vendredi 28 août 2009
Écrire, c’est donner la parole à celui qui ne parle pas*
Je ne suis pas malade, je lis des magazines que je trouve sur ma propre table de salon, on n’a pas tous les jours l’occasion de poireauter dans la salle d’attente d’un médecin.
Un entretien entre une journaliste de Télérama — n°3111— et un auteur que je découvre, Jean-Bertrand Pontalis**.
La journaliste demande au vieux philosophe s’il est d’accord avec le poète Georges Perros quand il a dit : « On n’écrit que lorsqu’on est au bord de se taire... » Jean-Bernard retourne la phrase : « On écrit pour laisser la parole à ce qui ne s’est jamais dit, à ce qu’on n’était pas à même de dire. »
Est-ce que ces phrases me déboussoleraient ?
*Le titre est très exactement issu de l'article de Marine Landrot
** L'ouvrage dont l'article fait l'article est : Le Songe de Monomotopa.
mardi 25 août 2009
J'ai l'air de poser des questions mais je me demande si, sous couvert de vous interroger, je n'apporterais pas une réponse
J'avais noté cette phrase sur un mouchoir en papier, en 2004, je crois.
Une phrase arrachée au Journal interrompu de Sylviane Agacinski.
« On peut se faire de nouveaux amis, mais non pas de nouveaux vieux amis comme ceux qui nous ont connus jeunes. »
Que vous en semble-t-il ?
Si j'abusais des billets "rétroviseurs" ne serait-ce pas comme si vous m'aviez connu jeune ?
lundi 10 août 2009
Une semaine avec Robert Gaillard
6 h 01 : Je vais écrire un billet qui traitera de la semaine que j'ai passée jadis en compagnie de Robert Gaillard, mais, présentement je me dois à mon Épouse, heureusement la journée sera longue, je reviendrai.
9 heures et une poignée de minutes : le récit.
A cette époque, je n’arrêtais pas d’avoir onze ans. Le temps s’étirait mollement. Disons onze ans et demi, j’étais entre la sixième et la cinquième, en vacances chez mes grands-parents paternels, vraisemblablement avec mon jeune frère, j’ai oublié s’il m’accompagnait ou pas, il était assez autonome pour avoir noué des relations amicales avec les enfants du bourg et devait passer son temps libre à jouer autour de l’église.
L’album relié de Mickey, je le connaissais certainement déjà par cœur. J’avais très probablement dévoré les rares romans photos que ma grand-mère se faisait prêter de droite et de gauche, il me fallait du consistant. Heureusement, une vague parente — je n’avais jamais percé à jour la nature exacte du cousinage qui nous liait, je ne la connaissais que par son prénom, ce devait être une cousine de mon aïeule elle-même — possédait une résidence secondaire dont elle avait confié les clés à qui vous devinez, sinon, comment aurais-je pu avoir accès au salon de la dite demeure ? salon qui recelait la toute première bibliothèque que je vis couvrant tout un mur.
— Prends ce que tu veux, me dit Mémère.
Je choisis au hasard, un fort gros pavé, sans illustration, d’un certain Robert Gaillard : Marie des isles.
L'île de la Martinique, des corsaires, des combats navals, des esclaves, les caraïbes et... de l’amour. Je n’ai pas décollé le nez du bouquin de la semaine, d’autant que j’avais repéré qu’une suite m’attendait dans le salon de la cousine. Et quelle suite... de plus en plus voluptueuse la demoiselle. Marie des isles II Marie Galante, Marie des isles III Capitaine Le Fort, Marie des Isles IV L’héritier des isles.
Ça changeait des livres empruntés à la bibliothèque de l’école — lesquels je ne renie aucunement, ça changeait, c’est tout.
A la fin des vacances, je surpris une conversation entre ma mère et sa belle-mère. — les relations entre les deux femmes étaient excellentes.
— Suzon, Papistachounet a passé son temps à lire, j’ai jeté un œil sur ce qu’il a choisi dans la bibliothèque de Dédette, ce n’était pas pour son âge. Je ne l’avais pas lu avant. Je regrette.
Ce que ma mère répondit, ou je l’ai oublié ou je ne l’ai pas entendu. De retour à la maison, aucune allusion jamais ne fut faite à la remarque de ma grand-mère.
Si je retrouvais, aujourd’hui, ces livres, certainement ne ressentirais-je plus le rouge qui me montait au front à l’évocation de scènes à la brute sensualité. Pour être franc, je n’avais pas retenu le nom de l’auteur. Quelques années plus tard, dans le quotidien que mes parents achetaient alors, l’Écho Républicain de la Beauce et du Perche, une adaptation du succès de Robert Gaillard fut donnée. Sur une colonne s’alignait une série de cinq à six dessins — peut-être moins — accompagnés d’un condensé du chapitre, intercalé entre chacune des images. J’avais grandi, j’étais pensionnaire, le texte était édulcoré, je ne me suis pas attaché à la publication du feuilleton, d’autres amours de papier avaient depuis touché mon cœur.
mercredi 29 juillet 2009
Le pouvoir de l'imagination (du souvenir, désormais !)
vendredi 10 juillet 2009
Peut-être aurais-je mieux fait de me taire
J'ai reçu cette semaine deux petits colis envoyés par des amies de blogue — mes réponses sont préparées mais la poste ferme toujours à 17 heures, je me dépêche pourtant — l'un des deux mesure quand même trente mètres de long — la totalité de ma rue ! — et l'autre est un livre de poche dont certaines pages furent cornées à l'occasion d'une première lecture.
J'ai réussi, tant bien que mal, à faire entrer le premier dans la maison — plutôt bien que mal d'ailleurs, si, si — et j'ai entrepris de lire le second. Si une amie de blogue a voulu me faire partager sa lecture c'est que le livre doit receler quelque chose que nous aurions en commun.
Heureusement que je suis persévérant, mais j'ai dû, plusieurs fois, me répéter : « M'enfin Papou, si Unetelle t'envoie ce livre c'est qu'elle a voulu que tu y puises un certain intérêt, sinon quoi ? » C'est vers la cent-trentième page que j'ai compris. (Je dirais à l'auteur que jamais je n'aurais lu plus de vingt pages de son texte sans la recommandation implicite de cette amie de blogue. Je trouve risqué l'exercice de pondre 130 pages insipides et/ou remplies de clichés et lieux communs avant d'arriver au cœur de l'unique idée qu'il défend dans son livre.)
Et puis est-ce que ça vous arrive de n'être pas d'accord avec un auteur.
Un exemple :
« Puis j'ai suivi un long boulevard pour rejoindre le quartier riche et silencieux où les belles demeures se dissimulent derrière de hauts murs ... », « Trois pas devant Ellen, j'ai traversé un salon dont le luxe et la propreté [...] j'ai saisi un lourd pique-feu près de l'âtre. La porte de la cuisine était vitrée. » « J'ai compris que tout ce qui allait arriver durant les minutes suivantes était écrit depuis toujours, avec la plus grande précision, épluchage fièvreux dans le silence de la cuisine, bouches, salives, sueurs, fesses collant à la toile cirée...»
Et là, je crie : « Non ! » Où a-t-il vu qu'une toile cirée recouvrait la table de la cuisine de cette villa de luxe. Une toile cirée ? Ah, non, pas d'accord ! d'autant qu'en 170 pages c'est la seconde fois qu'il utilise les mots « toile » et « cirée ». Trop, c'est trop !
Allez, encore 66 pages à lire pour me réconcilier avec l'auteur.
Il va falloir assurer.
lundi 15 juin 2009
Bavardage
Si se baisser à tout moment, remplir le creux de sa main des fraises des bois qui colonisent les massifs, porter la cueillette à sa bouche et recommencer s’apparente à une orgie, alors, cette fin de semaine en a vu des vertes et des pas mûres au jardinet.
Vous pouvez venir.
Faute de pouvoir composter comme je souhaiterais les végétaux déchus, j’ai effectué deux voyages à la déchetterie. De nouvelles floraisons sont attendues ; les fruits se gonflent. Le jardinet est accueillant.
J'écris peu. Ne croyez pas que mon désir soit tari. La plaidoirie en faveur de ce personnage aperçu sur un blogue ami ne demande qu’à sortir. Il me faut juste trouver le temps de m’assoir devant le clavier.
J’ai bien réussi, hier, à donner ma version du récent (écrire dernier m’est un peu difficile) défi de Janeczka. Je l’ai jeté hardiment sur l’écran pendant la douche de Mamoune. Il manquait le titre et, pendant le déjeuner, une idée m’a traversé la tête. Je n’ai eu qu’à modifier la fin pour qu’elle soit en adéquation avec la promesse du titre.
Justement, dimanche matin, je me faisais la réflexion que le défi 64 était le premier que je n’arrivais pas à relever depuis un bon moment. Heureusement, c’était moi qui l’avais lancé, l’offense est moindre. De plus, étant probablement le seul à avoir lu la nouvelle de Fredric Brown, j’en étais si imprégné que je ne sais pas si j’aurais pu trouver un angle original. J’ai même envisagé un moment d’en faire le résumé. Mon emploi du temps a tranché : je ne le fis pas. Sachez que F. Brown a judicieusement placé un serpent et que la gent reptile se devrait d’honorer la mémoire de l’écrivain pour sa tentative de réhabilitation de Ceux-Dont-Le-Ventre-Touche-La-Terre.
Pages 109 à 123
Le livre de poche
La grande anthologie de la science-fiction
Histoires d’extraterrestres
N° 3763 ****
J’ai vu que des sites de vente de livres d’occasions proposaient l’ouvrage pour quelques euros. En 1974, la colle de la reliure était de bonne qualité, mon exemplaire (qui n’est pas à vendre) a bien supporté les outrages du temps. Vous auriez vu la tête que j'avais en 1974 !
jeudi 11 juin 2009
Le photocopillage tue le livre : Alors achetez celui-ci ou faites-le vous offrir
Elle signe Sarah Ford, son livre a été publié en 2004 en Grande-Bretagne.
Larousse nous le donne à lire depuis 2008.
Je montre deux pages ( Sarah ? deux pages ? C'est pour donner envie. Promis je ne divulgue pas les autres recettes. C'est vrai, Sarah, prenez cela comme de la publicité — gratuite— pour votre ouvrage déconseillé aux jardiniers sensibles).
Tilleul, Tiphaine, Tilu, tizamis de tous poils, précipitez-vous chez votre boulanger-libraire, coiffeur-libraire, marchand de café-libraire, garagiste-libraire, percepteur-libraire, prêtre-libraire... préféré.
Je remercie ma petite sœur Avanille de m'avoir offert cet opuscule humoristique cet hiver.
jeudi 26 février 2009
C'est quoi, déjà, le contraire d'un achat compulsif ?
Horreur et putréfaction, j’ai oublié comment on s’y prend pour acheter un livre. Tout commence samedi. Avec Épouse-A-Mon-Bras, je me rends dans la plus grande librairie du chef-lieu du département. L’Esperluette. Épouse-Je-Lâche-Ton-Bras fait son choix, hésite, me demande conseil :
— Prends les deux ! Si tu hésites, prends les deux !
Elle est sortie avec trois.
Moi, la tête me tourne.
— Tu n’as rien trouvé ?
— Non !
Épouse-J’ai-Repris-Ton-Bras me conseille d’aller dans cette ancienne coopérative dont le créateur, ami de Trotski, vient de mourir. Même étouffement. Je sillonne les allées, les espaces, explore les consoles, les rayonnages. Je repars bredouille.
C’était samedi. Hier, mercredi, des obligations médicales nous ramènent à la ville.
— J’en ai pour plusieurs heures, il fait beau, va te promener.
J’embrasse Mamoune. Mes pas me guident vers l’Esperluette.
J’ai tout mon temps. Rien.
Après tout, à l’ancienne coopérative, le choix est-il plus vaste ? J’y déplace mes tristes oripeaux. J’ai tout mon temps. Je reconnais des dizaines de titres, que je n’ai jamais lus, mais que j’ai croisés chez l’un ou l’autre d’entre vous. Même chose pour des auteurs au nom devenu familier par le même biais. Je ne parviens même pas à saisir le livre, le porter vers mon visage, le retourner pour lire la quatrième de couverture. Mes lunettes ne quittent jamais le haut de mon nez, ce n’est pas la raison. Rien.
Il existe bien une autre librairie, mais elle s’est spécialisée dans la papeterie. Et si j’achetais un grand cahier à couverture rouge ? Je pourrais écrire ce livre que je ne parviens plus à acheter.
Je n’ai même pas su retrouver la rue où elle se terre.
En retournant à l’hôpital où Épouse-Rien-Qu’avec-Ses-Deux-Bras m’attendait, une idée sombre me traverse la tête (ou le crâne) : un jour, je m’apercevrai que je ne sais même plus lire.
mardi 13 janvier 2009
Suffisait de demander... par Valérie
L‘effondrement (Fanny Guillon)
Le texte de la quatrième de couverture met en avant la profession du personnage du livre (qui est celui de l’auteure, aussi). D’emblée, on sait de quoi va parler le bouquin : du quotidien ( j’ai lu ça un jour, à propos d’une autre profession, mais je trouve que c’est très approprié au métier d’assistante sociale également : « Son quotidien, c’est l’exceptionnel et l’extraordinaire de monsieur tout le monde ») d’une jeune assistante sociale marseillaise.
Moi, je n’ai pas eu réellement le sentiment que ce livre soit un livre sur le travail d’une assistante sociale. Bien sûr, il en est beaucoup question, mais j’ai eu l’impression, tout au long du livre, que le besoin (ou l’envie) de Julie de parler de sa profession était moins fort que celui de raconter « l’effondrement ».
A première vue, tous ses différents univers d’entrecoupent. Sa vie professionnelle, sa vie privée, ses passions… C’est un beau mélange.
Maintenant, le choix du titre ne peut me laisser indifférente. Pourquoi pas « Trente ans » ? Pourquoi pas un autre titre, qui évoquerait son métier ? Choisit-on un titre au hasard ? Je ne le crois pas.
Le titre du livre m’en dit long sur les intentions qui sont siennes. Moi, j’ai envie de dire que non, ce n’est pas tant un livre destiné à livrer des confidences sur l’univers professionnel dans lequel le personnage (l’auteure ?) évolue, mais plus le récit d’une suite d’événements plus intimes. Et plus profonds.
Le choix de la première et de la dernière nouvelle du livre me conforte dans mon idée. Les faits narrés dans ces deux nouvelles sont très intimes et personnels et ne font pas mention de la profession du personnage.
Le début et la fin du livre… des places stratégiques. Les première et dernière impressions du lecteur !
Et puis…cette première nouvelle, qui nous narre des faits bien antérieurs au reste de l’histoire, qui elle, se déroule sur un temps donné, délimité. Quel est l’intérêt de cette première nouvelle, quand tous les autres événements se suivent de près chronologiquement ?
J’ai tenté d’apporter une réponse (bien personnelle) à cette question qui me taraudait.
Moi, je lis ce livre comme le récit d’un grand bouleversement dans la vie sentimentale du personnage.
Extraits choisis (pas au
hasard) :
Première nouvelle : « Quand il rentre en toi, t’es tellement crispée qu’au début tu sens rien. Puis la douleur, fulgurante, tu serres les dents ».
Dernière nouvelle : « C’est délicieusement érotique (..). Sa main caresse l’intérieur de tes cuisses, ses doigts entrent dans ton intimité toujours humide ».
Le reste (toutes les nouvelles intermédiaires) raconte tout un tas de choses, plein de morceaux de vie, mais surtout, selon moi, la transition, l’évolution, le cheminement entre ces deux extrémités, écrites respectivement au début, et à la fin du livre.
Le personnage part avec des fondations bancales (une première expérience ratée). Elle construit tout de même un bâtiment dessus (son couple). Le bâtiment est instable. Son « effondrement » est inéluctable. Enfin, vient la reconstruction (« Renaissance »).
Cet aspect là m’a sauté aux yeux, bien avant le reste !
Maintenant, évidemment, s’entrecroisent tout ce qui fait partie de la vie de ce personnage : son métier d’assistante sociale, l’improvisation, le slam, l’internet, son bébé…
C’est un morceau d’existence, quasi exhaustif, sur une période donnée, et délimitée par des faits majeurs.
Bon, maintenant, ce que j’en ai pensé (avec des critères très subjectifs évidemment) :
Sur la forme :
Je trouve un peu dommage que le livre soit découpé en nouvelles, surtout que l’ordre chronologique est respecté. Si certaines nouvelles peuvent être lues et comprises indépendamment des autres, ce n’est pas toujours le cas. Pour moi, il s’agit d’un roman, divisé en chapitres.
J’aime bien l’emploi de la deuxième personne du singulier. Ce choix, que je trouve judicieux, m’a donné l’impression d’un recul pris par la narratrice par rapport à ces événements passés. Je trouve que ça donne une impression d’objectivité, quand le « je » aurait sous-entendu un parti pris.
J’ai trouvé, pendant ma lecture, que les différents univers dans lesquels le personnage évoluait étaient trop… mélangés. C’est bariolé !
Mais, après lecture complète, je me dis que finalement, ça ne fait que mieux ressortir la grande variété de choses qui lui tiennent à cœur, à cette Julie. Et peut-être également son état d’esprit un peu « embrouillé » du moment.
Sur le fond :
J’ai trouvé ce personnage terriblement attachant. Vraiment. L’artiste est passionnante. L’assistante sociale est fascinante. Elle aime son métier, et en parle avec passion. Elle aime les gens qu’elle rencontre sur son lieu de travail. Elle les traite avec respect et sans les juger. J’ai éprouvé, à travers ce « tu », la même empathie qu’elle pour tous ces personnages de passage dans sa vie. On souffre et se révolte avec elle de toute cette misère, finalement.
Elle est attachante. L’identification s’est faite en douceur, mais si nettement que j’ai eu du mal à éprouver une réelle peine pour son époux… A ce stade du récit je voulais juste qu’elle avance. Pour elle.
Petit à petit, au fil des pages, se dresse un tableau de plus en plus précis de ce personnage. La lecture des différents événements lève peu à peu le voile sur une personnalité. Bien trempée.
Ce livre est un puzzle. Chaque pièce, aussi insignifiante soit-elle, nous aide, à la façon d’un indice lors d’une enquête, à dresser le portrait de Julie.
Et, en fin de compte, l’essentiel se cache peut-être dans ce qui n’est pas dit, ou dit à demi-mots, ou dans ce que la narratrice voudrait faire passer pour de l’anodin.
On la touche du bout des doigts, Julie, et on aimerait la connaître bien plus…
La fin est brutale. Terriblement. Mais la « renaissance » est si belle…
Ne vous en faites pas, je ne ferai pas toujours aussi long… Là c’est une exception. J’avais envie de tout dire sur ce livre… parce que je pense que Papistache aimera les lire, mes impressions…
lundi 12 janvier 2009
Où l'inspiration niche-t-elle
Fanny Guillon
L’effondrement
(et autres nouvelles de ta vie marseillaise)
Editions La Tangente
Marché aux puces
Hall des antiquaires
130 chemin de la Madrague-Ville
13015 Marseille
ISBN 978-2-9527118-4-5
L’effondrement, Valérie avait prévu d’en parler. Partie remise, ajournée, abandonnée ?
Je pourrais le faire à sa place, pas aussi bien. Je ne présente jamais mes lectures. Je ne sais pas faire. Trop de pages ! Trop de mots ! Trop de lettres ! Je l’ai lu, ce livre, dans la salle d’attente d’un hôpital.
Lu, comme jamais aucun autre livre. Pas que jamais je n’aie été touché ou ému. Bien sûr, souvent je l’ai été. Ce livre, c’est une de mes nièces qui l’a écrit. Pas que j’y sois pour quelque chose. Une nièce à peine vue depuis son adolescence. Elle a trente ans aujourd’hui, peu ou prou.
Mais forcément, une nièce, même peu souvent croisée, on connait des bribes de son existence. Alors, son premier livre édité, on le lit comme un album de photographies de famille.
Valérie l’a lu comme on lit le premier livre d’une presque aussi âgée que soi. J’aurais aimé savoir ce qu’elle en a pensé.
Moi, vous me connaissez. L’adepte du petit bout de la lorgnette, du moins que rien, de l’infinitésimalement petit. J’ai conservé une page. Une. Pour m’inspirer ce billet matutinal écrit dimanche soir.
C’est la page 102.
C’est Julie qui parle. Julie parle, parle, parle. Julie est Marseillaise. Elle parle. Elle se parle. Elle s’adresse à elle à la deuxième personne du singulier. Tout au long du livre.
A la page 102, elle évoque son premier accouchement. Sa vie n’est pas le sujet du livre. Le sujet du livre c’est son regard sur son métier, sur la grande précarité des paumés qui atterrissent dans les services où Julie travaille. Julie c’est Fanny, bien sûr.
La page 102, c’est son accouchement. L’effondrement, c’est le titre de son livre.
Je vous la scanne la page 102. Pour que voyez que je ne mens pas, mais que je mentais quand je disais que je ne lisais que les pages impaires. Bien sûr, je mentais, Miss-Ter, je lis toutes les pages, sauf celles que je saute. Je les ai toutes lues les pages du livre de Fanny.
Mamoune, quand elle a attendu notre première fille, Rosette, est partie avec sa petite valise, en hiver, jusqu’à la maternité. Je l’ai accompagnée. Il devait être 22-23 heures. Rosette est née peu avant midi, le lendemain.
La péridurale n’existait pas. Mamoune avait bien appris ses mouvements d’accouchement sans douleur. On est restés seuls une bonne partie de la nuit ; une sage-femme passait de temps à autre. Mamoune était allongée sur un sofa, dans le bureau du médecin. Au petit matin, une chambre s’est libérée. On a beaucoup parlé. On parlait beaucoup.
On s’est rendu dans la salle de travail. Mamoune s’appliquait. On respirait bien tous les deux. Les contractions étaient des contractions, Mamoune respirait. On attendait notre enfant. On ignorait le sexe du bébé. Il a fallu une épisiotomie. Je l’aurais faite s’il avait fallu. Rosette est née. Le gynécologue est venu voler le fruit du travail de la sage-femme. Elle s’est effacée. Elle avait l’habitude. Rosette est née. Mamoune était un peu fatiguée. Mon cœur sautait hors de ma poitrine. Une femme seule serait arrivée et m’aurait demandé de l’assister, je le faisais. Juré. Je le faisais. Je l’ai dit à Mamoune. Elle m’en a cru capable. Aucune femme seule ne m’a demandé de l’assister. Mon cœur qui sautait ne m’a quand même pas poussé à priver un père de ce sentiment d’immortalité.
Mamoune a allaité son bébé. Pas autant qu’elle l’aurait voulu. Mais elle l’a allaité. J’aimais ses seins gonflés et sillonnés de veines bleues. Quelle quantité de lait un sein peut-il contenir ? 1 litre ? 1/2 litre ? 1/4 ? 10 cL ? Rien ! J’ai appris qu’un sein n’était pas un réservoir mais une unité de production de lait. J’en ai apprises des choses sur l’allaitement maternel. Il m’est difficile de dire que Mamoune était plus radieuse pendant cette période que jamais. Mamoune est toujours aussi radieuse.
Bien sûr, nous n’avons pas refait l’amour juste après l’accouchement. L’épisiotomie s’est cicatrisée. Il y a eu une première fois après l’accouchement, certainement, mathématiquement. Cela s’est fait naturellement. Que de choses se sont passées naturellement entre nous. Tiens, j’y pense, s’il avait fallu que je coupe le cordon avec les dents (mais si, si nous avions été perdus au fond d’une jungle, d’un désert, d’un no man’s land, si nous avions vécu au paléolithique) je l’aurais fait.





