mardi 6 octobre 2009
Le billet des lumières
Jean d'Ormesson se dit "mélancolique gai", Valérie à qui je livre cette confidence me demande ce qu'il faut comprendre de cette gaie mélancolie.
M'aideriez-vous à l'éclairer ?
jeudi 13 août 2009
Pédicure
J'aime beaucoup soigner les doigts de pied de mon épouse. Je coupe ses ongles et les polis.
J'ai perdu trente-cinq années de ma vie à me tourner les pouces pendant qu'elle le faisait seule.
Elle me dit qu'elle ne les a jamais eus si bien entretenus, et moi, je la crois, et de la croire, ça me fait du bien.
vendredi 31 juillet 2009
Faire et défaire, cela s'appelle travailler
Grisette a eu pitié de ses vieux parents. Pour son Xième déménagement, elle a fait appel à ses amis. Interdit aux plus de cinquante ans.
Bien.
Mais, la jeune personne ne reprend pas de nouvel appartement. La maison jaune est vaste et ses greniers accueillants. Comment résister à lui donner un coup de main pour monter cartons et meubles divers sous les ardoises du toit ? D’autant que l’aide des amis ne concernait que la partie parisienne de la dite transhumance. Un seul, parmi les élus, a aidé à tout entasser dans le garage. Mais du garage au grenier : deux escaliers.
Alors, ce remue-ménage plus la menuiserie évoquée hier, comprenez que je viens me faire plaindre.
En reportant le camion de location, la secrétaire, qui nous connait désormais comme de fidèles clients , me glisse :
— On se revoit en septembre ?
A Dieu ne plaise, la demoiselle s’envole pour une durée indéterminée vers le Québec, bien décidée à en éprouver les rigueurs de l’hiver. Les voyages forment la jeunesse.
mardi 19 mai 2009
C'est un type qui dit qu'un jour il écrira un billet qui ne plaira à personne en espérant que ce ne sera pas le cas de celui-ci
Un jour, j’écrirai un billet qui ne plaira à personne.
Ni aux lectrices tôt levées, ni au lecteur qui trempe sa plume dans le vitriol, ni aux lectrices d’après la pause café de dix heures, ni à la lectrice d’outre-océan, ni au lecteur de passage, ni aux inconnues qui ne déposent aucun commentaire jamais, ni à celles qui repassent en coup de vent, ni à celles qui requêtent Papistache sur leur internet... à personne.
J’écrirai un billet sur mes pieds.
J’écrirai comme un pied.
Je dirai que j’en ai deux, pas plats, blancs et situés à l’aplomb de mon corps, lui-même plat, blanc mais unique.
J’écrirai la vie de mes pieds.
Je dirai que mes pieds sont aveugles, que leur perception du monde doit être bien obtuse. Ce sera à mourir d’ennui.
Je dirai la corne au talon, les doigts déformés, les ongles dépareillés, les poils sur les phalanges, la peau fine et les veines gonflées qui saillent...
Je dirai la dimension, l'Achille ridé, le relief de la malléole, l’attache fine, la jambe maigre, le poil usé, les tendons comme des cordes, le durillon près du pouce, les marques de textile au cou-de-pied, ce muscle-là qui palpite comme le ventre d’un agneau...
Je dirai l'exhalaison de plaisir qui suit l’extension des orteils pour délasser les muscles, le grec ou l’égyptien, les extrémités fraiches et la plante tiède, la petite cicatrice dure au toucher, la symétrie...
Un jour, j’écrirai un billet qui ne plaira à personne.
J’écrirai un billet comme un pied, sur un pied, à deux pieds...
Je n’écrirai pas avec le pied, ni pour les pieds...
J’écrirai mes pieds.
Ce sera un billet sans intérêt, un billet à gâcher le papier...
Je n’écrirai pas de lieux communs : ni l’odeur, ni les tongs, ni la plage, ni les doigts en éventail, ni les charentaises...
J’écrirai un billet qui ne plaira à personne.
Un billet sans queue ni tête, ni tête à queue. Un billet qui parlera de mes pieds. Je ferai un lot : deux pieds pour un billet.
Dimanche, pour la première fois de ma vie, j’ai manucuré (j'ai eu peur d'oser "pédicuré", aurais-je dû ? pu ?) les pieds de Mamoune. A genoux, à ses pieds, j’avais déjà joué l’amoureux ; dimanche, je les ai menuisés, eux si menus qu’ils tiennent dans la main, les deux tout entiers. Dimanche, les pieds de Mamoune dans ma main, je me suis senti plus Camille Claudel que Rodin. La prochaine statue que vous approchez ( la croiser serait fantastique) regardez ses pieds, vous aurez un avant gout du billet, qu’un jour, j’écrirai.
lundi 11 mai 2009
Qu'une oreille amie est une douce chose...
Ces trois derniers jours, au centre médical, les couloirs se sont désertifiés. Ne sont restées que les personnes les plus récemment admises, comme Mamoune, et celles qui n’ont pas d’endroit où se rendre.
Vendredi, dans la salle du restaurant — c’est noté ainsi sur la porte — l’ambiance était au recueillement. De nombreuses pathologies se retrouvent ici : amputations, ablations, prothèses, etc... Néanmoins, Épouse-Charpentée-d’Inox a trouvé le moyen de briser l’épaisseur de l’atmosphère et elle a dû sortir son carnet de bal pour y noter quelques rendez-vous arrachés entre le yaourt et la compote.
— Venez donc me voir dans ma chambre, je reçois si peu de visites...
Samedi, l’hôtesse d’accueil a tenu à s’entretenir avec notre Mamoune : un mal de dos chronique devrait la contraindre à subir une opération. Elle appréhende. Voyant notre chevrette fouler à pas menus les longs couloirs du labyrinthe et ayant eu vent de la nature des arthrectomie, ostéosynthèse et autre arthrodèse récréatives réalisées sur le squelette de qui vous savez, on put voir une patiente convalescente délivrer son expérience à la préposée à l’information à l’entrée principale du bâtiment de soins.
A l’occasion, le soir, Épouse-Au-Dos-De-Fer-Hérissé, quémande, avec force gentillesse, une bouillotte chaude à l’infirmière de garde — comprendre qu’elle a su trouver un palliatif à l’absence de celui qui d’ordinaire préside à la régulation de sa température, mais mon lectorat ne sera pas surpris de l’ingéniosité féminine, quand moi je me gèle sous la couette en solitaire—.
A noter que, là-bas, les bouillottes sont remplies de paraffine et que, abandonnées, au petit matin, au pied du lit, elles deviennent dures comme béton.
L’infirmière de garde ! Enfin, nous en venons au titre de ce billet.
Épouse-Au-Torse-Galvanisé s’enquiert du moral des patients restés au pavillon les 8, 9 et 10 mai. La dame à la blouse liserée de bleu répond qu’il lui est facile de gérer les états dépressifs des malades esseulés mais que l’agressivité et l’insolence de certains la mettent toujours mal à l’aise.
Et Épouse-Bi-Squelettée de lancer :
— Si vous avez envie d’en parler, vous savez où me trouver. Chambre 91.
Et moi, je dis qu’il ne faudrait pas que Mamoune s’attarde trop en ce lieu. J’en connais qui seraient capables de lui casser un os ou deux pour la garder plus longtemps auprès d‘elles. Cela s'est vu et pas seulement chez Stephen King.
jeudi 29 janvier 2009
Coâ, coâ, coââââ !
Coa coâ, coa coa cooooa, coââââ Co coa cooooâ coâââââ coooooooooa. Coooooa coa coa coââââ cooooooâ, coâ coa coa coa coa coa. Cooooooooooooââ. Co ââ coa kkkkkoâ, coa coa.* * Traduction : Ce matin, je surprends Grenouille à son entrée dans le bureau et lui délivre illico l’enseignement que vous m’avez donné hier quant à l’art de nouer un fil. Folle de joie, dans l‘élan, elle m’embrasse. J’aurais bien dû tenir ma langue.
mercredi 28 janvier 2009
Quelqu'un aurait une aiguille et du fil ?
Grenouille reçoit un couple d'amis et leur enfant. La fillette, huit ans environ, parait chagrine.
Grenouille l'interroge. La petite obèse, car elle l'est, éclate en sanglots :
— A l'école, je suis toujours la dernière à la course.
Grenouille, pour la consoler, lui déclare :
— Eh bien, moi, je suis toujours la dernière en couture.
De fait, Grenouille nous avoue sans honte, c'est peu fier une Grenouille, qu'elle sait à peine enfiler une aiguille. Le saurait-elle, elle confesse ne jamais parvenir à faire un nœud au bout du fil. En effet reconfesse-t-elle :
— Un seul nœud, c'est trop fin, je sais qu'il faut en faire plusieurs, je n'arrive jamais à les grouper. Ils se suivent comme grains sur chapelet.
Ma mère est couturière, je sais depuis l'enfance, mais... comment lui auriez-vous expliqué, vous ?
Expliqué ! Pas démontré !
Cliquez sur l'image.
jeudi 22 janvier 2009
Le petit frère de François (Titre susceptible de modifications)
Cette nuit, je ne dormais pas. Non ! Pas d’insomnie, je ne dormais pas, c’est tout. Disons... que je me suis réveillé à une heure à laquelle, habituellement, je dors.
Des soucis ? Non ! Pas de soucis, j’étais préoccupé, c’est tout. Disons... qu’on a la droit d’être préoccupé sans avoir, soi, des soucis.
Mais le sujet n’est pas là, la cause de ce réveil n’est pas encore tombée dans le domaine public, de plus, elle ne m’appartient pas, alors...
Alors ! La chaleur d’Épouse-A-Mon-Côté diffusant, je me suis pris à rêver éveillé (puisque je ne dormais pas ! ! ! ). Moitié inconscient, moitié conscient, mon esprit a tourné — oh, pas bien vite, il a tournicoté — et j’ai fini par me rendormir. Rendormi, car, j’avais dormi avant d’être réveillé à cette heure inhabituelle pour moi, si nous suivons bien.
Le souci — voyez qu’il en a un quand même le bougre et qu’il le cache — enfin, non, puisqu’il le dévoile— à ses lecteurs — le souci, donc, c’est que du produit du rêve ne restait, au réveil — officiel, celui-là — que bribes et lambeaux.
Balayant les objections de son épouse en même temps que les scories du sommeil au coin de ses yeux, le bonhomme soucieux s’en vient confier son trouble à ses lecteurs, lesquels, il en est sûr, sauront réparer, du sommeil, le désastreux effet sur sa pensée “nocturnale”
Oh, là, là ! Où s’embarque-t-il ?
Le bonhomme a la conviction que les feuillets épars de sa construction de la nuit se sont logés chez l’une et l’autre d’entre vous. Si je suis trop clair, ne lisez qu’un mot sur deux !
J’ai échafaudé une histoire pour enfants — notez : pour enfants — dont il ne me reste que le principe et les première et dernière pages :
Le héros est un garçon de six à sept ans environ. Il se prénomme François mais c’est sans importance aucune, il aurait pu répondre à Charles, ou Louis.
La première phrase de l’histoire — c’était un album, à la couverture cartonnée — je la livre :
François avait échangé son petit frère contre les moufles bariolées de Vincent.
La dernière :
Au tirage de la tombola, c’est de son petit frère que François hérita.
J’aimerais que vous cherchiez bien en votre domicile si, par hasard, vous ne retrouveriez pas les pages manquantes de l’album. Vous me les enverriez en commentaires et je scotcherai tout cela proprement.
La première personne qui répondra, sera celle qui aura trouvé ce que Vincent aura fait du petit frère de François. La seconde s’emparera de la page apportée par ce premier pour donner la sienne, et ainsi de suite. Si vous trouviez deux pages, laissez au moins un autre de nos amis blogueurs se glisser entre les deux vôtres.
Le verbe “échanger” ayant été utilisé une fois, nul ne devrait le trouver chez lui. La langue française est si riche que je me doute que j’avais bien dû imaginer de saugrenues situations saupoudrées de verbes imagés.
Comme j’ai parlé d’album, je vous entretiendrai, une autre fois, de la manière dont j’espère que la page illustrée réintégrera sa place et sa fonction.
Cherchez bien, comme je pensais à vous, cette nuit, en composant cet album, une page est obligatoirement cachée quelque part dans votre univers familier. Il ne sera fait aucun usage commercial de l’album reconstitué, à moins du contraire, évidemment !
lundi 1 septembre 2008
Sésame, ouvre-toi !
"Pouce" ai-je écrit samedi.
"Pouce" et voilà ma connexion qui me lâche dimanche matin.
Deux ans et demi sans que je ne constate de panne majeure et là, je crie "pouce" mais..., ce n'était pas un vœu ! Sinon, j'aurais intitulé mon billet de samedi "Sésame, ouvre-toi !"
J'ai débranché tous les câbles reliés à la machine, les ai branchés de nouveau, calmement. J'ai recherché un numéro de téléphone à joindre dans un monceau de feuilles éparses, l'ai trouvé.
Une gentille robote m'a rit au nez en me disant que ce numéro n'était plus en service (deux ans et demi sans un appel) mais que je pouvais en joindre un autre ou une seconde robote m'a annoncé que, dans un souci constant d'amélioration du service, je devais désormais appeler le 1077.
Docile, j'ai composé le 1077 (je l'ai même mémorisé : amélioration du service oblige !) et là, une troisième androïde me susurre qu'en raison d'une maintenance (une maintenance un dimanche ? Une grosse panne généralisée du fournisseur d'accès plutôt, amie robote) aucun conseiller ne sera en mesure de répondre à l'ensemble des demandes mais que si je voulais je pouvais quand même essayer.
J'ai esquivé.
Je poste ce billet depuis mon lieu de travail,ce sera la première fois en deux ans et demi et je n'aime pas ça du tout.
jeudi 15 mai 2008
Amie lectrice ne fuis pas, cours au court cours d’orthographe qui suit
Une amie de plume, que j’entends déjà se féliciter du complément du nom dont je l’affuble, elle qui se nourrit exclusivement, jadis, de tomates, avec la conséquence inattendue d’attirer dans son sillage la gente masculine de son lycée — il faut croire, qu’en ces temps, pas si lointains, l’odeur de la pomme d’amour décillait les paupières des plus obtus des mâles du canton — relayée par une non moins amie tout aussi épistolaire, se préoccupe de savoir si ma santé s’altère à la vue de fautes d’orthographe.
Oui !
C’est que j’ai été, tout au long de ma scolarité, sélectionné sur le critère de l’excellence. Non que je l'eusse jamais possédée, mais, mes maîtres souhaitaient que je l’ effleurasse.
Aujourd’hui, un mien petit voisin, en classe de cinquième, m’informe de ses progrès quand un bulletin de notes vient semer la zizanie chez ses parents et qu’il purge sa peine sur le balcon en attendant que la tempête se calme.
Zéro moins cinquante.
C’est sa note en orthographe.
C’est à dire qu’il commet soixante-dix fautes à sa dictée de cent-vingt mots. Rappelez-vous, qu’avant 1968, une faute de grammaire enlevait quatre points, une faute d’étourderie deux points et une peccadille un point.
Bilan : cinq fautes de grammaire valaient l’humiliant zéro, la punition et la retenue après l’étude obligatoire.
Ce soir, je vais vous entretenir des peccadilles.
Une suffira à notre bonheur.
Je vous parlerai (par écrit, paradoxe) de l’apostrophe.
Votre curiosité, amie lectrice, a-t’elle été éveillée par ce long préambule ?
Biiip !
Biiip !
Moins un !
Qui ?
Quoi ?
Comment ?
Cachez cette apostrophe que je ne saurais souffrir !
Voudrais-tu dire que jamais la lettre “t” n’est suivie d’une apostrophe ?
Essaie un peu pour voir.
“ Cette robe, amie de plume, t’ira à merveille.”
Et alors ? point de bip alarmiste ?
Point.
Ta règle, futé papi ?
Elle est autre.
La voici !
Dans l’exemple suivant :
Votre curiosité, amie lectrice,
a-t’elle été éveillée par ce long préambule ?
C’est que cette lettre “t” qui n’est là que pour faire joli n’est pas un pronom personnel élidé.
Dans celui-ci :
“ Cette robe, amie de plume, t’ira à merveille.”
La lettre “t” est un pronom personnel mis pour “toi” : Cette robe ira [à toi] à merveille.
L’apostrophe signifie que le pronom est élidé.
Ainsi, quand la lettre “t” ne sert qu’à “faire joli”, elle est suivie d’un trait d’union, et si c'est un pronom élidé on le signifiera, au lecteur instruit, par une apostrophe de circonstance.
A-t-il été compris mon court cours ?
Répond-il à votre attente ?
Pardon ?
Qu’y a-t-il ?
Vous voudriez un exercice ?
Soit.
Tout cours, même court, s’achève sur un exercice.
On appelle t euphonique ou t analogique le t ajouté entre le verbe et un pronom sujet de troisième personne (il, elle et on) lorsqu'il y a inversion de ce verbe et de ce sujet. Cette inversion se produit dans une structure interrogative ou dans une phrase incise. L'ajout du t euphonique n'est exigé que lorsque le verbe se termine par un -e muet ou par un -a, et avec les verbes vaincre et convaincre. Un trait d'union précède et suit le t euphonique.
Une de ces courtes (décidément ) phrases ne contient pas d’erreur à moins qu'une seule, seulement, ne faillisse à la règle.
A / Je suis fatiguée, Papistache, maintenant va-t’en !
B / Ce bougre de maniaque du verbe va-t’il enfin s’en aller ?
C/ La leçon portera-t-elle ses fruits ?
D / Y en aura-t-il d’autres ?
E / Ces phrases alambiquées, méfie-t’en, elles recèlent sûrement quelque piège.
F/ Il est sympa le vieux va-t-en guerre, on lui fait faire tout ce qu’on veut.
