mardi 25 août 2009
J'ai l'air de poser des questions mais je me demande si, sous couvert de vous interroger, je n'apporterais pas une réponse
J'avais noté cette phrase sur un mouchoir en papier, en 2004, je crois.
Une phrase arrachée au Journal interrompu de Sylviane Agacinski.
« On peut se faire de nouveaux amis, mais non pas de nouveaux vieux amis comme ceux qui nous ont connus jeunes. »
Que vous en semble-t-il ?
Si j'abusais des billets "rétroviseurs" ne serait-ce pas comme si vous m'aviez connu jeune ?
vendredi 15 mai 2009
Savoir saisir la perche quand elle vous est tendue
Mes amis — me permettez-vous d'user du terme, que trop souvent on galvaude, pour vous aborder de bon matin ? En absence de réponse, je considèrerai que ce silence vaut approbation — votre (légitime) intérêt pour cette assiette — dont la possession ne fait pas de moi un platokaolinophile, d'ailleurs elle n'est pas en faïence — me permet de vous donner, malgré mon emploi du temps un peu bousculé en cette veille de grandes retrouvailles, un petit billet que je sais que vous aurez la sympathie de prendre pour l'égal de ses prédécesseurs.
Je ne crois pas, Joye, que quiconque y ait jamais mangé la moindre louchée de potage ou compote de rhubarbe.
Mis à l'honneur sur ce cliché express (cent-vingt secondes mise en page comprise) l'objet, à l'instar de la dame, se dévoile à vos yeux curieux — c'est vrai, hier, ce fichu recueil de poésies mal embouchées en masquait plus du tiers.
Qu'y voyons-nous ?
Influence autrichienne d'un grand marchand de posters à la fin du XXe siècle. Mais objet unique — même si je me doute que l'artisan (qui signe Fenouil) a dû décliner le motif sur nombre d'autres plats du même ovale, il faut bien vivre — offert par Pâquerette à son papa — moi — pour une fête ou un anniversaire.
N'allez pas penser, chers amis — c'est fait, le pli est pris — que vous exposer ainsi un des modestes objets d'art qui encombrent notre maison, à Mamoune et son époux, soit un encouragement à m'envoyer force représentations de torses dénudés et autres pubis pileux ou épilés. Il est d'autres centres d'intérêt au sein — aïe !— de la maison jaune que ceux d'entre vous qui ont franchi ou franchiront le seuil de la dite habitation ont su ou sauront apercevoir.
Non, cette modeste assiette, vierge de tout aliment, vient agréablement combler la vacance écrivaine du détenteur des clés du lieu. Jouissez donc de la vue de l'ustensile jamais étrenné et souffrez que je me concentre. Il ferait beau voir que je manque une nouvelle fois la sortie 24 de l'autoroute (A28 je crois, mais ne puis l'affirmer). Avant-hier, c'est que, prévoyant, je séparais mentalement le linge à repasser de son égal à contreplier. Je ne me ferai pas surprendre deux fois, avant de partir, promis, je branche le fer. Et si le différentiel me jouait des tours, j'appellerais ma fille Grisette, désormais, je la sais experte.
mercredi 15 avril 2009
Le glog à Tipahine
Si Tipahine tenait un glog (n’en tiendrait-elle qu’un, déjà ?) voilà ce qu’elle aurait noté au soir du samedi 11 avril de cette année.
Si Tipahine tenait un glog, bien sûr ! Sinon... si elle n’en tenait pas... elle n’en aurait pas, maman, les p’tits bateaux qui vont sur l’eau... ont-ils des jambes ?
Alors, si Tipahine savait écrire, qu’aurait-elle noté ?
C’est que le défi est de taille.
M*rd*sse ! Tipahine va croire que je l’ai trouvée grosse.
ELLE — Ah ! Ça fait plaisir d’apprendre que je suis grosse ! Ça fait plaisir, si, vraiment !
LUI — ..., glog! pas glog !
Déjà, parait-il que le premier commentaire que j’aurais déposé chez elle n’était pas gentil. Heureusement, il se chuchote que le second rattrapait la boulette.
La boulette ?
ELLE — Mon Dieu de la subjectivité, il m’a vraiment trouvée grosse !
Mes premiers pas chez Tipahine, c’était, oh... longtemps... son enseigne ne clignotait pas encore. Il est très rare que je laisse un lien vers mon blog quand je dépose un commentaire — j’économise un clic : pas de petites économies — un jour, par prodigalité ou par inadvertance, je laisse un lien.
— Vous avez un blog, Papistache ?
Comment elle avait écrit cela !
Mais, je tourne autour du pot au glog... c’est que... caricaturer Tipahine n’est pas chose aisée. Elle pose des questions que même si j’avais la réponse elle me la retournerait pour voir les coutures à l’intérieur.
— Papistache, de quelle couleur est la Terre ?
— Elle est bleue comme une orange, non ?
— Tra-la-lère, ça dépend si on l’aime tartare, la Terre ; bleue c’est déjà trop cuit...
Je vais laisser Valérie s’installer. Pendant ce temps, je compte les pas que Papistache fait pour se rendre de chez lui à la boulangerie. Avec Valérie on a déjeuné dans un boui-boui ottoman mais, quinze mètres plus haut, dans la rue de la Gare, j’ai vu LA boulangerie. Celle des petits déjeuners papistachiens. J’ai allongé le pas pour trouver sa foulée, Valérie m’a dit :
— Longues jambes, pas lents.
J’ai recompté deux fois. Trois en fait, il a bien fallu que je sonne au portillon : numéro 3, c’est écrit dessus.
La maison est bien jaune, on dirait le paradis. Enfin, c’est relatif, le paradis des pauvres gens. C’est Mamoune qui est venue m’accueillir. Valérie m’avait dit :
— Son sourire précède le son de sa voix...
Pas de dallage dans l’allée qui mène à la maison, des fissures, mais pas de dallage. Rassurant. Juste éviter de tomber dans une des fissures.
L’essentiel se voit avec le cœur. Je vais fermer les yeux. Les yeux, c’est Valérie qui les écarquillera. Moi, les sons et les odeurs, elle, les images. Les sons... en Normandie on aime bien les taiseux. Du Perche à la Normandie la frontière est virtuelle.
Les odeurs... la cheminée éteinte... le café — pas ottoman — il a fait froid sur la terrasse... des gouttes de rosée captives au creux des feuilles des lupins...
Il avait dit :
—D’accord pour une bise mais vous venez toutes les deux.
On est venues, toutes les deux. Rien qu’un quart d’heure de décalage. Il avait oublié son invitation. J’en ai bafouillé. Il a dû remarquer. Il oubliera.
Quatre-cent-quatre-vingt-treize !
Parait-il que mon premier commentaire sur son glog, à Tipahine, n’était pas gentil. Notre relation a cependant suivi sa voie (ouf, je me demandais si j’arriverais à placer cette graphie-là), la relation de notre premier entretien pourra bien être bancale, cela ne devrait pas créer de déséquilibre entre Tipahine et moi ni per... MAIS ! MAIS ! C’est pas Tipahine qu’elle s’appelle, c’est Tiphaine et son glog en fait est un bolg comme tout le m personne. El Bolg.
Tout est à refaire.
On recommence ?
mardi 14 avril 2009
Le blog à Papistache
Tiphaine et Valérie se sont rencontrées. C’est commode d’avoir de la famille dans les vertes collines de la basse Normandie. L’an dernier, à la même époque, Mamoune et moi rencontrions Tilu. Nous fêtions nos trente ans de mariage alors. Pas avec Tilu ! Mamoune et moi, le 14 avril.
Tiphaine a voulu me jouer une surprise, pas aussi cruelle que celle que me promet Valérie pour la prochaine fois, mais du même panier.
Elle est arrivée quinze minutes après Valérie et je me demande ce que Tiphaine a bien pu faire pendant ces quinze minutes. Quarante-cinq fois le tour du pâté de maisons ?
Valérie écrit que je n’ai pas montré mes émotions. Plus de quarante ans— oui, plus — que je m’entraîne à les masquer ! Il faut bien que l’entraînement parvienne un jour à ses fins.
Quand Valérie est descendue, seule, de sa voiture bleue, j’ai vu le rétroviseur arraché et me suis dit : “Je me suis trompé.” Mais Valérie était là avec Elisa et Dora...
Un jour — j’étais élève en classe de première— à l’internat, un doux poète de terminale avait entrepris d’enregistrer les cris de supplication de ses condisciples sous le coup de la torture. Aidé d’un complice, il invitait, à tour de rôle, ses camarades de dortoir dans un local prêté par le surveillant — un ami des sciences expérimentales— et, tandis que le complice endormait la vigilance de la victime, le délicat troubadour enserrait, par derrière, le cou de l’objet de son étude de ses mains puissantes. L’enregistrement de la réaction de votre serviteur fut, parait-il, jugé particulièrement décevant.
— Pourquoi ne t’es-tu pas débattu et n’as-tu pas crié ?
— Ça ne m’est pas venu à l’esprit !
C’est Mamoune qui a accueilli Tiphaine. Mamoune savait que je croyais dur comme fer que Tiphaine viendrait. Il aurait été drôle, qu’à cette occasion, Tiphaine découvrît que Papistache était une femme. La situation doit bien se trouver.
Tiphaine, pour ceux qui la lisent, c’est Don Quichotte. Un Don Quichotte, mais indissociable du paysage, fondu, mêlé, constitutif du décor. Un Don Quichotte qui clignote également depuis plusieurs mois.
Qu’apprend-on de quelqu’un en découvrant son apparence physique ? Qu’apprend-on que l’écriture ne révélait pas déjà ? Qu’apprend-on de quelqu’un qui vous rappelle que l’essentiel est invisible et qu’on ne voit bien qu’avec le cœur ?
J’ai vu les yeux que Valérie portait sur moi pendant cet entretien ; j’ai vu le sourire de Tiphaine. Lors de notre première rencontre avec Valérie, j’avais vu son sourire. Ça fait deux sourires et un regard. Les sourires, à l’écrit, on les devine, on ne les voit pas.
Nul ne sera surpris d’apprendre que ma perception des êtres est laborieuse. J’étais en classe de première, combien de temps mon cerveau a-t-il cessé d’être irrigué ?
Ce que j’ai appris, toutefois, depuis que je coudoie des amies d’écriture et que la rencontre avec Tiphaine confirme, c’est que les volcans sous marins ne troublent pas la surface de l’eau de la mer. Depuis que je me suis immergé dans ce monde qu’on dit virtuel, j’interroge de plus en plus les enveloppes des passants que je croise. Le monde intérieur de celui-ci, de celle-ci, quel est-il ? De là à ce que je devine des géants derrière chaque silhouette, la frontière est ténue ; mais que les géants se rassurent, je suis un pacifiste...
lundi 13 avril 2009
Le blog à Val
Si Valérie tenait un blog elle aurait écrit cela, tard dans la nuit de samedi à dimanche :
Il est marrant Papistache, chaque fois que je viens le voir, il est dans son jardin. Là, cet après-midi, il tenait un seau en plastique à la main gauche et un couteau dans la droite : un Pradel à manche de corne, le même que celui qui dort dans un tiroir chez mon grand-père.
Pourquoi il fait ça ? Il veut donner une image de lui, celle du jardinier assidu, le bonhomme champêtre qui connait la philosophie des gens simples. Un jour, je lui ferai la surprise d’arriver sans prévenir. Là, j’avais annoncé : dans l’après-midi. Il me guettait, des fois que j’emprunte le sens interdit. J’ai emprunté le sens interdit. Il n’y a vu que du feu. Je crois qu’il ne sait même pas la marque de ma voiture. Et qui sait, lui-même emprunte-t-il tous les jours le sens interdit ?
Il a posé son seau. J’ai bien vu, ses ongles n’étaient même pas sales. Il m’attendait. Il prenait la pose. Cabotin. J’aime bien les vieux dont le cœur bat comme celui d’un adolescent.
Lui faire la surprise, un jour ? Je n’y arriverai pas. Je n’ai pas su tenir ma langue à propos de Tiphaine. J’ai lâché trop d’indices dans nos courriels. Il a bien compris que Tiphaine montait chez ses parents pour les fêtes de Pâques. J’étais seule dans la voiture. Seule, sans Tiphaine. Papistache n’avait même pas vu Elisa à l’arrière. Il n’a rien dit. C’est vrai, qu’après coup, j’avais essayé de semer le doute et puis Tiphaine avait juré... que c’était trop loin... trop de fatigue... et pas le moment...
Je ne sais pas s’il a remarqué mon inquiétude ou s’il l’a mise sur le compte du voyage express de Manu pour livrer des meubles à la maison. Il a voulu m’offrir un café d’emblée, j’ai refusé : il a dû penser que je n’aimais pas son café (ce qui est le cas, mais je ne le lui ai jamais dit), on s’est assis, on a bavardé. Enfin, là-bas, c’est curieux, lui, il me regarde et il ne dit rien, c’est Mamoune qui parle. Elle est l’organe de la parole du Papistache. Une idée lui vient ( à lui) il lève un sourcil et c’est Mamoune qui embraye. C’est bizarre leur couple, des époux siamois, comme Leila, sauf qu’ils ne saliraient jamais mon sac, je le garde sur mes genoux... ou des télépathes, lui il pense et Mamoune communique. Lui, c’est avec Elisa qu’il communique, il voudrait l’apprivoiser mais mon Elisa elle est farouche. Ça ne fait rien, il est patient.
J’étais un peu sur des charbons ardents quand on a sonné au portillon. C’est Mamoune qui s’est levée, j’avais trouvé le temps de la briffer au minimum. Lui, de sa place, il voyait la rue, Il n’a pas bronché. Pourtant Tiphaine, même de loin, il ne l’avait jamais vue. Sa joie est restée à l’intérieur. Il est sacrement étanche le vieux.
On l’a bu son café, double, pour lui faire plaisir. On a parlé, lui un peu à Elisa, Mamoune à tout le monde. Tiphaine ! elle la connaissait déjà, comme si elle était déjà venue. C’est vrai qu’il lui raconte tout à sa Mamoune. De drôles de télépathes tous les deux.
Au bout d’un moment, j’ai senti une irrépressible envie de fumer, il a dû deviner, ou ce sont les ondes que je lui envoyais qui ont fini par percer sa carapace, il nous a proposé de sortir. Dehors, j’ai dit mon soulagement à Mamoune, j’avais peur que la rencontre se passe mal. On a déjà vu cela. Tiphaine et lui sont restés un instant, seuls, au salon, puis ils nous ont rejoints sur la terrasse. Il faisait froid samedi dans le Perche, mais les fumeurs n’ont jamais froid. Elisa a fait du vélo. On a fumé. J’ai oublié ce que j’ai fait du mégot, Papistache ne l’a pas retrouvé, j’ai dû l’avaler ; Tiphaine, je ne sais pas. On est rentrés, nouveau café, il faut aimer faire plaisir.
Rosette, son mari et Mowgli sont arrivés. Les murs se sont rapprochés. On est parties,Tiphaine et moi. Elisa n’est pas restée. Papistache a échoué dans sa tentative de l’apprivoiser. Il n’avait aucune chance.
On a parlé comme si c’était la vingtième fois qu’on s’asseyait sur son fauteuil molletonné. J’exagère quand je dis que Mamoune accapare la parole, elle n’accapare pas, c’est un être de parole, elle parle comme elle tricote, sans regarder les aiguilles (celles de la pendule, pour la conversation). Tiphaine a dû être surprise : découvrir que Mamoune qui ne se manifeste jamais, la connaissait comme son tricot. Papistache a quand même parlé : il veut absolument que je reprenne le travail et que Tiphaine démissionne. Il nous prend pour des êtres de papier. Bonux !
— Je vous dis cela comme si vous étiez mes filles !
Mes filles ! Je veux bien cesser de fumer sur le champ si ce n’est pas Mamoune la confidente de ses filles et que lui se rattrape à la pointe de son bic. Je ne prends pas de risques, je n’ai pas fini de squatter les terrasses pour planquer mes mégots sous les pots de fleurs.
Voilà, ce qu’écrirait Valérie si elle tenait un blog. Tiphaine, je ne sais pas. Est-ce qu’un mensonge qu’on fait pour ménager une surprise ferme quand même les portes du paradis ? De la maison jaune, non, mais du paradis ?
La prochaine fois, c'est décidé : je lui fais la surprise de ma visite. Vous verrez que je le trouverai une bière à la main devant la rediffusion d'un match de football de la grande époque des verts de St Etienne, ou en train de suivre une étape du Tour de France avec l'Équipe sur les genoux, les pieds sur la table basse du salon.
mercredi 1 avril 2009
Demain ! Demain... profitez du jour présent : cadeau !
lundi 16 février 2009
Deux places pour trois, s'il vous plaît !
Vendredi soir, j’étais au concert avec Tilu. Non, non, ce n’est pas un lapsus ni une infidélité. D’ailleurs NOUS étions au concert, Mamoune et moi, avec l’esprit de Tilu. Disons que son âme plana au-dessus de nos têtes pendant tout le spectacle et qu’elle nous suivit sur le chemin du retour.
La petite ville, à vingt minutes de voiture de chez nous, où nous avons pris un abonnement pour la saison culturelle invitait, ce vendredi, une formation de jazz vocal.
Huit chanteurs, quatre hommes, quatre femmes.
Trois musiciens, un pianiste, un contrebassiste et un batteur.
Ils étaient serrés sur la petite scène mais qu’importe, ils étaient là. Et nous, dans la salle, avec l’esprit de Tilu.
Pourquoi Tilu ? Parce que la formation de jazz à laquelle elle appartient doit ressembler à ce que nous avons vu, entendu et applaudi ce 13 février.
La salle n’était pas pleine, un peu timide, au gré du groupe, quand il s’est avisé de la faire chanter avec lui, mais la soirée fut poétique, musicale et impressionnante.
Un groupe international, Danois, Québécois, Américains, Français. Des textes en anglais, en français... des morceaux de bravoure aux instruments... chaque chanteur, à son tour, mis en vedette, puis qui reprenait humblement sa place dans le groupe pour appuyer la performance à venir de son camarade...
Le titre de l’album, que Mamoune n’a pas manqué d’acheter pour prolonger la magie, Lumières d’automne. Le groupe ? Voice messengers.
Voilà comment on peut, à neuf cents kilomètres de distance, passer une soirée avec une amie qu’on n’a vu qu’une seule fois au cours de sa vie (même si on n’est né qu’au soir du 31 décembre 2006 !).
mercredi 24 décembre 2008
Ce matin, en ouvrant les volets
Ce matin, en ouvrant les volets, ce fut plus fort que moi : j’ai jeté un coup d’œil circulaire pour voir si ni Valérie ni Janeczka ne s’étaient endormies en boule au pied d’un arbre dans le jardinet.
Elles auraient eu froid. Les toits étaient couverts de givre et les branches des arbres se courbaient un peu sous l’enveloppe glacée.
Vues ?
Non, mais... imaginées.
Leur jeu d’hier — j’ai retrouvé leurs traces chez les amis Walrus et Tilleul — me fait me souvenir d’une certaine aventure survenue à un certain charpentier de Palestine. Je ne m’étends pas, une intuition me dit que ce n’est pas le moment.
Que cherchaient-elles ?
Une étable dans laquelle donner naissance ?
Étable ou masure, elles ont pu trouver mais... la naissance ?
A moins que ce ne fut pour y concevoir ?
Auquel cas la naissance serait repoussée.
Ce matin, en ouvrant les volets, j’ai jeté un coup d’œil circulaire. Ni Val ni Janeczka ne s’étaient endormies au pied d’un arbre. Le givre avait guindé les branches d’une gaze blanche. Elles se seraient lovées au pied d’un arbre et le froid les auraient engourdies. Nous les aurions réchauffées en glissant de force, entre leurs mâchoires serrées, un thé pour l’une, un café pour l’autre, et ce à l’aide d’une cuillère à moka argentée, la plus petite du tiroir.
Quel cinéma !
Personne n’aurait songé à appeler le SAMU ?
Ce matin, en ouvrant les volets, j’avais encore en tête la visite inopinée de Valérie et Janeczka. C’était un pari risqué. Nous aurions pu être couchés.
Cinq heures trente de route pour effectuer 240 km (aller et retour) dont trois heures pour aller à Paris. Je raillais Épouse-Anxieuse de vouloir s’assurer ainsi une telle marge : partir trois heures quinze avant l’arrivée du TGV à la gare de Lyon ! je n’ai attendu que six minutes sur le quai ! Épouse-As-Du-Créneau, pour six minutes, stationnait en double file. Deux accidents sur le périphérique : Noël !
Nous aurions pu être couchés.
Valérie a frappé à la porte.
Ce matin, au réveil, en ouvrant les volets, j’aurais pu me souvenir de la fatigue du voyage et de l’ennui de rouler au pas, j’ai jeté un coup d’œil circulaire pour voir si une petite forme recroquevillée ne se tenait pas au pied d’un arbre !
vendredi 5 décembre 2008
Acouphène était son nom
Promenade d'un soir près des jardins potagers, en bordure de la ligne de chemin de fer. Un chaton sort d'un hangar et vient se frotter à nos jambes. Caresses.
Le chaton nous suit. Je le prends et le dépose dans le jardin qui borde le hangar. Peine perdue, le matou revient.
Retour à la maison. Le portail est fermé. Le petit animal miaule à fendre l'âme. Une voisine, compatissante, l'aide à franchir le muret.
Adoption du soir.
Le lendemain, affiches dans le quartier : trouvé petite chatte comme-ci, comme-ça. Photographie à l'appui.
Silence. Tombée du ciel, la petite Acouphène. Câline, apprivoisée, propre...
Une semaine passe. Le Papistache bricole à son portillon. Acouphène s'intéresse. Une fillette de huit ans s'écrie :
—"Mais, c'est mon chat !
— Prends-le, ma fille, prends-le, mais raconte-moi !
De l'histoire, il ressortira que la petite chatte avait disparu de la maison sise à sept kilomètres. La blondinette, venue rendre visite à sa cousine de la ville, nous apprend que son papa travaille à deux pas des jardins où Acouphène fut trouvée. Un abandon plutôt qu'une euthanasie ? Le papa avait dû se douter que le petit animal serait adopté : le quartier regorge de maisonnettes où logent de braves gens.
La blondinette est repartie, son chat au bras, convaincue que la petite bête avait fait les sept kilomètres à pied. Pourquoi la détromper ?
mercredi 29 octobre 2008
Oh, non... oh, non... oh, non...
Son porteur le mène devant l’étagère où sa mère range ses jouets. Il descend du véhicule de bois et s’empare d’une petite voiture ou plutôt... d’un puzzle à encastrement. Il tourne la tête vers moi et là... son œil s’allume :
— Oh, non !... Oh, non !... Oh, non !...
Et il lance la banane à terre, puis le citron, les cerises, le raisin, la pomme, l’orange... tout valdingue.
— Oh, non !... Oh, non !...
Il a remarqué que Grand-Père s’agace de voir voler les jouets, des plus solides aux plus fragiles, tout valse. Oh, non... oh, non ! La poire n’a pas suivi le reste de la salade de fruits. Non !
— Pou-oire ? pou-oire ? pou-oire ?
La poire a disparu sous un meuble, allez savoir ? Ou sur l'armoire ? Sur, c'est plus que sûr !
Il reprend son petit vélo rouge et jaune et entreprend un énième tour de canapé. Son œil s’allume. Il s’arrête devant la table basse sur laquelle une boite de clipos attend sa majesté malicieuse.
— Oh, non... oh, non... oh, non !
Pluie de clipos sur canapé.
Mais enfin, cet enfant va-t-il passer sa jeunesse à tout envoyer balader aux quatre coins de l’appartement ? Tout y passe. Magnets, livres, peluches, voitures, cartes — qui donc a offert un jeu de cartes à un enfant de deux ans ?—, cubes empilables — pas par lui, mon dieu, il envoie tout aux quatre-cents diables d’un pied ravageur —, tout, tout, tout.
En trois jours, Mamoune, sa Mamoune, a reconstruit cent fois le petit parcours ferroviaire de Lego. Cent fois, le circuit a essuyé la tornade en cheveux bouclés. Cent fois ! Cent fois, Mamoune a reconstruit l’assemblage passerelle-quai-gare et... cent fois, le chef d’œuvre a testé la voie des airs.
Je vais taire les albums de Popi déchirés, les quilles jetées avec force contre les murs, le sol de la pièce jonché des débris des raz de marée dont son quotidien est fait.
— Oh, non !... Oh, non !... Oh, non !...
D’après sa mère, c’est ma présence qui le mettrait dans cet état. Il doit croire que cela m’amuse. Connaissez-vous quelqu’un qui puisse le détromper ? En attendant qu’il sache parler, je me persuade qu’il fait tout cela pour me satisfaire. Brave petit.
Et puis, cet après-midi... miracle. Il s’assied au coin de la cheminée et entreprend d’emboîter une haute tour de briques multicolores. Ce sont des casiers à légumes, me dit-il. Il dépose sa cargaison sur un élément à roulettes et part livrer des marchandises. Tchhhh, tchhhh... Plus de frénétique acharnement à semer la pagaille, plus de malice dans l’œil pour provoquer la réaction du Grand-Père laquelle le plongeait, hier encore, à chaque fois, dans un ravissement extatique.
Il a changé ou... on nous l’a changé.
On nous l’a changé !
C’est le même en plus âgé. En fait, c’est le fils d’une qui est, ici, comme chez elle, quand elle veut. C’est Mowgli dans deux ans. Exactement comme je le rêve. Un amour de petit garçon, drôle, joueur, vif, curieux, passionné, qui maîtrise et coordonne ses gestes.
— Sois patient, papa, me dit Rosette. Il y a un temps pour détruire et un temps pour construire.
C’est vrai. je le sais. Mais, le temps de la destruction ne me sied guère.
Il me tarde de passer à l’étape suivante. Oh !... Son œil s’allume encore.
Que va-t-il donc fracasser du haut de ses quatre-vingt-cinq centimètres ?
Non, pas la locomotive ! pas la locomotive !
— Oh, non !... Oh, non !... Oh, non !...


