Papistacheries

C'est curieux quand je dis que je suis fêlé mes amis de blogue rient mais ne démentent pas...

vendredi 6 mars 2009

Paradoxe de mars

Paradoxe, j'ai écrit, hier, quatre pages en caractères de taille 10 et vous n'en lirez probablement pas une ligne.

episode

Non que je veuille faire de la rétention de textes, plutôt que j'ai observé que chaque fois que j'avais l'occasion de signaler ma collaboration aux fanes de Carottes les lecteurs boudaient mes billets.

Pourtant, ces quatre pages, je me suis régalé à les écrire. J''en étais si imbibé, hier soir, que je me suis senti incapable de changer d'univers.

J'en suis content. Je m'étais engagé dans l'écriture d'un feuilleton, j'ai même rempilé pour une seconde participation et le sort m'a désigné pour clore l'aventure. Carte blanche chez les Fanes de carottes, ça équivaut à trois toques blanches au restaurant à la cassolette de légumes.

Je me suis régalé. J'ai relu les dix-huit pages déjà écrites par les co-auteurs précédents, moi y compris, ai sorti mon surligneur vert — je n'ai pas retrouvé les autres couleurs — et me suis lancé dans l'aventure.

Je suis content de ce que j'ai écrit.  J'ai relu dix fois. Dix fois ça m'a plu. A chaque lecture, je donnais un coup de ciseaux, un coup de râpe, un coup de rabot. J'aime bien raboter mes textes. Les copeaux sentent l'encre et la sueur.

Si j'avais été menuisier, il m'aurait fallu un peuplier pour tailler un seul cure-dent*.

Voilà, le texte est parti, il sera publié dimanche. Mais comme c'est la conclusion d'une étrange aventure à soixante doigts, au moins, je ne vous invite pas à la lire. Elle sera incompréhensible à qui n'aura pas suivi les épisodes précédents. Déjà, qu'avec un peu de recul, je me demande si elle le sera pour les abonnés !

Cette histoire m'a tant habité que je peine à m'en défaire. C'est un peu la sensation que j'éprouvais, jeune, quand je lisais encore des romans, et qu'il me fallait un délai, plus ou moins long, pour quitter un livre avant d'en affronter un autre.

Vous avez tous connu ça, vous, et c'est peut-être toujours d'actualité pour certains. Voilà, j'avais envie d'en parler. Oui, parler, parce que c'est ce que je fais quand j'écris. Mes textes, je les relis à voix haute, c'est la couche de cire d'antiquaire sur le meuble que j'aurais longuement frotté, après l'avoir patiemment poncé, si j'avais été ébéniste.

Si j'avais été ébéniste, ça aurait toujours senti bon dans mon atelier. Ça me fait penser que je devrais ouvrir la fenêtre pour aérer.

* un cure-dent sans "s" c'est comme ça maintenant.

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lundi 2 mars 2009

Jean-Claude Letailleur enquête -1/1-

L'an dernier,  j'avais répondu à un jeu proposé par les Fanes de Carottes. Il s'agissait de tenter de comprendre ce que l'internaute inconnu, qui avait lancé sur son moteur de recherche favori la requête en orange et entre guillemets, ci-dessous, espérait bien trouver.
Les aquarelles sont de Grisette, réalisées exprès pour l''occasion.
Une année est passée.
J'exhume ce texte pour la première fois et je donne, bien sûr, le lien vers le site des Fanes de Carottes.

Le lien vers les Fanes de Carottes


"Carotte que elle dise nos grands méres"


jean_claudeEn trente années de service au Bureau des Recherches des Adresses Mal Libellées, Jean-Claude Letailleur avait dû se coltiner de sacrées énigmes. Ses collègues se souvenaient de la maestria avec laquelle il avait résolu celle de la lettre vierge au format 19 x 91. Son sens olfactif incomparable avait vite deviné les effluves d’oignons dont le jus masquait l’adresse de la congrégation des adorateurs du bulbe aphrodisiaque.

Le souffle court de Juanita précéda la lente irruption de ses cent trente kilogrammes à l’intérieur du bureau maladivement rangé de notre héros. Celui-ci ressentit le frisson qui préludait toujours aux grandes enquêtes.

Un sixième sens !


juanita Dou trafail por voch, Chean-Clau, mâchonna la concierge-réceptionniste en expectorant l’équivalent de la consommation annuelle de biscuits pour apéritif de l’enquêteur vedette du B.R.A.M.L.

Il n’était que huit heures trente-cinq !

Juanita retourna à ses obscures tâches ménagères.

Le paquet, une boîte à chaussures pointure 41 — il l’avait jaugée en une fraction de seconde — reposait désormais sur la table de Jean-Claude.

Son premier geste fut de faire disparaître au moyen d’un antique aspirateur Electrolux bordeaux, métal et cuir, les déchets organiques échappés à l’appétit de Juanita.

L’adresse, manuscrite — un stylo-plume Parker des années 1960 à 1963, à réservoir d’encre — retint son attention :

carotte que elle dise nos grands méres”.

L’accent aigu sur “méres” lui fit éliminer d’emblée le canular possible. Son instinct ne l’avait jamais trompé.

— Voyons, “que elle”, fastoche ! se laissa aller le grand escogriffe. Je saisis le “n” de “nos” et voici donc : "carotte quenelle dise os grands méres". Limpide !

Dise os”. Un débutant aurait conclu “dix os”. Jean-Claude s’amusa de la confusion que n’importe lequel de ses collègues aurait commise. Il fallait lire “désosse” bien sûr.

Le message prenait corps.

Carotte quenelle désosse grands méres

L’accent aigu, simple erreur de direction pour le néophyte, au contraire fut riche de sens pour notre singulier compagnon. Cela signifiait en toute certitude que le terme se devait de prendre place en début d’adresse tout en recouvrant le sens originel de son accent grave :

“Grands mères à l’accent grave carotte quenelle désosse”

Une autre inversion s’imposait. L’axiome de Letailleur, gravé en lettres sympathiques au-dessus de son bureau. “Toute inversion se double d’une autre inversion qui lui est symétrique, toc !”

“Grands mères à l’accent grave quenotte car elle désosse

La lettre “s”, surnuméraire, de “grands” l’intrigua deux secondes pas plus, autant que l’absence du tiret entre les deux mots : Grands et mères.

Grand avec “ssans tiret mères.

Grand avec “s” sans tiret mères.

Grand-mères sans tiret, à l’accent grave,
quenotte avec elle car “s” désosse”

Axiome de Letailleur.

“Grand-mères sans tiret, à l’accent grave,
quenotte avec “s” car elle désosse”

L’adresse prenait forme :

Grand-mères SANTIRET
à l’Accent Grave 
Quenotte avec elle “s”

trioRestait “car désosse” ; “dés car osse” certainement pour “des carosse”.

Seulement manquait un “s” à ce faux pluriel, ce ne pouvait être une erreur, plutôt un indice.

Un indice ? Bien sûr ! Jean-Claude venait de résoudre l’énigme.

Un presque synonyme de “Des” qui rime avec indice, voyons lecteurs adroits, c’est... “bis

Biscarosse. Profitons-en pour doubler la lettrer” et voici qu’apparaît la ville des destinataires :

BISCARROSSE !

Les grand-mères Santiret ne pouvaient que crécher dans les Landes à Biscarrosse.

GRAND-MERES SANTIRET

à l'“ACCENT GRAVE”

QUENOTTE AVEC ELLES

BISCARROSSE LANDES

quenotte

Les grand-mères Santiret et leur petite-fille Quenotte recevraient leur paquet avant quarante-huit heures. L’odorat de Jean-Claude avait décelé les senteurs sucrées d’un potimarron, de carottes et de noix fraîches qui allaient permettre aux vieilles dames en résidence à l’hôtel “à l’Accent Grave” de réjouir leurs palais fins. Vérifier que cet établissement hôtelier enorgueillissait bien la jolie station balnéaire ne lui avait pris qu’une poignée de secondes. Les effluves âcres d’un doudou joint au paquet et réclamé, sans doute, lui permettaient d’estimer l’âge de Quenotte à moins de six ans. Il se l’imaginait jouant sur le sable de la plage déserte en cette demi-saison.

Un doux rêve commença à s’installer. Jean-Claude le balaya d’un revers de main. L’employé modèle refit surface, il croisa les doigts sur le maroquin immaculé de son bureau Georges Mandel. Juanita n’allait pas tarder. Son souffle emplissait le corridor. Les narines de Letailleur frémirent pour la seconde fois de la journée, il était huit heures quarante-sept !

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vendredi 27 février 2009

Drame au 3 de la rue Léon ? -6/6-

aplmob

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Drame au 3 de la rue Léon ? -5/6-

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Drame au 3 de la rue Léon ? -4/6-

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Drame au 3 de la rue Léon ? -3/6-

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Drame au 3 de la rue Léon ? -2/6-

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vendredi 9 janvier 2009

L'œuf (VII)

Monsieur et madame P. réclament un peu d’intimité. Le mal est nommé, il sera plus aisé à combattre. Laissons-les débrouiller seuls leur écheveau. Leur vie commune a traversé d’autres rapides. Ils passeront celui-ci. D’ailleurs, il n’est pas exclu que nous les retrouvions plus tard. Rien n’est à exclure, surtout pas les lubies de l’auteur.

Pascal, Patricia, au revoir. Nous avons aimé partager une semaine de votre existence.

La seule idée que j’avais en commençant ce feuilleton était ténue. “Un œuf devra symboliser le monde virtuel de la blogosphère. Dès qu’un lecteur aura flairé l’astuce, le feuilleton cessera.”

Chaque soir — j’écris le soir et poste le matin, quand il me plait de poster le matin — je m’appuyais sur les commentaires du jour pour avancer. J’imagine que le texte, publié hors contexte, serait assez inintelligible. J’ai voulu des clins d’œil, j’en aurais placé plus si l’aventure avait dû se poursuivre un jour ou deux.

Voilà, je vais aller explorer les archives de Janeczka afin de choisir un texte (ou deux) à lire pour dimanche. J'espère lui rendre le sourire qu'elle semble avoir un peu voilé. Je vous remercie tous de m’avoir suivi, de votre complicité et votre sympathie. C’est amusant d’écrire ainsi. C’est comme si nous avions été plusieurs à tenir le crayon. Je recommencerai.

Le rideau se baisse, les acteurs ont salué le public et le public a salué les acteurs. Pas de morale à cette histoire. A cause du verglas sur la voie N° 12 le TGV s’est immobilisé à hauteur des immeubles de la banlieue sud de la capitale. Par la vitre de la voiture N°8, les voyageurs ont pu observer une bribe de la vie des habitants dont les baies vitrées donnent sur les rails. Les forçats de la SNCF ont réchauffé les aiguillages et le train a repris sa course folle dans la nuit.

Bien sûr que le Papistache soigne son addiction mais il n’envisage pas sérieusement de quitter la blogosphère. Qu’envisage-t-il de sérieux d’ailleurs ? Sérieux appartient-il encore à son vocabulaire ? Certainement, certainement, même si, depuis le 31 décembre 2006, le Papistache préfère facétie à raisonnable. Fa c’est si, drôle de gamme !

Et perroquet violet sur la pointe de mon pied !


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jeudi 8 janvier 2009

L'œuf (VI)

Où les découvertes des lecteurs à propos du chapitre V  éclairent d'un jour lugubre le sens caché des précédents épisodes et intriguent plus qu'elles ne rassurent.

Pas de traces dans la neige ! Patricia, de la fenêtre de la cuisine, ne décollait pas son regard du tapis vierge que la lumière du lampadaire de la rue colorait de jaune. Elle avait questionné son mari qui n’avait pu que lui confirmer que ses visiteuses s’étaient bien assises, l’une sur le canapé, l’autre sur le fauteuil Voltaire. Son fauteuil !

Tilu ! Elle devait appeler Tilu ! C’était sa meilleure amie, de ces amitiés que l’adolescence noue et que rien ne peut altérer. Bien sûr, elle vivait à mille kilomètres de leur maison, mais le téléphone avait été inventé pour elles et les tourterelles qui squattaient les fils avaient souvent les pattes qui frétillaient aux longues conversations échangées. Tilu saurait lui apporter la lumière.

Le diagnostic tomba :
— Pascal est victime de l’addiction du siècle.
La redoutable intelligence de son amie avait, une fois de plus, tranché. Tilu, c’était la fille qu’on craignait  dans les soirées quand quelqu’un s’avisait de proposer de terminer la fête par un petit jeu. Enfin, on redoutait surtout de ne pas être dans son équipe. Elle n’avait pas son pareil pour résoudre rébus, énigmes, devinettes, etc...

Sa démonstration frisa l’évidence. Ombrelune, Label-Œil, ce ne sont pas des noms, ça, ce sont des pseudos. Sur la Toile ne circulent que des masques. Cette Sombre-Lune, comme tu dis, se présente et tutoie d’emblée ton mari, c’est le code ! Elle s’installe, repart et ne laisse aucune trace, normal, elle n’existe pas. C’est une entité virtuelle. Tout ce que tu m’as décrit confirme l’addiction. Des heures passées à œufer (ailleurs on dit également surfer), l’abandon de toute vie sociale, professionnelle. Ton mari est gravement atteint. Que fait-il pendant que nous discutons ?

Patricia, s’éloigna un instant du téléphone et revint en convenant que Pascal œufait. Son amie ne la rassura pas, elle avait connu, chez d’autres couples amis le même phénomène, son propre conjoint, lui-même n’était pas épargné. Une addiction typiquement masculine. Peut-être une faiblesse génétique, une propension naturelle à fuir les réalités. Un sens du romanesque exacerbé, une débilité de l’âme...

Pendant la conversation, une idée chemina dans l’esprit de Madame P. : elle allait détruire l’œuf. Tout rentrerait dans l’ordre. Son amie l’en dissuada et expliquant qu’elle en avait eu l’intention avant elle et que pour empêcher son mari de s’adonner à ce qu’il faut bien nommer un fléau sociétal, elle avait précipité l’œuf sur le sol : il avait rebondi !

Madame P. apprit que, depuis des semaines, le conjoint de son amie avait cessé son travail et négligeait tout ce qui, autrefois, faisait de lui et le meilleur amant du monde et le meilleur ami et... La honte avait empêché Tilu d’en parler à qui que ce soit...

Parvenus à ce stade du récit, les lecteurs du Papistache commencent à se demander quel est le sens caché de ce conte. En effet, le vieil homme les a habitués, depuis deux ans déjà, à chercher, entre les lignes, à interpréter ses remarques en apparence anodines. Et s’il avait voulu leur signifier un message personnel. Après tout, Valérie, très vite, a soupçonné que Monsieur P. et le Papistache ne faisaient qu’un. Alors... alors le bonhomme essaierait-il de dire qu’il aurait, lui, trouvé le moyen de rompre avec l’addiction ?

Dans ce cas, ce feuilleton serait-il son chant du cygne ? Une manière, bien dans son style, de signer ses adieux à la Toile. Un message à ses amis, lesquels ne laissent pas de traces dans la neige, pour les saluer une dernière fois. Mais si c’était vraiment cela son intention, cela signifierait que vendredi 9 janvier, à 6 : 01, L’œuf VII ne paraîtrait pas, ne paraîtrait jamais ?

Décidément, le suspense au sein de ce feuilleton ne cesse de faire battre les cœurs. La réalité et la fiction se mêlent de telle manière qu’il devient difficile et douloureux de tenter de se faire une opinion. Certaines lectrices regrettent déjà d’avoir réussi à éventer les intentions du bonhomme, si elles n’avaient pas flairé dans l’œuf la fameuse box universelle, ou si elles avaient feint de ne pas deviner les allusions grossières du marionnettiste, combien d’épisodes encore aurait-il dû leur servir avant de tirer sa révérence ?

Pas de traces dans la neige immaculée de l’allée ! Justement, Madame P. s’était fait la réflexion en maugréant contre son époux qui aurait quand même pu relever le courrier. Avec une régularité de métronome, chaque mercredi, le magazine télé tombait dans la boite, coquetterie assumée, aux couleurs des volets.

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