mardi 15 décembre 2009
Madonna a vraiment le sens de l'humour
Madonna m’a offert un cadeau.
Madonna ?
Non, pas la vedette ; une autre, à nous, à l’usine, notre Madonna locale. Elle s’appelle Marylin, mais j’écris Madonna pour préserver son anonymat. D’ailleurs, elle ne signe pas Marylin, vous voyez, son anonymat est préservé, à Marlène.
Marylin m’a offert un cadeau, pour Noël. Enfin pour moi, mais j’écris Noël pour préserver mon anonymat.
Un peigne !
Marylin m’a offert un peigne.
En écaille.
Le peigne.
Un vrai de vrai peigne avec des dents. Je n’en avais pas vu depuis quelques années ; ça m’a rappelé des souvenirs.
Marylin m’a offert une machine à remonter le temps en forme de peigne.
Ou alors elle s’est moquée de moi.
Mais moins que si elle m’avait offert un coquetier.
mercredi 9 décembre 2009
Ne pas conduire sans l'avis d'un spécialiste de santé
Bon, j’ai pris froid ; je tousse ; j’assume : je me soigne.
Cette nuit, une quinte sèche me tire du lit ; puisque debout, je chaloupe jusqu’à la salle de bains et allume la lumière. Levé, puisque debout, je rentabilise le déplacement d’un pipi décongestif. Aaaaah !
Sur la tablette de verre qui surplombe le lavabo, une bouteille de sirop — gout orange, ne pas conduire sans avis d’un spécialiste de santé — m’attend. Je n’ai pas chaussé mes lunettes ; le faudrait-il pour vider sa vessie ?
Une cuillerée de sirop avant de retourner sous la couette devrait calmer ma toux. Cuillère dans la main droite, flacon de l’autre, je verse prudemment la sirupeuse potion. Malgré ma presbytie avancée, je discerne — in extremis — que je tiens la cuillère face bombée tournée vers le haut.
Aaaaah ! J’ai échappé au Niagara gout orange. Tournant la cuillère pour présenter au ciel sa partie concave, un doute m’assaille — souvent le doute m’assaille — ai-je bien relevé l’abattant de la cuvette des WC ?
Tout Niagara n’est pas parfumé à l’orange !
mercredi 25 novembre 2009
Art traditionnel japonais
Ce matin, j’étais plat.
Attention,
pas à plat,
comme une vulgaire batterie de Simca 1000,
non,
plat.
Plat.
Ni la douche, ni le thé, ni même un café en bonus n’ont pu me redonner du volume.
Plat !
Plat et sale !
Confus !
Je me suis réveillé plat, pas écrasé non plus.
Plat et gris... et sale.
Et confus.
Il m’a bien fallu deux heures avant de retrouver un peu de volume.
J’avais déjà expérimenté bien des sensations : fatigué, malade, endolori, vertigineux —j’aime bien vertigineux—, contrarié, hagard, découragé... mais plat, jamais.
En fait, en y songeant de nouveau, je n’étais pas plat mais... déplié.
Donc plat !
Plat, mais pas écrasé... déplié !
Je prenais tout le caniveau, celui de la rue Léon.
Et il pleuvait.
La pluie me plaquait au sol.
Se rêver déplié est-il un signe faste ?
J’en doute.
Se rêver déplié, d’accord.
Se rêver !
On admet qu’au sein d’un rêve tout soit permis.
Mais ?
Se sentir déplié deux heures après s’être réveillé ?
Hum ?
Faste ?
Des experts en origami autour de moi ?
vendredi 20 novembre 2009
Ne le plaignez pas, il n'a que ce qu'il mérite
Ah ! l'imbécile !
Le citron !
Il a confondu citron et collyre.
A défaut de deviner ce qu'il a bu jugez ce qu'il a vu : 
samedi 24 octobre 2009
Y'a des jours, j'me r'connais plus, ces jours-là, faisez gaffe, j'peux dev'nir vraiment con et franch'ment méchant
C’matin, j’me baladais, j’avis' c’tt' port', j’y balanc' un coup d’latt' — j’sus comm’ ça, à des fois, faut que ch' savat’ , ça m’soulag’ , et c’matin, ben, c’tait un jour à ça —alors du coup, j’balanc’ un coup de rangers dans c’tas d’planch’.
Merd’ ! Derrièr', j’avais pas vu, y’avait la môm’ Tilu qui planquait rapport à ses photos qu’è fait des djinns et des fardadets. Bon ça va, l’est pas gross’ la nana, l’est passée dans un’ jointur’.
P’tain, l’angoiss’ si j’l’avais butée. J’m’en s’rais jamais r’mis. Ça m’fout les boul’s, faut que ch’ savat’ un aut' truc, où j’vais pas passer la nuit. J’crois qu'j’vais aller aux champignons. L’est quand même plus gross’ qu’un champignon, la mèr’ Tilu, faut pas exagérer, non plus !
mercredi 7 octobre 2009
Voie sans issue
La mairie a souhaité que la circulation, autour du pâté de maisons que la mienne épice** de moutarde*,
* Un pâté à la moutarde ? C’est pour dire que les murs de ma maison sont jaunes (au cas où l’information aurait échappé à quelque lecteur, voire pour édifier un nouveau venu).
** Il est curieux que l’astérisque double précède le simple, c’est que je ne traite des murs que dans la note, pas dans le corps du billet, et que, associant jaune à mur puis à épice, je ne voudrais pas qu’on croie que les parois de ma bâtisse*** sont de ce jaune qu’on dit pisseux : nul ne soulage sa vessie au pied de mon chez moi.
*** Je reviens sur la chose, je sais qu’épice ne prend pas deux “s”, qu’ici je le traite en verbe et pas en objet, mais la proximité du mot avec le substantif “bâtisse” risquant de prêter à confusion, je préfère clarifier mon propos (en prenant le risque, je le sens bien, de l’obscurcir**** un peu).
**** A propos de mon propos, d’ailleurs, j’ai peur d’avoir oublié ce dont je voulais vous entretenir et comme il se fait qu’une envie pressante m’oblige à en différer l’écriture, souffrez que je ne termine pas ma phrase — je n’envisage pas de déménager, le pâté de maisons saura attendre.
mardi 29 septembre 2009
L'esprit de l'escalier
Quel imbécile !
Hier, j'aurais proposé d'aligner cent mots, j'en économisais quatre-vingt-dix-huit.
— Cent mots !
lundi 28 septembre 2009
En rodage
Comme j’ai eu le bonheur* de dire — d’écrire ! — à une amie — grande** ! — « Je suis en rodage*** » ; paradoxe, ma machine expire, d’un grenier j’en extirpe une autre, mon clavier n’a pas bougé et voici que c’est la flamme qui vacille au fond de la profonde caverne où gite l’âme de celui qui tire les ficelles du pantin, maitre des lieux, qui menace de s’étouffer.
De l’air ! De l’air !
Comme le concertiste qui aurait manqué au devoir d’aligner ses gammes — pour autant que des gammes s’alignent — me voilà les doigts gourds.
Allons que j’aligne trois mots :
— Trois mots !
Quelle concision, ne viens-je pas— “ne viens-je”, c’est étrange cette tournure ! — d’aligner trois mots en n’en utilisant que deux.
Peux mieux faire !
Banco !
Montrez votre savoir-faire !
* Tout n’est pas perdu si dire éveille le bonheur du marionnettiste.
** Une amie — grande ! — , pourquoi pas une grande amie. Faire simple écorche toujours le vieux, voyez-vous.
*** En rodage ! Et quoi d’autre encore ? C’est vrai que son âme — la mienne ? La sienne ? Disons celle du Papistache et laissons courir — se serait soudée à celle de sa machine au point de ne la pouvoir démêler.
En rodage ou exanimé ?
Un mécano ou un exorciste ?
Tout cela est confus et n’avance guère. C’est vrai qu’il**** est encore en rodage ; allez, vous pouvez doubler, la voie est libre. Passez devant. Le dernier arrivé attend les autres — ou le contraire... ou pas...
**** Il ? Oh, c’est trop difficile. Circulez, vous encombrez la chaussée. Revenez voir dans cinq-cents kilomètres, la révision est gratuite*****.
***** Enfin, gratuite ? Incluse dans le forfait réparation moteur !
mercredi 16 septembre 2009
Vache, cheval, poule, chat, renard : le bestiaire au jardinet
J’adresse une amicale pensée à cette amie de blogue qui m’honore en croyant déceler dans mes tortueuses productions un zeste de filiation entre Marcel Proust et votre marionnettiste, lequel, du temps où, assis ou vautré sur son canapé de cuir griffé — même si vendu dégriffé, à l’époque, au prétexte que la varicelle avait tavelé la peau ôtée à l’animal, sans son consentement, j’imagine — il se rêvait capable d’épurer son style à la hauteur d’un Jules Renard.
« La poule pond. »
Cette magnifique, mais courte, nouvelle n’est pas issue de la plume de Jules Renard, ni de celle du volatile. C’est un de ses amis qui la lui lance, en le jalousant probablement, la citation est inexacte, je crois en avoir conservé l’esprit : « Un jour Renard écrira, “La poule pond” et il refermera son cahier sa journée faite ».
Je ne serai jamais Renard, quoique, si renard je devenais, nul greffier ne souillerait, de Mamoune, les jardins en carrés.
« Depuis deux nuits, trois peut-être, un jeune chat, odieux félin — nouveau au quartier, les anciens respectent le pacte que j’ai signé avec eux ( je leur laisse toute minette à dix lieues à la ronde, ils évitent nos quadrilatères alignés sur les solstices) — gratte la terre nue entre les pieds des fraisiers, y dépose ses excréments empuantis par la pâtée industrielle que sa maîtresse — assurément elle vit en appartement — lui sert en abondance au retour de ses délinquantes sorties nocturnes, disperse le substrat nourri au fumier équin et me laisse interdit, au matin, quand je découvre l’ampleur du bouleversement. »
« Le chat chie. »
Ça n’a pas la classe de Jules Renard, ni le parfum d’aucune madeleine.
samedi 12 septembre 2009
Thé CMLXXXVI
Les enfants, aujourd’hui, c’est moi qui prends la plume. Tout seul. Le marionnettiste dort. Il est fatigué. Je le trouve fatigué. Ses traits sont tirés. Je ne le vois plus très souvent depuis quelques jours. Semaines, déjà.
Il travaille trop.
Part tôt.
Rentre tard.
Quoi ? Qui je suis ? Le Papistache ! Le Guignol de chiffon ! Qui d’autre ?
Je reprends. Je suis un peu inquiet. Pas pour moi. Moi, je n’ai pas d’âme. Un cœur, oui ! mais... de chiffon.
Ce matin !
Ce matin, je l’entends descendre de l’étage. Il m’a remisé dans un carton posé près d’une table basse au salon. D’où je suis — pour autant que je puisse être quand on me délaisse dans un carton— je vois le bas de l’escalier et la cuisine presque en entier.
Ce matin, neuf heures. C’est tard. Tard ! Même pour un samedi. Son épouse, la douce Mamoune, a entendu le bruit au-dessus de sa tête. Elle est levée depuis plus d’une heure, elle. Oui, plus. Elle a mis l’eau à chauffer dans la bouilloire. Lui, il l’a embrassée et s’est assis à la table ronde. Pauvre chevalier qui siège tout seul. Le bol est prêt, les tartines sorties, les confitures entamées.
Il m’a glacé. Je l’ai vu, depuis mon exil. Je l’ai vu. Il a saisi un sachet de son thé matutinal. Mamoune ne lui parlait pas ; elle s’affairait à quelque geste ordinaire autour de l’évier à peine encombré : un bol sale et deux cuillères. Entre le pouce et le majeur, les autres doigts repliés, il a étalé de la confiture sur son sachet de thé non déplié. Je l’ai vu. Il a confondu avec une tartine. Il s’en est rendu compte, n’a rien dit à Mamoune, a léché le délit sans se faire voir, a froissé l’enveloppe souillée et a plongé le sachet dans l’eau qui tiédissait.
Moi, j’ai vu. Ne me demandez pas comment j’ai gravi les marches, moi dont les jambes molles ne me portent pas, pour venir vous alerter alors qu’il est monté se recoucher après sa triste aventure. J’y suis parvenu. Les chiffons s’animent quand la peine les étrangle, savez-vous.
Si vous avez lu les Chroniques ridées autour d’un bol de thé amer, vous savez qu’en 365 billets il n’a pas une seule fois tenté de vous faire rire en laissant croire qu’il tartinerait, un matin le rectangle de papier, peint à l’enseigne du revendeur de la tisane chinoise. C’est au-delà de son imagination. J’ai compris. Mon marionnettiste ne va pas bien. J’ai peur que mon séjour au fond du carton ne soit le signe d’un exil bien plus long.

