mardi 10 novembre 2009
Oui... ? Et... ?
Une petite note en passant : ♪
Oui, c’est un peu léger.
Ça me rappelle la lecture de l’almanach Vermot.
Un vieil almanach trouvé chez un oncle un peu lettré.
Il disait — l’almanach, l’oncle, non — :
DO c’est UT et utérus donc DO c’est RUS ;
RÉ c’est SION car récession ;
MI fait F car FMI ;
FA vaut RI car favori ;
SOL (j’ai oublié pour sol) ;
LA vaut KA car l’avocat ;
SI c’est RON pour Cicéron.
Résumons : RUS-SION-F-RI-?-KA-RON
C’est maigrelet, en plus ça ne veut rien dire une fois mis bout à bout.
Bon, DO RE MI FA SOL LA SI, c’est maigre de sens également (sauf pour qui connaît la musique) mais pour un sourd ? hein ? c’est comme pour un billet chez Papistache écrit ton sur ton, ça manque de sel.
Je me demande si le billet aurait plu davantage si j’avais mis 2/10. C’est une petite note aussi. Mais je n’aurais eu aucun souvenir d’almanach Vermot à ajouter.
Je vais laisser comme ça.
Comprend qui peut, chantait Bobby Lapointe.
lundi 2 novembre 2009
Qué dormiasse le Papistache
12 h 38
Une bulle de souvenir éclate quand j’allais croquer une câpre, roulée au bord de mon assiette, assiette garnie d’une demi-aile de raie, aile baignée d’un filet d’huile d’olive et alanguie, comme savent faire les rajiformes, sur un lit de mesclun du jardinet : cette nuit, regagnant mon lit après quelque miction récréative, j’ai eu l’idée de ce méchant compte rendu que je vous sers.
Ma foi, me suis-je pensé (oui, la nuit, je me les pense les idées) je tiens là — attendez encore un peu, je vous livre — un sujet pour mon billet du jour et si le concept est bon, inutile de le noter, il me reviendra. Il est revenu à 12 h 38.
Pour être franc, à 12 h 38, il m’est revenu que j’avais eu une idée. J’ai dû attendre de croquer la câpre pour que le souvenir se précise.
Flash back
Té, il est deux heures trente du matin, je soulage ma vessie et chemin faisant (chemin faisant, parce que je ne pisse plus au lit depuis... l’été dernier... au moins) je me songe à tous ceusses qui, se réveillant à ces heures pré-matutinales vont peiner à retrouver le sommeil. Tiens, je pourrais dégoiser là-dessus et narguer — si, si, vous le sentez, hé, le ton narquois poindre — mes pauvres compatriotes insomniaques. Vrai ! Moi, je me pose la tête sur le polochon, je me fais le check-up rituel et c’est réglé comme papier à musique, je...
Comment ?
Le check-up ?
Je vous esplique le check-up ?
D’accord, j’esplique. Pieds ? Deux ! Chevilles ? Deux ! Mollets ? Deux ! Genoux ? Deux ! Cuisses ? Deux ! Réglé comme du papier à musique, je m’endors toujours avant d’arriver aux nombres impairs.
Une idée me vient en écrivant. Té, si je meurs un jour, je dis bien “si”, me portez pas la poisse, hé ! si je meurs un jour, je donne mon corps à la science, on en fera des biscuits homéopathiques pour endormir les ceusses qui ont de la peine à se le faire tout seul. Ne me remerciez pas : je suis pas encore mort, hein. Maurin des Maures, c’est rigolo, hé ! Hé ? Pour quelqu’un dont l’épouse est allée au lycée Jean Aicard de Hyères dans le Var. Maurin des Maures ? Maurin ? Non ? Oh, je suis fatigué, j’esplique pas tout le même soir.
samedi 31 octobre 2009
Sandaraque girodyne
Pièce d’amour en un acte
(Participation au défi #79 des défis du samedi)
Acte I, scène 1
(Elle et lui... mais c'est lui qui commence)
Lui — As-tu bien dormi, mon amour ?
(Il se tourne sur son côté gauche et pose sa main droite sur le ventre de son épouse.)
Elle — J’ai eu très chaud cette nuit. Je me suis réveillée, je bouillais. Tu dormais, ton corps était frais.
Lui — Tu es fraîche, ce matin.
(Sa main s’est glissée entre peau et étoffe, il caresse doucement le flanc gauche de sa compagne.)
Elle — Je me demande si ce ne sont pas ces bouffées de chaleur qui accompagnent la ménopause*.
Lui — Non, je n’ai rien senti de cela vers la cinquantaine.
(Son genou droit s’est posé sur la cuisse de sa partenaire, il se love contre elle.)
Elle — Tu veux parler d’andropause** ?
Lui
— Non, quand j’étais de sexe féminin, avant, du temps où c’était moi
qui laissait incuber nos embryons dans mes sacs vocaux. J’aimais
bien... Tu te souviens qu’il fallait que je tousse pour les expulser
et que je craignais toujours d’en avaler un ou deux.
(Il a logé son visage dans le creux de l’épaule de celle qu’il étreint avec amour.)
Elle — Tu faisais incuber les petits dans tes sacs vocaux ?
(Il lui mordille le lobe*** de l’oreille. Elle tourne la tête.)
Lui — Le
médecin m’avait interdit de les loger dans mes pores fémoraux, trop de
risques de ne donner naissance qu’à des mâles avait-il dit. J’aspirais
les œufs et je gonflais les joues. Je salivais comme un malade à cette
époque. « Une » malade. C’est quand je t’ai connue que j’ai changé de
sexe. Au début, on permutait nos organes à chaque rapport sexuel. C’est
devenu de plus en plus difficile. On a cessé en... 1985. L’année où il
a plu des entrecôtes.
Elle —Arrête, tu me chatouilles ! En 85, c’était pas plutôt du bourguignon ?
(Ses
plumes se hérissent, il n’aime pas qu’elle lui demande d’arrêter**** ni
qu‘on le contrarie. Il se lève, ouvre la fenêtre et, détendant ses
pattes postérieures, d’un bond surprenant pour son âge, plonge dans la
mare.)
Lui — Ce soir, je rentre tard... pense à faire du beurre, j’invite les Épinards.
Elle — Si tu coasses Monique, rappelle-lui qu...
(Les
paroles de son épouse ricochent à la surface de l’eau. Il s’éloigne en
soignant sa brasse. Elle allume la radio. Au flash de 8 h 15, le
journaliste annonce, en direct, que l‘auteur de cette pièce ne porte
que des pantalons de taille 40. Une bouffée de chaleur l’envahit. Elle
se lève. Dehors, une pluie de petites pâtes commence à tomber. La mare
se vide en faisant un bruit de siphon. Elle pousse un soupir***** de
soulagement : elle n’avait plus de crème fraiche et n‘avait jamais aimé
la compagnie des Épinards.)
* relig. Calendrier martyrologue de l’Église grecque.
** mammifère domestique plus petit que le cheval.
*** sextuple champion du monde de rallye
**** « Arrête de me dire arrête ! »
***** Ouf !
dimanche 4 octobre 2009
Le facteur n'est pas passé, il pass'ra dans la journée : une heure, deux heures, trois heures...
J’en ai des boites à lettres, j’en ai.
J’en ai et je les ouvre toutes.
Autrefois, lorsque je comptais mes rides sur les doigts d’une main, je n’en avais qu’une.
Depuis que j’en ai plusieurs — combien ? au bas mot, sans réfléchir, j’en trouve huit — je ne parviens plus à compter mes rides.
Huit ?
C’est que certaines sont si secrètes qu’une seule personne y dépose ses plis, d’autres ne s’ouvrent qu’à deux voire trois correspondants.
J’en ai, j’en ai des boites à lettres.
De bois, de tôle, de plumes — l’une est précisément sise sous mon oreiller —, de verre —et ce n’est pas celle que la mer dépose à marée haute au seuil de ma porte —, de poussières — c’est celle qui ne s’ouvre que par grand vent, celle qui me donne les nouvelles que nul n’a écrites, celle qui oxygène ma pauvre cervelle, celle qui m’aide à démêler les fils que l’adversité emmêle —, de gaze — celle-là qui soigne et lave les humeurs noires, je la maintiens propre autant que je puis faire —, de brick — celle que j’ouvre avec mille précautions de peur de la casser sous mes doigts maladroits, la boite aumonière —, de chair — celle qui palpite —, de rien — celle qui ne s’ouvre ni ne se ferme —, d’épines — celle qui se hérisse quand on la touche —, de beurre — celle qui fond quand on l’approche trop de son cœur —, de fer forgé — celle dont on a égaré la clé, dont on branle lentement les lourds barreaux en priant pour l’un d’eux se descelle (ne tremble-t-il pas d’ailleurs un peu ?) —, de porcelaine — la boite à usage unique qu’on brise pour en sortir le message et qu’on remplace par une plus belle à chaque levée du courrier —, de boue — celle qu’on ignore, dont on a oublié l’emplacement et que, peut-être aucun facteur n’a jamais trouvé rien à y glisser —, de pierre — l’ultime, celle où l’on rassemblera les autres quand les rides auront achevé de parcheminer l’écrivaillon...
C’est plus que huit !
Des boites à lettres, j’en ai et je les ouvre presque toutes.
J'écris.
Parfois, j'écris.
J'en envoie des lettres.
De quoi sont-elles les boites vers lesquelles vole ma plume ?
La vôtre ?
mercredi 30 septembre 2009
Ou-a-é-ou-a-é-ou
Je crains bien que ma plume se soit rouillée à ne pas servir ces derniers jours.
L’écriture serait-elle sport ?
Quels muscles solliciterait-elle ?
Le fil de ma plume, quelqu’un l’aurait trouvé et mis en pelotes ?
L’ai-je laissé chez vous ?
L’avez-vous, du pied, écrasé et frotté contre le rude poil du paillasson qui rehausse le seuil de votre maison ?
S’est-il replié sur lui-même comme se vrille un cheveu sous la pluie et chassé par le souffle de vos pas a-t-il roulé sous un meuble ; tient-il conférence à quelques moutons placides que vous entretiendriez sous le sommier de votre lit ?
Le fil de ma plume, si vous le trouviez, lui rendriez-vous son tranchant comme s’aiguise la lame du couteau à rôti dominical le long d’un fusil finement strié.
Cherchez bien, s’il vous plait ; au besoin, baissez-vous : c’est un petit fil, un filet, intermittent, lent, pas très clair, caractéristique peut-être, singulier sûrement, pas trop voyant, le genre de fil à se cacher derrière l’ombre d’une spore de fougère — ai-je jamais dit les liens qui m’unissaient aux fougères ? une autre fois, quand le fil de ma plume aura retrouvé le chas de mon aiguille, et l’aiguille ? à propos, l’aiguille ? au revers de quel revers l’ai donc glissée ? — cherchez si vous avez souri, ne fût-ce qu’une seconde à la lecture d’un mot, maladroit, déposé sur l’écran de votre tabatière — tabatière ! si vous avez prisé, jamais, de l’herbe apéritive que j’ai tant aimé vous tendre — cherchez !
Si nul ne parvenait à déloger, en sa demeure, de mon écriture, le moteur, je m’interrogerais :
« Rééduquerait-on les écrivaillons las ? »
Ré-é-du-ke-ré-ton-lé-zé-cri-va-ion-là.
Articulons :Ré-é-du-ke-ré-ton-lé-zé-cri-va-ion-là.
Ou-a-é-ou-a-é-ou* !
Ou-a-é-ou-a-é-ou* !
Ou-ou-a-é-é-é-ou* !
*Se trouvera-t-il un lecteur pour se souvenir de ces vocalises des programmes de radiophonie musicale que les écoliers, mains posées sur le pupitre de chêne ciré, modulaient, en préambule de chaque séance de chant radiodiffusée dans les années 50 et 60 ?
lundi 28 septembre 2009
En rodage
Comme j’ai eu le bonheur* de dire — d’écrire ! — à une amie — grande** ! — « Je suis en rodage*** » ; paradoxe, ma machine expire, d’un grenier j’en extirpe une autre, mon clavier n’a pas bougé et voici que c’est la flamme qui vacille au fond de la profonde caverne où gite l’âme de celui qui tire les ficelles du pantin, maitre des lieux, qui menace de s’étouffer.
De l’air ! De l’air !
Comme le concertiste qui aurait manqué au devoir d’aligner ses gammes — pour autant que des gammes s’alignent — me voilà les doigts gourds.
Allons que j’aligne trois mots :
— Trois mots !
Quelle concision, ne viens-je pas— “ne viens-je”, c’est étrange cette tournure ! — d’aligner trois mots en n’en utilisant que deux.
Peux mieux faire !
Banco !
Montrez votre savoir-faire !
* Tout n’est pas perdu si dire éveille le bonheur du marionnettiste.
** Une amie — grande ! — , pourquoi pas une grande amie. Faire simple écorche toujours le vieux, voyez-vous.
*** En rodage ! Et quoi d’autre encore ? C’est vrai que son âme — la mienne ? La sienne ? Disons celle du Papistache et laissons courir — se serait soudée à celle de sa machine au point de ne la pouvoir démêler.
En rodage ou exanimé ?
Un mécano ou un exorciste ?
Tout cela est confus et n’avance guère. C’est vrai qu’il**** est encore en rodage ; allez, vous pouvez doubler, la voie est libre. Passez devant. Le dernier arrivé attend les autres — ou le contraire... ou pas...
**** Il ? Oh, c’est trop difficile. Circulez, vous encombrez la chaussée. Revenez voir dans cinq-cents kilomètres, la révision est gratuite*****.
***** Enfin, gratuite ? Incluse dans le forfait réparation moteur !
samedi 19 septembre 2009
Pour faire mentir Virgibri (que j'aime bien, elle ne cesse de me faire rougir à force de compliments) usons d'un titre court :
Les Pêches
Les pêches sont mûres.
Au jardin, les pêches sont mûres.
Au jardin, les pêches mûres se meurtrissent en tombant.
Depuis deux jours, au jardin, les pêches mûres — trop mûres ? — meurtrissent leur chair tendre en chutant de l’arbre.
Ce matin encore — et depuis deux jours, déjà — les fruits du pêcher qu’on aperçoit à peine franchi le portail repeint de blanc au début de la saison, fruits gorgés de sucre et de soleil — il n’a pas manqué l’animal, cet été — meurtrissent leur délicate chair parfumée au rude contact avec le sol, qu’un été trop sec a durci comme l’argile dont on fait les briques qui parent les encadrements de fenêtres en ce coin-ci du Perche.
Ce matin encore, c‘est le troisième déjà — le Papistache se lève tôt, même le samedi, c’est un vice familier à ceux que la terre nourrit et régénère — les fruits du pêcher qui ombre le portail repeint de blanc, au début de la saison, et qui attire l‘œil du passant surpris de la profusion et de la dimension des fruits gorgés de sucre et de soleil — l’été 2009 restera sur les tablettes comme une année record en matière d’ensoleillement — meurtrissent leur délicate chair parfumée au rude contact avec le sol plus damé qu‘un trottoir ; la terre argileuse dont on fit longtemps les briques aux reflets irisés qui caractérisent les encadrements de fenêtres des maisons traditionnelles en ce coin-ci du Perche sonne quand une pêche lourde vient s’y éclater.
Au son sourd que rend la terre — ou serait-ce la pêche qui exhalerait une plainte ?— le Papistache montre son nez à l’encadrement de la porte ; il faudrait enrayer l’hécatombe ; sortir l’escabeau, les paniers ; de la main, paume offerte au ciel, cueillir le fruit souple ; distribuer de-ci, de-là, aux amis, aux voisins, la récolte ; en conserver une partie pour en emplir mille pots de la confiture que Mamoune saura — alchimie de saison — tirer du monceau parfumé des fruits étalés sur la table de la cuisine en émoi.
Il faudrait ?
Ami jardinier, non !
Considère qu’il te faut t’en charger sans remettre à demain.
Souffrez, chers amis, que je vous laisse ; j’ai, parait-il, du sucre à me mettre sur les mains.
samedi 29 août 2009
Moi, j'adore écrire des billets minimalistes, plus la matière est ténue, plus mon plaisir tend vers l'infini
J’ai terminé le montage de la pergola sur laquelle les rosiers lianes pourront se vautrer à l’envi. Je la donnerai à voir quand les plantations seront faites : attendons l’automne. Perçage du sol pour les fixations, sciage des poteaux de section carrée, rabotage, ponçage, vissage des liteaux, dévissage, revissage, rangement des outils, des chutes de bois : tout ça sans une seule blessure.
Pas une égratignure, pas une coupure, rien, et hier soir, je tends — à la demande d’Épouse-Un-Peu-Courte— la main pour attraper un livre sur une étagère un peu haute et une écharde s’enfonce sous l’ongle de mon majeur droit.
De ceci, vous tirerez plusieurs enseignements :
- Le Papistache est droitier ;
- Le majeur est le plus long de ses doigts, c’est lui qui a rencontré la planche agressive en premier ;
- La lecture est plus dangereuse pour l’intégrité physique des marionnettistes que la menuiserie ;
- La bibliothèque du Papistache n’est pas d’aluminium.
Vous ne pourrez pas à cette simple lecture :
- Savoir si l’accident fut douloureux ;
- Connaître la longueur de la dite écharde ;
- Apprendre si, à l’heure où votre serviteur évite de se servir du dit majeur pour écrire ce compte rendu, l’épine est encore en place ;
- Affirmer que le Papistache ment quand il clame ne connaitre aucun juron répertorié ;
- Découvrir la nature et le genre de l’ouvrage commandé par Épouse-Je-Ne-Me-Contente-Pas-Des-Livres-Des-Rayonnages-Inférieurs ;
- Calculer l’intervalle de temps écoulé entre la dernière écharde et celle-ci parce que je n’ai entretenu personne du précédent accident.
Vous pourriez, éventuellement :
- Vous féliciter de ce que votre plan ait réussi (si c’était vous qui aviez placé l’écharde à cet endroit) ;
- Attendre/ Espérer/Redouter que le tétanos fasse son effet ;
- Vous irriter du temps perdu à lire cette note somme toute dérisoire au regard des problèmes du monde ;
- Souffler de soulagement en vous disant que si le Papistache avait été capturé par de raffinés asiatiques des siècles passés, qu’il ait survécu aux tortures esthètes à lui infligées — de fins bambous lentement insinués sous ses ongles puis enflammés un à un — et qu’il ait réussi à s’enfuir alors ce n’est pas un billet qu’il vous aurait fallu lire mais une encyclopédie en douze tomes ;
- Par empathie, tailler en pointe un cure-dents et vous le glisser délicatement entre ongle et pulpe afin de partager l’expérience à vous décrite tant il est vrai que rien ne vaut l’immersion dans le sujet pour en éprouver tout le suc et les sensations les plus subtiles.
lundi 27 juillet 2009
Rien ne se perd tout se transforme et réciproquement
Chère Maminette*,
J'aimerais encore vous arracher un sourire — même pâle, un sourire reste un sourire — aussi, vais-je vous donner à lire une histoire drôle que j'avais écrite pour les défis du samedi — à ce propos, le thème de la semaine tourne autour de la mayonnaise et de la blague à trois sous, allez y faire un tour, j'ai raconté une histoire de Toto, elle pourrait vous distraire deux minutes — mais que j'ai recalée, précisément parce que j'y ai donné l'histoire de Toto et que je veux pas squatter les défis en les abreuvant de ma prose.
Une histoire que vous ne lirez nulle part ailleurs :
Un fou repeint un plafond.
Un autre fou entre dans la pièce.
Il dit au premier : “Accroche-toi au pinceau, j’enlève l’échelle.”
Un fou ? Un déséquilibré ? Un déséquilibré sur une échelle ? C’est risqué ! Il pourrait tomber.
Repeint ? Donne une deuxième couche ? Ou peint un plafond que son collègue aurait peint précédemment ?
Un plafond ? On dit des fous qu’ils ont une araignée au plafond. Ce serait donc une allégorie pour signifier que le déséquilibré, en équilibre sur son échelle, serait en période de récidive (il repeint) ?
Un autre fou ? On serait dans un asile et les patients seraient assez autonomes pour se déplacer d’une pièce à l’autre sans la présence d’un infirmier ?
Entre dans la pièce ? La pièce du fou ou la pièce du fond ? Pas la fesse du pion ? Quoique ? Il entre dans l’intimité du premier. Il le dérange. Il viole son espace personnel. Ou serait-ce le même ? Un dédoublement de personnalité.
Un schizophrène repeint un plafond. Il se dit à lui-même...
C’est une hypothèse, docteur, à retenir.
Il se dit à lui-même. Il essaie donc de se convaincre. “Accroche-toi au pinceau.” Il ne dit pas "au rouleau". La profession repeint les plafonds au rouleau. Pas au pinceau.
Pinceau = symbole phallique.
Accroche-toi au pinceau. Accroche-toi à ton pinceau.
Le type se masturbe en fait.
Je retire l’échelle.
L’échelle = ascenseur. Ascenseur vers le septième ciel.
Je retire l’échelle. Je te prive de l’accession au plaisir.
Je te castre. L’univers hospitalier est castrateur. Branle-toi, tu n’en tireras aucun plaisir.
Un schizophrène s’astique le manche ; du fond de sa névrose, un autre lui-même lui envoie un message : l’amour physique est sans issue.
Autre hypothèse : échelle = évasion.
Accroche-toi au pinceau = masturbe-toi !
J’enlève l’échelle = ce n’est pas ainsi que tu recouvreras la liberté.
A Charenton, un malade mental prend conscience que l’onanisme, une fois éprouvé l’éphémère plaisir plus ou moins longuement conquis, ne lui ouvrira pas la porte vers la liberté. Il le sait et pourtant il ne peut s’empêcher de repeindre son plafond. Il n’est pas sorti d’affaire, le barbouilleur.
C’est bien triste comme histoire**, Maminette, n'est pas amuseur qui veut. Au moins, aurais-je essayé ; cet effort mérite un sourire n'est-ce pas ?
*La vie étant faite ainsi que l'on sait, j'aime à croire que d'autres que vous tireront profit des trois minutes accordées à la lecture de ces papistacheries estivales.
** Je me plais à penser que le succès inter-générationnel de cette histoire doit tenir en grande partie au sens que je viens de révéler.
dimanche 26 juillet 2009
De l'art ou du handicap de ne pas parvenir à en placer une
Madame Claireau me voue une reconnaissance éternelle pour avoir, voici vingt ans, appris à nager à ses deux fils. Vingt ans que je la connais — bien que je la vouvoie toujours, j’ai le tutoiement difficile. Madame Claireau a la reconnaissance généreuse.
Madame Claireau a une qualité rare : elle respire par la peau. Cette rare qualité lui permet d’enchainer ses propos sans avoir besoin de reprendre son souffle.
Madame Claireau est une insatiable bavarde et moi une bonne poire s’il en est en pays de pommes à cidre. Hier, j’ai rencontré Madame Claireau en sortant du supermarché. Elle y entrait. Madame Claireau, connaissant mes problèmes de mémoire, aime à me retracer le parcours de sa progéniture depuis la première séance de piscine, voici vingt ans, et ses bougres ont beaucoup roulé leur bosse.
Mamoune m’a enjoint de retourner au supermarché au prétexte qu’il ne fallait jamais recongeler des produits qui auraient décongelé. Quand je me suis retrouvé sur le parking, j’ai reconnu l’emplacement près duquel j’avais croisé Madame Claireau : le sorbet au citron n’avait pas encore achevé de sécher et tous ceux qui marchaient dans la flaque juraient. Le sorbet au citron, ça colle aux semelles.
Justement Madame Claireau sortait du magasin. Je ne suis pas le seul à souffrir d’incontinences mnésiques. Madame Claireau m’a entrepris derechef, comme si on ne s’était pas croisés depuis une semaine.
J’aurais bien envie de lutter pour la fermeture des magasins le jour du Seigneur, mais, là, comme le directeur de l’enseigne a baissé le rideau de fer avant que Madame Claireau ne soit arrivée à l’adolescence de ses deux petits, je suis rentré bredouille ; je vais devoir retenter ma chance ce dimanche matin.
Ma crainte est que j’ai trouvé que le charriot* de Madame Claireau ne contenait pas grand chose. De là à ce qu’elle ait oublié quelques provisions,... je crois qu’il serait plus prudent de renoncer aux sorbets pendant les grosses chaleurs ; un melon tiède, ça devrait pouvoir constituer un bon dessert.
* J'ai déjà écrit pourquoi deux "r"
