Papistacheries

C'est curieux quand je dis que je suis fêlé mes amis de blogue rient mais ne démentent pas...

lundi 17 août 2009

Ai-je dit déjà Mowgli ?


Il est blond comme un angelot de Léonard ou Raphaël. Dans la jungle, le tigre le croquerait, pour faire passer le temps, entre deux cuissots de cerf axis, avec deux olives et une rondelle de citron.
C’est un enfant sauvage urbain comme le définit sa mère.
Urbain, pas sauvage.

J’ai dit sa passion pour les sapeurs pompiers, pour les livrées automobiles et les bruits de la ville : sirènes, cloches, alarmes.

Mamoune, sa Mamoune, la mienne, la nôtre, lui offre un modeste cadeau. Oh ! modeste. Le calendrier des sapeurs pompiers de notre petite ville de 4000 âmes. Ses yeux s’illuminent ; lui qui ne maîtrise pas encore la syntaxe se fend d’un commentaire qui tire les larmes à sa grand-mère.

Tentative de reconstitution de la scène :

—  ‘est une s‘prise, c’est une belle s‘prise, Baboune donner calend’ier  ‘amions de pompiers... case’ne pompiers, belle s‘prise... Baboune donner “owgli calend’ier ‘amions de pompiers. ‘amions ‘enault, ‘amions Mam, ’amions ‘veco... ‘bulance ‘enault, ‘amions pompe... cadeau ‘owgli, donner Baboune. G’and-Pè’e regarder calend’ier donné Baboune, ‘amions pompiers, case’ne maison G’and-Pè’e et Baboune... c’est une belle s‘prise...

Urbain.

Il connaît tous les itinéraires de balade autour de son immeuble, s’arrête aux passages pour piétons et c’est heureux car l’animal est doté de roues caoutchoutées. Sa mère lui a offert une draisienne. Oui, ma langue n’a pas fourché, c’est bien une draisienne. En bois, dépourvue de pédales, privée de freins, il faut courir derrière le couple (vélocipède + enfant) pour ne pas se faire semer sur le bitume fort roulant des trottoirs nantais. Les sorties sont sportives, d’autant que tel un papillon, l’angelot peut très bien planter là son engin — lequel est pourvu d’une poignée fort pratique pour le porter tel un sac à main XVIIIe — et entrer dans une cour privée — visiblement déjà connue et explorée — pour sauter depuis telle marche et recommencer jusqu’à plus soif. Parfois, il jette l’engin à terre, vous fait face, tend ses menottes et, l’enfant au creux d’un bras, la draisienne au bout de l’autre, un sourire fendu jusqu’aux oreilles, vous regardez votre reflet dans la vitrine d’un boulanger marocain et vous vous trouvez beau.

— Là, Maman acheter tickets bus. Fermée maison p’esse, pas acheter G’and-Pè’e tickets bus ?
Les boucles blondes frôlent votre oreille une seconde. Un chat qui passe réveille le petit d’homme qui pose de nouveau le pied au sol et repart de plus belle poursuivi par le plus jeune grand-père du quartier, une draisienne à la main, découvrant le charme des cours intérieures des immeubles dont il n’aurait jamais pu croire qu’elles recelassent autant de recoins propices à allonger l’itinéraire de retour de la balade matutinale. Vous songez, un instant, un instant seulement, qu’il sera utile de lui apprendre que la distance la plus courte entre deux points est la ligne droite, mais vous posez votre mouchoir savant sur l’idée saugrenue et vous savourez la leçon qu’il vous donne, à savoir qu’entre deux points il existe une infinité de possibles et qu’une seule existence ne suffit pas à les explorer toutes.


Posté par Old_Papistache à 09:01 - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

vendredi 31 juillet 2009

Faire et défaire, cela s'appelle travailler

Grisette a eu pitié de ses vieux parents. Pour son  Xième déménagement, elle a fait appel à ses amis. Interdit aux plus de cinquante ans.
Bien.

Mais, la jeune personne ne reprend pas de nouvel appartement. La maison jaune est vaste et ses greniers accueillants. Comment résister à lui donner un coup de main pour monter cartons et meubles divers sous les ardoises du toit ? D’autant que l’aide des amis ne concernait que la partie parisienne de la dite transhumance. Un seul, parmi les élus, a aidé à tout entasser dans le garage. Mais du garage au grenier : deux escaliers.

Alors, ce remue-ménage plus la menuiserie évoquée hier, comprenez que je viens me faire plaindre.

En reportant le camion de location, la secrétaire, qui nous connait désormais comme de fidèles clients , me glisse :
— On se revoit en septembre ?

A Dieu ne plaise, la demoiselle s’envole pour une durée indéterminée vers le Québec, bien décidée à en éprouver les rigueurs de l’hiver. Les voyages forment la jeunesse.

Posté par Old_Papistache à 06:01 - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,

dimanche 19 juillet 2009

J'ai mis deux sucres dans ta tasse, j'en ajoute un autre ?

Mes grands-parents paternels habitaient sur le plateau de la Beauce et nous dans la vallée de l’Eure. Cinq kilomètres nous séparaient les uns des autres. Nous n’avions pas de voiture, ma mère ne faisait jamais de vélo, quatre sur la bicyclette de mon père, cela aurait fait beaucoup, d’autant que, déjà à cette époque, nous étions cinq. Nous « montions » les voir à pied.

En arrivant, mon père se servait un verre de vin. Je me souviens qu’il était le seul à avoir chaud. Les enfants allaient se perdre dans le grand jardin. Une balançoire qu’avait connue Henri IV achevait de se disloquer à la branche d’un poirier. Nous jouions.

Après la vaisselle, les adultes sortaient ; j’imagine ! la maison était déserte. C’était l’heure où roder dans la cuisine pouvait s’avérer payant. Pas de réfrigérateur, ni de congélateur, personne ne savait ce qu’étaient un sorbet ou une glace ; pas de boite à bonbons non plus, mes grands-parents ignoraient une foule de choses, mais... quand même, une boite de sucres en morceaux dont nous faisions de seyants portefeuilles environ deux fois l’an.

Chez nous, dans la vallée, le pillage de la dite boite permettait de résister aux longs sièges des ennemis Sioux ou Apaches contre nos forteresses de branches et de ficelles que nous construisions dans le petit bois voisin. Chez mes grands-parents — ah ! Grand’Mère comme tu étais rusée ! — un pacte avait été signé entre mes aïeux et les cent-mille ouvrières de la fourmilière qui occupait le foyer de l’antique cheminée désaffectée. « Pissez sur les sucres de la boite, en toute liberté — ce qui découragera les plus téméraires de nos petits-enfants — et en échange nous vous laissons  la vie sauve. »

Jamais sucres n’ont paru plus amers que ceux-ci, il fallait toute l’insouciance de l’enfance pour vouloir mordre aux parallélépipèdes empoisonnés à l’acide formique. Étonnez-vous que mon père ait toujours préféré un verre de vin rouge — enfin, un à la fois — au café de sa propre mère. Il aurait pu le boire nature, mais je l’ai déjà dit, dans ma famille on ignorait vraiment beaucoup de choses à l’époque.

Je ne vous raconte pas le vin chaud en hiver ! Mes grands-parents s’étaient habitués au gout de leur réserve, peut-être même s’étaient-ils un peu mithridatisés, ce qui expliquerait l’activité fébrile de mon grand-père qui ne prit sa retraite de garde-champêtre qu’une fois ses soixante-quinze ans sonnés. Il mourut peu après, comme il se doit dans ces cas-là.

Posté par Old_Papistache à 14:01 - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , ,

lundi 1 juin 2009

Comme si dimanche devait durer toujours

Pas huit, pas dix, pas douze : vingt.
Vingt papillons au-dessus des crucianelles.
Non, je ne les ai pas photographiés.
Faites-moi confiance.

Le couple de tourterelles, sur le fil noir tendu en travers du jardinet, qui lâche sa colombine sur les pavots épanouis. Touché, coulé !

Des abeilles sur les fleurs du thym, des abeilles, des abeilles, tant, et tant que l’arbrisseau s’agite comme si le vent endormi ne s’éveillait que pour lui.

Dans les doigtiers ocellés de la digitale pourpre les bourdons s’enfoncent et, couverts de pollen, à reculons s’ébrouent puis recommencent à l’étage supérieur.

Deux, trois, cinq moro-sphinx. Pas un, l’an dernier, de toute la saison. Le moro-sphinx, oiseau-mouche de nos latitudes. Papillon de nuit butinant en plein soleil.

Dans la lumière du soir, des centaines d’insectes éclairés à contre jour. Poussières d’or agitées en tous sens. Les hirondelles, bec ouvert, se gavent des petites étincelles à cent à l’heure.

Et moi, sur une chaise, moi qui regarde bruisser la vie, les mains croisées sur l’occiput, jambes tendues, pieds croisés : la voix de Mamoune qui me berce tandis qu’au soleil refroidit le café allongé que je ne boirai pas.

Comme si dimanche devait durer toujours.

Posté par Old_Papistache à 06:01 - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mardi 19 mai 2009

C'est un type qui dit qu'un jour il écrira un billet qui ne plaira à personne en espérant que ce ne sera pas le cas de celui-ci

Un jour, j’écrirai un billet qui ne plaira à personne.
Ni aux lectrices tôt levées, ni au lecteur qui trempe sa plume dans le vitriol, ni aux lectrices d’après la pause café de dix heures, ni à la lectrice d’outre-océan, ni au lecteur de passage, ni aux inconnues qui ne déposent aucun commentaire jamais, ni à celles qui repassent en coup de vent, ni à celles qui requêtent Papistache sur leur internet... à personne.

J’écrirai un billet sur mes pieds.
J’écrirai comme un pied.
Je dirai que j’en ai deux, pas plats, blancs et situés à l’aplomb de mon corps, lui-même plat, blanc mais unique.

J’écrirai la vie de mes pieds.
Je dirai que mes pieds sont aveugles, que leur perception du monde doit être bien obtuse. Ce sera à mourir d’ennui.

Je dirai la corne au talon, les doigts déformés, les ongles dépareillés, les poils sur les phalanges, la peau fine et les veines gonflées qui saillent...

Je dirai la dimension, l'Achille ridé, le relief de la malléole, l’attache fine, la jambe maigre, le poil usé, les tendons comme des cordes, le durillon près du pouce, les marques de textile au cou-de-pied, ce muscle-là qui palpite comme le ventre d’un agneau...

Je dirai l'exhalaison de plaisir qui suit l’extension des orteils pour délasser les muscles, le grec ou l’égyptien, les extrémités fraiches et la plante tiède, la petite cicatrice dure au toucher, la symétrie...

Un jour, j’écrirai un billet qui ne plaira à personne.
J’écrirai un billet comme un pied, sur un pied, à deux pieds...
Je n’écrirai pas avec le pied, ni pour les pieds...
J’écrirai mes pieds.
Ce sera un billet sans intérêt, un billet à gâcher le papier...
Je n’écrirai pas de lieux communs : ni l’odeur, ni les tongs, ni la plage, ni les doigts en éventail, ni les charentaises...
J’écrirai un billet qui ne plaira à personne.
Un billet sans queue ni tête, ni tête à queue. Un billet qui parlera de mes pieds. Je ferai un lot : deux pieds pour un billet.

Dimanche, pour la première fois de ma vie, j’ai manucuré (j'ai eu peur d'oser "pédicuré", aurais-je dû ? pu ?) les pieds de Mamoune. A genoux, à ses pieds, j’avais déjà joué l’amoureux ; dimanche, je les ai menuisés, eux si menus qu’ils tiennent dans la main, les deux tout entiers. Dimanche, les pieds de Mamoune dans ma main, je me suis senti plus Camille Claudel que Rodin. La prochaine statue que vous approchez ( la croiser serait fantastique) regardez ses pieds, vous aurez un avant gout du billet, qu’un jour, j’écrirai.

Posté par Old_Papistache à 06:01 - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

lundi 23 mars 2009

Solennelle communion

J’avais fait un pain,
                    dimanche matin,
                                      un pain chaud pour déjeuner.

J’y avais mis de l’eau,
                                      un verre plein.

Du sel marin,
                 entre trois doigts,
                                         trois fois, au moins.

Du miel.
Je sucre ma pâte au miel de châtaignier ; c’est ma signature.
               Combien ?
                             Deux cuillères dégoulinantes et rebondies.

De la farine,
                 trois verres — de celui qui avait servi pour mesurer l’eau —.

Deux cuillerées à soupe d’huile d’olive
                            et encore un peu, comme ça, que la mesure soit bonne.

Vingt-cinq centilitres de coulis de tomates
                            et douze ou seize olives noires — à la grecque — dénoyautées.

Une poignée grosse
                          et pleine d’inflorescences de thym de l’été.

Une dosette de levure de boulanger,
                                         billes beiges à l’odeur marquée.

Y avais-je glissé du gingembre ?
                          Il faut le croire,
                                           le pot trainait,
                                                            ce soir encore,
                                                                             auprès du four.

Pétrie deux fois,
                    levée autant
                                 et cuite longtemps.

Ah ! La bonne pâte à Pâtepistache !
Cuite et odorante.


J’ai fait un pain, quoi.
                    Belle pâte cuite levée comme jamais.
                                                     L’alchimie sans moi avait opéré.

Le petit Nicolas (onze ans, je crois), fils des amis invités, est connu pour son chiche appétit. Vous l’auriez vu savourer sa tranche de pain. Il n’en a rien laissé, ni mie ni croute ; il en a même repris et je crois bien trois fois.

Sa mère l’a tancé :
— Nico, ne mange pas tout le pain.

Vrai, le gamin, n’était pas là.
                                           Il communiait,
                                                                     c’était certain.

Etait-ce le thym ?
                                le coulis ?
                                             les olives ?
                                                              le miel ?
                                                                                la farine boulangère ?

Bref, le pain était frais — encore tiède — et l’appétit du gamin en a fait cent bouchées savourées.

La Pâtepistache, ravi, regardait l’enfançon s’enfiler la miche quasi toute entière.
Au dessert, Nicolas n’avait plus faim.

Du pain d’épices à la tomate ?
Où donc ailleurs aurait-il pu en manger ?


La recette, je vous l’ai donnée.
                                                         Essayez-la !

Posté par Old_Papistache à 06:01 - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : , ,

jeudi 18 décembre 2008

Ce fut un sympathique réveillon

Quelle déception, ce matin, au lever.
                                      De jouets au pied du sapin, point.

Pourtant le réveillon de Noël s’était bien déroulé. Pas trop d’excès alimentaires. Fruits de mer, Tatin d’endives aux noix de Saint-Jacques, gâteau Caraïbe... Coucher pas trop tardif, histoire de ne pas contrarier le rubicond bonhomme.

Hélas,
    nos petits souliers bien moroses,
          tristement vides au pied du sapin !

Le vieillard poupin a même dédaigné la part de gâteau pour lui servie en une blanche assiette de fine porcelaine. Méprisé, le petit verre de vieille liqueur offert.


Non, je ne publie pas le texte de mon défi de samedi 20 décembre, je... Mille milliards de reliefs de réveillon ! Pour le 20 décembre ? Mais alors ? Nous aurions... anticipé le réveillon ?

Pourtant ? Grisette était là, tout sourire, de cuir vêtue, coiffée à la diable, donc sortant du salon d’un artiste capillaire. Grisette, à notre table de bougies décorée.

J’avais mis ma chemise noire, laquelle sied à ma barbe qui repousse ; Mamoune arborait un joli collier et ses yeux brillaient. Apéritif au coin du feu, bûches de chêne taillées dans le cœur de l’arbre, toasts, paillettes et convivialité. Une partie d’échecs digestive après le dessert...

Ce n’était pas le réveillon ?
                Nous n’étions pas, ce matin, le 25 décembre ?
                        On m’aurait trompé ?

Que je ne traite pas mes lecteurs à l’identique.


Grisette travaille le 24, le 25 et le 31. En fait, en son cabaret parisien elle (et tous les autres) mettent les bouchées doubles en périodes de fête. Alors, la fillette qui travaille six jours sur sept, échange un jour de congé avec une collègue et décide de nous offrir ce moment en partage. Téléphone.
— Vous avez installé le sapin ?
Acheté, oui, mais pas installé. Ni une ni deux, le voilà de boules cousu.
— On pourrait se faire un petit repas sympa ?
Et comment ! Les boutiques regorgent de victuailles et pleurent le client, parait-il. Taïaut, taïaut, taïaut !

Voilà pourquoi, chez les Papistache, le réveillon de Noël s’est tenu, à l’impromptu, le soir du 17 décembre.
Voilà pourquoi, le 18 décembre, les souliers, docilement rangés sous la ramure scintillante, se sont trouvés bien penauds, au matin venu.

Posté par Old_Papistache à 21:03 - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : , ,

mercredi 29 octobre 2008

Oh, non... oh, non... oh, non...

Son porteur le mène devant l’étagère où sa mère range ses jouets. Il descend du véhicule de bois et s’empare d’une petite voiture ou plutôt... d’un puzzle à encastrement. Il tourne la tête vers moi et là... son œil s’allume :
— Oh, non !... Oh, non !... Oh, non !...
Et il lance la banane à terre, puis le citron, les cerises, le raisin, la pomme, l’orange... tout valdingue.
— Oh, non !... Oh, non !...
Il a remarqué que Grand-Père s’agace de voir voler les jouets, des plus solides aux plus fragiles, tout valse. Oh, non... oh, non ! La poire n’a pas suivi le reste de la salade de fruits. Non !
— Pou-oire ? pou-oire ? pou-oire ?
La poire a disparu sous un meuble, allez savoir ? Ou sur l'armoire ? Sur, c'est plus que sûr !

Il reprend son petit vélo rouge et jaune et entreprend un énième tour de canapé. Son œil s’allume. Il s’arrête devant la table basse sur laquelle une boite de clipos  attend sa majesté malicieuse.
— Oh, non... oh, non... oh, non !
Pluie de clipos sur canapé.

Mais enfin, cet enfant va-t-il passer sa jeunesse à tout envoyer balader aux quatre coins de l’appartement ? Tout y passe. Magnets, livres, peluches, voitures, cartes — qui donc a offert un jeu de cartes à un enfant de deux ans ?—, cubes empilables — pas par lui, mon dieu, il envoie tout aux quatre-cents diables d’un pied ravageur —, tout, tout, tout.

En trois jours, Mamoune, sa Mamoune, a reconstruit cent fois le petit parcours ferroviaire de Lego. Cent fois, le circuit a essuyé la tornade en cheveux bouclés. Cent fois ! Cent fois, Mamoune a reconstruit l’assemblage passerelle-quai-gare et... cent fois, le chef d’œuvre a testé la voie des airs.

Je vais taire les albums de Popi déchirés, les quilles jetées avec force contre les murs, le sol de la pièce jonché des débris des raz de marée dont son quotidien est fait.
— Oh, non !... Oh, non !... Oh, non !...

D’après sa mère, c’est ma présence qui le mettrait dans cet état. Il doit croire que cela m’amuse. Connaissez-vous quelqu’un qui puisse le détromper ? En attendant qu’il sache parler, je me persuade qu’il fait tout cela pour me satisfaire. Brave petit.

Et puis, cet après-midi... miracle. Il s’assied au coin de la cheminée et entreprend d’emboîter une haute tour de briques multicolores. Ce sont des casiers à légumes, me dit-il. Il dépose sa cargaison sur un élément à roulettes et part livrer des marchandises. Tchhhh, tchhhh... Plus de frénétique acharnement à semer la pagaille, plus de malice dans l’œil pour provoquer la réaction du Grand-Père laquelle le plongeait, hier encore, à chaque fois, dans un ravissement extatique.

Il a changé ou... on nous l’a changé.
On nous l’a changé !
C’est le même en plus âgé. En fait, c’est le fils d’une qui est, ici, comme chez elle, quand elle veut. C’est Mowgli dans deux ans. Exactement comme je le rêve. Un amour de petit garçon, drôle, joueur, vif, curieux, passionné, qui maîtrise et coordonne ses gestes.

— Sois patient, papa, me dit Rosette. Il y a un temps pour détruire et un temps pour construire.
C’est vrai. je le sais. Mais,  le temps de la destruction ne me sied guère.
Il me tarde de passer à l’étape suivante. Oh !... Son œil s’allume encore.
Que va-t-il donc fracasser  du haut de ses quatre-vingt-cinq centimètres ?
Non, pas la locomotive ! pas la locomotive !
— Oh, non !... Oh, non !... Oh, non !...

Posté par Old_Papistache à 22:09 - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : , ,

vendredi 3 octobre 2008

Vers sa chute, à grands pas, chaque jour s'achemine


Maintenant vous me connaissez. Si, si.
                                                                    Transparent.

Alors, je vous avoue que tout ceci  : cette exhibition, ces pitreries, ces grimaces, ces contorsions,  ce striptease... c’était pour cacher une vérité qu’aujourd’hui je dévoile.
                    Trop lourde.
                    Trop difficile à laisser dans l’ombre plus longtemps.

Kloelle s’en va, Janeczka est “away”, Miss-Ter énigmatiquement lointaine, Val essoufflée (nanmais qu’est-ce ki dit euh  lui l’aut’), Tilu poursuivie par ses démons, et puis aussi d’autres abandons, lassitudes, usures... je ne retiens plus mes larmes.

Mamoune.
Mamoune.
Je vous la peins comme une fée, une reine, une abeille, une muse...
Mamoune m’échappe.
Elle sombre.
Elle s’enfonce, elle perd pied, elle pédale dans la semoule, elle débloque, elle est atteinte.

Oh ! Mon amour n’est pas ébranlé. Nos âmes sont soudées, sans coach pour nous donner la leçon, c’est comme la baisure des pains cuits trop près au four du boulanger, la soudure de deux branches poussées l’un contre l’autre et devenues un seul tronc.

Mais...
Mamoune  est folle.
Le mot est dur, mais point d’euphémisme.
Mamoune perd la raison.
Démente est mon amante.
Folle !
Cinglée !
Perdue !

Mamoune est perdue. Pour moi, pour vous, pour tous.
J’ai vu les signes avant-coureurs. Ils ont galopé, les salauds, galopé et les voilà rendus.

Demain, l’ambulance la conduit à Sainte-Anne. J’ai laissé croire que je partirai de la tête, c’était dans l’espoir de sauver sa raison à elle. Raté. C’est un échec.

Ce soir, nous sortons de table. Je remplis le lave-vaisselle et fais couler l’eau dans le bac de l’évier pour nettoyer les quelques ustensiles que nous répugnons à faire entrer dans la machine. Mamoune est près de la table, je lui tends l’éponge et lui lance :
— Amour-Ailé, tu donnes un coup d’éponge à la table ?
Elle s’exécute mais... me paralyse... Le coup d’éponge ? Elle le passe sous le plateau de la table.
SOUS le plateau.
Non, mais, chez vous, les miettes y nichent-elles sous  le plateau ?

Les miettes ? Souvenez-vous !
C’était mon premier billet de 2007.

Le serpent se mord la queue.

Posté par Old_Papistache à 22:21 - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags : , ,

lundi 1 septembre 2008

Regain

Un homme heureux.
Un homme heureux, ça fait joliment plaisir à rencontrer.
Ce n’est pas moi ! Moi, je suis bienheureux, c’est différent.

Non, j’ai croisé un homme heureux. Pas précisément un ami. Une bonne connaissance. Il irradiait.
C’est beau un homme qui irradie.
Ça communique sa chaleur autour de lui. Un Godin en fin d’été.

Voici trois ans, sa femme le quitte vilainement. Plutôt, c’est lui qui doit fuir la maison rendue invivable.
Banal. Ordinaire. Une histoire d’adultère qui tourne à l’aigre.

Il s’enfonce. Son travail lui sert de bouée. Il perd ses couleurs. Il est seul.
Je le croise à l’occasion. Il dit sa solitude. Ses yeux se cernent de sombre.

Aujourd’hui, une fois encore, nos routes convergent.
Il est radieux. Ce n’est pas un jeune homme. Ses enfants ont l’âge des nôtres, à Mamoune et moi.
— Je ne suis plus seul ! J’ai déménagé voici quinze jours. Elle élève des bergers de Beauce. Je vais bien.

Il était inutile qu’il le précise. Bien qu’il soit amaigri, que ses cheveux aient suivi la pente fatale que j’ai connue, qu’il ait perdu deux ou trois centimètres dans l’aventure — Le chagrin, ça use — il est heureux et son bonheur lui est si grand qu’il déborde et qu’il en tartine toutes les connaissances qui lui adressent le bonjour.

On est content pour lui. L’expression est usée mais c’est celle qui colle à son  sourire. Pour un peu, on le prendrait dans ses bras en lui disant : “Bienvenue au club !”

Il va sortir de nouveau sa guitare. Oui, c’est un artiste. De cœur, pas de profession. Il est fonctionnaire.
Sonné, le gars ! Étourdi ! K-O ! Aujourd’hui, il est de nouveau debout, radieux. Un adolescent qui tombe amoureux, on connait. Un jeune adulte également. Un pré-retraité ou tout comme, c’est plus rare mais, diable que ça réveille les sens !

Si j’avais possédé le pinceau lumineux de Kloelle, je vous aurais croqué son regard, son sourire. Ses derniers cheveux, même, avaient retrouvé de l’éclat et on croyait les voir s’ébouriffer comme sous l’effet d’un  bouillonnement interne.

Je rentre à la maison et vais pour partager avec Mamoune mes émotions de fin d’après-midi. Elle m’accueille ainsi :
— J’ai rencontré François...

Sous les pas de François, aujourd’hui, l’herbe reverdissait.

Posté par Old_Papistache à 22:57 - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags : ,



« Accueil  1  2   Page suivante »