterminer l’origine de la panne qui l’affecte, il l’a gardée en observation toute la nuit et s’il ne m’appelle pas avant midi, je conduis Mamoune à la clinique avec la voiture de location. C’est une petite voiture blanche mais la valise de Mamoune aussi est petite, petite et bleue. Elles devraient bien s’entendre. Blanc et bleu, ça fera un peu ambulance. Ce soir, je reviendrai seul de la clinique.
Il faudra que je fasse les vitres.
vendredi 20 mars 2009
Prémonition
Journal de Jules Renard
Editions Robert Laffont.
Collection Bouquins.
Page 998.
Jules Renard est mort le 22 mai 1910.
Ultime note, datée du 6 avril 1910.
6 avril. — Je veux me lever, cette nuit. Lourdeur. Une jambe pend dehors. Puis un filet coule le long de ma jambe. Il faut qu'il arrive au talon pour que je me décide. Ça sèchera dans les draps, comme quand j'étais Poil de carotte.
J'ignore encore si c'était un rêve. ![]()
J'attends qu'Épouse-Au-Dos-Las bouge un membre pour ouvrir un œil (deux, j'ai expliqué déjà !).
lundi 16 mars 2009
La pierre qui couvrira sa dépouille a traversé mille siècles avant que l'homme ne naisse, le burin qui la gravera reste à forger
Dimanche matin, j’ouvre un œil.
C’est une expression.
Je ne me conçois pas n’ouvrant qu’un œil.
Dimanche matin, ma conscience s’éveille.
D’entre mes songes, je rapporte une bribe de quelque chose, une phrase :
“Mon cœur ne me heurt plus.”
J’ai le réflexe de penser qu’il s’agit du début d’un haïku.
Je scande la phrase.
Six pieds.
Ce ne sera pas un haïku.
Où me suis-je égaré cette nuit ?
Un hexamètre !
“...me heurt !”
Cette forme archaïque ! Si elle a jamais existé !
“Mon cœur ne me heurt plus.”
La veille au soir, je n’ai rien lu qui puisse expliquer
qu‘en ce dimanche, ce vers s’accroche ainsi à mon réveil.
Que j’ôte un pied et je tombe sur un pentamètre.
Pentamètre, premier vers du haïku.
Illumination : “pied, tombe”.
Regardez.
J’ôte “Mon” :
“Cœur ne me heurt plus.”
C’est un peu faible, mais je déplace le simple “plus”.
“ Cœur plus ne me heurt.”
Je viens de trouver — sans chercher, le sommeil m’a livré aux petites heures”— l’épitaphe que je voudrais voir graver sur ma tombe.
“Cœur plus ne me heurt.”
Wow, je m’émerveille et quitte le lit.
“Cœur plus ne me heurt.”
Prémonition ?
Je n’y crois pas.
En revanche, j’en ferais volontiers l’intitulé de mon prochain blog.
Soyez sympas, laissez-m’en l’usage.
C’est un cadeau que la nuit m’a fait.
C’est une belle épitaphe.
J’ôterais un pied encore (ce serait le second, je n’en avais que deux en naissant) et apparaitrait un message d’espoir.
“Cœur plus ne meurt.”
A moins que je n’intervertisse “ne” & “me”.
“Cœur plume ne meurt.”
Message d’espoir encore.
Cœur plume, cœur d’écrivaillon jamais ne meurt.
Se réveiller un dimanche, alors que nul ne vous y oblige, et trouver au terme de 21 000 matins, l’épitaphe que vous aimeriez voir gravée sur la pierre de votre sépulture, vous donne les ailes que la nature vous a toujours refusées.
— "Petit-Mari-Aux-Douces-Mains, pourquoi désertes-tu la couche tiède ?
— Je vais de ce pas graver, sur le disque dur du monolithe ronronnant sur le palier de l’escalier, l’épitaphe que l’aube m’a offerte en remerciement d’un bienfait à elle rendu et que j’ignorerai à jamais.
— Mon épaule est endolorie. Un massage savant du bout de l’ongle saura lui rendre souplesse et élasticité. Ton épitaphe attendra, tu n’es pas encore mort et si ta caresse dépasse l’épaule, je ne dirai pas non."
Un courant d’air a refermé la porte.
C’est aussi bien ainsi ; certaines choses gagnent à rester secrètes.
mardi 3 mars 2009
Valérie et Fabeli, muses d'un soir...
Le printemps des poètes 2009 Le printemps des poètes 2009 Le printemps des poètes 2009 Le printemps des poètes 2009 Le printemps des poètes 2009 Le printemps des poètes 2009
Petit dialogue entre Valérie et Fabeli chez la dernière.
[J'aime beaucoup ce billet.
J'adore les carnets du matin (ou pas!).
Moi aussi, je vis la même chose plus ou moins. J'ai fait un choix surprenant : je repousse la nuit.
Posté par valérie, 28 février 2009 à 21:59]
...
[Valérie, tu repousses la nuit? Lapsus ou pas ?
Posté par fabeli, 01 mars 2009 à 11:09]
[Non, non, je repousse, sinon la nuit, du moins l'heure du coucher.
Posté par valérie, 01 mars 2009 à 16:31]
...
[Val, tu repousses donc les limites du temps!!!
Posté par fabeli, 01 mars 2009 à 18:43]
La porte était ouverte,
je n’ai pas eu à la pousser
(ni à la repousser)
et les bribes de conversation
sont venues jusqu’à moi.
Repasse.
Repasse la nuit,
POUR repousser la nuit.
Elle y pense et j’y repense.
Pousser le linge pour repousser la nuit,
Les noctambules y pensent
Et y repensent.
Sans réponse,
La blanchisseuse ponce son linge.
Va-et-vient lent du bras qui danse.
J’y pense.
Elle y pense. Pas de réponse.
Le linge, sur le fil, tient par cent pinces.
Le sommeil fuit la noctambule
Et son fer.
L’insomnie la repince,
Encore et encore.
J’y pense et elle y repense.
Repasser sa nuit pour éviter les faux plis.
Pierre ponce à gommer les poches
Sous les yeux, manque de sommeil.
Pionce peu, repasse mal.
Manque de sommeil,
Manque de chance,
Poisse et repoissse.
Le fer colle,
Les paupières gonflent.
Une nuit passée à repasser,
Parfois sans fer et sans s'en faire
Est-il possible que cela se pût-ce ?
Et se repût-ce ?
Suée, suées, le fer bouillonne ;
Les joues s’échauffent.
Combien de noirs cafés bus par nuit blanche ?
Blanches nappes à repasser.
Cent cafés bus,
La repasseuse les pisse et repisse.
Nuits sans repos,
Sans répit aux corps repus
Nuits volées au temps qui fuit
Idées noires qui se repaissent
de phosphènes dansants
Entre passages et repassages du fer incandescent.
Yeux las qui lissent
Les toiles tendues
A l‘extrême bout des bras blancs.
Elle y pense et y repense.
Pousse le fer et repasse les plis.
Pense la noctambule à son fer liée.
Jamais de réponse.
L’aube blanchit l’aube.
Aube blanchie aux plis repassés
Suspendue par ses pinces
Au fil tendu entre les murs.
Repousse la nuit.
Repousse le sommeil.
Repousse le jour.
Qui vient, qui vient,
Repassé de frais,
Tandis que la blanchisseuse
Enfin lasse et relasse
Repousse son fer
Se repasse sa nuit
Passée à repousser
Le démon des enfers
de ses nuits blanches.

