mercredi 21 mai 2008
EXORCISME
La rédaction de ce billet va chasser de mon esprit un récit qui l’habite depuis des temps immémoriaux et qui me hante.
Vous allez lire un texte fondateur de la pensée Papistacherienne.
J’ai oublié et l’auteur et le support et la date de publication.
Tout.
Une requête sur la toile n’a rien donné.
Se pourrait-il que ce texte ait disparu des mémoires humaines ?
Non, quelque part une archiviste méticuleuse l’a répertorié.
Je vous l’offre pour m’en délivrer, cultivez-le !
A son auteur
momentanément
mort !
— "Monsieur ! Quand on porte un nom ridicule, on ne cherche pas à adopter un enfant !
— Mais, monsieur le juge, si vous acceptiez, je pourrais changer de nom !
— Et comment ?
— Je pourrais retrancher une lettre à mon vilain patronyme pour...
— Vous n’y pensez pas, Monsieur Trognon ! A-t-on jamais vu un enfant s’épanouir en s’appelant Rognon !
— Deux ?
— Ognon, déjà pour un légume ça me tire les larmes, alors pour un enfant !
— Trois ?
— Gnon ! Pour qu’il soit le bouc émissaire des voyous de son école et rentre couvert de bleus et d‘ecchymoses !
— Quatre ?
— Non ! Faut-il vous le dire encore ?
— Cinq ?
— On ! Trop vague, trop indéfini, il se perdrait dans la masse.
— Six ?
— N ? Appelle-t-on son enfant N ? Pourquoi pas X ? Non, Monsieur, on n’adopte pas quand on s’appelle Trognon !"
mardi 20 mai 2008
Un coup d'œil dans le rétroviseur
Un drôle d’oiseau, d’une plume légère, vint, hier, jeter un trouble à la surface de ma tasse emplie de breuvage acidulé.
Roucoulant, elle signait un compliment au bas d’un récent billet à facettes.
Bien sûr, libre à elle — libre à vous — de préférer tel billet à tel autre. Je crois que j’use du même droit quand je papillonne vos prairies fleuries.
Insidieuse pourtant, une question s’est logée entre deux replis de mon cervelet. Elle y nage depuis l’heure du thé et voilà qu’au moment où je m’assieds devant mon cahier de brouillon, elle frappe à ma rétine. Je ferme les yeux et vous la livre : Quels sont donc les billets de ces Papistacheries qui me plaisent le plus ?
La question est plaisante à plus d’un titre.
D’abord parce que c’est mon bébé, je l’ai trouvée tout seul. En ces périodes de pénurie, il est bon de se contenter de ce que votre étincelle daigne accoucher.
Ensuite, le projet de feuilleter ces cinq derniers mois d’écriture me permettrait de fournir, à vil prix — Saint Copié-Collé, je vous rends grâces — un billet neuf tout entièrement composé d’extraits de mes chouchous d’amour à moi.
Rassurez-vous, la tâche me semble insurmontable. Je ne relis pas mes vieux billets, j’en conserve un souvenir attendri. Un jour, peut-être, quand lire sera la dernière activité que mon infirmière m’autorisera.
Peut-être auriez-vous aimé connaître mes préférences ? Vous en auriez su un peu plus sur ma nature.
C’est moi qui en saurait plus sur chaque lectrice si toutes elles dévoilaient leurs préférences !
L’être d’exception qui partage mon existence se souvient du billet qui l’émut plus qu’un autre. Il faut remonter loin, au temps des 365 chroniques. Un soir — il devait être près de 6 h 01, souvenez-vous — la fantaisie me prit de la baptiser de l’ironique sobriquet “Oisive-Epouse”. II lui semble qu’à partir de cette date, chaque billet la voit renaître sous une nouvelle identité. Oisive-Épouse ?
Les billets dont la perte me peinerait vraiment sont ceux que je n’ai pas écrits, ceux que j’ai composés à partir de vos commentaires par exemple. C’est en 1966, je crois, que Barbara a composé cette magnifique chanson que je n’aurai pas l’audace de vous interpréter ni la prétention de paraphraser, mais si vous pouviez ressortir le vinyle de sa pochette, même s’il gratte — surtout s’il gratte —, et déposer la pointe de la tête de lecture sur le sillon, vous me feriez plaisir.
lundi 19 mai 2008
RIDEAU !
Rideau !
Rideau de pluie !
Hum ! Hum ! Dentelle, rideau de dentelle.
Charpie
Trois gouttes !
Mais ce n’est pas cela !
Rideau !
Rideau de haricots d’Espagne.
Rideau de verdure.
Principe : tendre des fils de nylon pour que les haricots grimpants donnent aux passants l’illusion de grimper sans tuteur.
Chez Papistache, les haricots s’affranchissent de la pesanteur.
Mais, ce n’est pas encore de cela qu’il s’agit. Pas cela !
Rideau !
Rideaux qu’Épouse-Aux-Yeux-Vifs ne manque jamais d’observer au hasard de ses promenades.
— "Oh ! Petit-Époux-Choyé as-tu vu ces jolis rideaux à la fenêtre arrondie au-dessus du porche ?
— Un porche ?"
Mais, pourquoi parlerais-je de rideaux quand je ne repère pas la fenêtre qu’ils décorent ?
Rideau !
Rides oh , les rides ! Les rides au front !
Non, ces rides-là ne me soucient pas.
Non, rideau !
Rideau !
N’ayez crainte, je ne le baisse pas !
Ou bien — pour d’autres, mais que feraient-ils ici ? — fausse joie, je ne range pas mon crayon de bois.
Vous aurez encore à supporter mes vains petits écrits.
Oh ! Je suis content, voilà que je justifie mon sous-titre.
C’est peu, mais ça me touche.
Trop émotif !
Rideau de larmes !
Non, mes larmes je les conserve pour les grandes joies, les petites émotions, je les sale à sec.
Rideau !
Rideaux, paupières lasses qui se ferment seules, rideau !
Pas plus.
dimanche 18 mai 2008
Oune pétite proménade ?

Allez ! C'est une belle journée.
Il pleut !
Enfilez vos bottes, et rejoignez-moi à la tourbière !
En bas, à droite, l'album photo !
Petite remarque acide de fin de promenade
La semaine passée, en séjour à Nantes, je me retrouve dans une jardinerie, somme toute assez modeste, et je découvre un espace consacré à la vente de fougères arborescentes.
J'ai beau savoir que celles-ci sont munies de leur certificat d'exportation, je ne peux m'empêcher de songer que ces magnifiques fougères (certaines "racines" de plus de deux mètres de haut) ont été soustraites à un milieu naturel et que, à cause de leur croissance lente, la commercialisation doit poser un problème de destruction de leur habitat naturel .
De plus, combien d'acheteurs [au prix fort ] seront capables de faire prospérer leur(s) fougère(s) arborescente(s) sous notre climat.
Qu'on commercialise des plantes exotiques issues de culture ne me gène pas, mais ces fougères, j'ai l'intime conviction qu'elles proviennent d'un prélèvement en milieu naturel et cela me chagrine.
Voilà, c'est dit !
Je n'en ai encore jamais vues dans les jardineries de mon département.
Mais j'ai le sentiment que cela ne va pas tarder.
Imaginez : 100 départements, seulement 5 jardineries par département (c'est une estimation excessivement faible) 100 fougères proposées à la vente et...
100 × 5 × 100 = 50 000
50 000 fougères arborescentes arrachées à leur pays d'origine pour la seule France !
J'aimerais bien qu'un internaute de passage me démontre que mes spéculations sont totalement infondées.
Et puis, au retour, si vous le souhaitez,
une petite tranche du feuilleton
chez les Fanes.
samedi 17 mai 2008
Mais qu'est-ce que tu broutilles Papistache?
Vu de loin — enfin, vu de haut, parce que je suis souvent perché à l’heure où ils envahissent mon domaine — le grand sec semble tenir la forme. Je sifflote — même seul, je ne peux pas m’en empêcher, alors là, avec du public ! Imaginez ! — un nouvel air. J’aime bien improviser à partir d’un thème. En ce moment, ils se brossent les dents, le matin, la fenêtre ouverte, et moi, perché sur la cheminée, j’en profite pour écouter les jingles de France Inter. J’oublie pendant la nuit, ça me semble neuf à chaque fois et je vocalise toute la journée. Merlette, elle aime bien ça !
Vu d’en bas — enfin, depuis le gazon, parce que la nature ne m’a doté que d’anneaux cylindriques — le grand sec semble bien pressé d’aller s’enfermer. Il a siffloté en direction de l’ange exterminateur — si j’avais des oreilles, il me les écorcherait, heureusement que je suis sourd ! — et l’ogre au bec jaune a répondu, l’animal. J’en parierais ma dernière ponte ! Le grand sec a battu le sol — c’est plus fort que moi, atavisme familial, je crois toujours qu’il pleut, je pointe mon nez dehors et zzooou...
J’aime bien quand le grand sec martèle le sol de ma propriété, à chaque fois, c’est vingt centimètres de chair fraîche que j’apporte à Merlette. Merlette, elle aime bien ça !
Vu de mon poste d’observation — enfin mon fauteuil, celui que j’ai tiré près de la fenêtre — le grand sec a l’air décidé de celui qui ne veut pas s’attarder à faire la causette à une pauvre vieille veuve qui passe trois heures, tous les après-midi, à trouver un prétexte pour les aborder à leur retour du travail — "Le merle a encore inventé une nouvelle variation du flash info de six heures trente, si j’avais encore quelques dents, je vous le sifflerais, ...belle journée!" — mais je ne peux quand même pas rester à poireauter à les attendre en plein soleil. Raté, il est déjà entré et le merle qui plonge sur ses pas pour emporter un pauvre ver de terre à sa couvée !
Vu de hauteur de nombril — le sien à elle — le grand sec est déterminé à ne pas faillir au rituel de 17 h 58. Biip ! Biiip ! Et ça chauffe déjà ! Hein, Duc Scions, que tu me rends folle ! Je gonfle mes poumons et je sens que je vais lâcher ma vapeur. Fffffffffffffffffff ! Ce n’est pas le piaf accro à France Inter qui surpassera un jour ma puissance — qu’il essaie le croque-vers, il verra de quels atomes je me nourris — je sonne l’heure du cérémonial. A moi, le baiser à la porcelaine. Éphémère, mais brûlante étreinte. C’est pas la merlette qui en dira autant, parlez-moi plutôt des tourtereaux qui se bécotent au bord de la gouttière.
Vu de la gouttière. Rrrrooouuurrrrrooouuuuuuu ! Rrrroouuurrooouuuuu ! Rrrrooouuurrrrrooouuuuuuu ! Rrrroouuurrrrooouuuu ! Rrrroouuurrrrooouuuuuu ! Comme tu es belle, mon amour ! Rrrrooouuurrrrrooouuuuuuu ! Rrrroouuurrooouuuuu ! Comme tu es beau mon pigeon ! Rrrrooouuurrrrrooouuuuuuu ! Rrrroouuurrrrooouuuu ! Rrrroouuurrrrooouuuuuu ! C’est pas la merlette qui en dira autant !
Vu de la charmille, à l’aplomb de la gouttière où se dévergondent les tourterelles turques, je repère les subtiles modulations de Marcel qui annoncent le prochain ravitaillement. Le grand sec va imiter le bruit de la pluie sur le gazon et un pauvre abruti de ver de terre va se faire piéger par mon Marcel à moi, ensuite la grosse dinde qui couve ses œufs durs sur sa dalle en céramique va striduler comme une malade jusqu’à ce que le grand sec insémine artificiellement la gourdasse de tasse à anse qui bâille d’ennui sous le jet brûlant que bave la dinde énamourée. Moi, mon Marcel, c’est pas un cocopulateur chaud chaud bouillant mais, au sombre de la charmille, je vous dis pas... mais moi... eh bien... moi... j’aime bien mon Marcel.
vendredi 16 mai 2008
En r'tard, en r'tard, je suis encor' en r'tard !
Très chères lectrices, très cher lecteur,
Ce soir, jeudi 15 mai, je découvre que la date limite pour envoyer le rébus promis aux Fanes expire à minuit précises.
Je vais donc y consacrer ma deuxième partie de soirée ( pas à l'envoi, mais à la réalisation, la conception est déjà prête, il ne reste plus qu'à retrouver le bloc secrétaire sur lequel nichent mes brouillons. Mamoune ? )
Vous n'aurez guère à lire ce vendredi ici, mais... j'ai aimé le billet de mercredi de Tiphaine (entre autres) et je vous invite à faire un petit tour sur son blog dyslexique : el bolg !
Me connaissant, vous aurez compris que ce titre, croisé au hasard de pérégrinations qui vous sont, à vous aussi, familières, n'a pas manqué de retenir mon attention.
Vous me direz ce que vous aurez pensé de son billet de mercredi.
Tiphaine est enchantée de vous accueillir, je le lui ai demandé, elle a accepté.
Le blog de Tiphaine : elbolg.canalblog.com
jeudi 15 mai 2008
Amie lectrice ne fuis pas, cours au court cours d’orthographe qui suit
Une amie de plume, que j’entends déjà se féliciter du complément du nom dont je l’affuble, elle qui se nourrit exclusivement, jadis, de tomates, avec la conséquence inattendue d’attirer dans son sillage la gente masculine de son lycée — il faut croire, qu’en ces temps, pas si lointains, l’odeur de la pomme d’amour décillait les paupières des plus obtus des mâles du canton — relayée par une non moins amie tout aussi épistolaire, se préoccupe de savoir si ma santé s’altère à la vue de fautes d’orthographe.
Oui !
C’est que j’ai été, tout au long de ma scolarité, sélectionné sur le critère de l’excellence. Non que je l'eusse jamais possédée, mais, mes maîtres souhaitaient que je l’ effleurasse.
Aujourd’hui, un mien petit voisin, en classe de cinquième, m’informe de ses progrès quand un bulletin de notes vient semer la zizanie chez ses parents et qu’il purge sa peine sur le balcon en attendant que la tempête se calme.
Zéro moins cinquante.
C’est sa note en orthographe.
C’est à dire qu’il commet soixante-dix fautes à sa dictée de cent-vingt mots. Rappelez-vous, qu’avant 1968, une faute de grammaire enlevait quatre points, une faute d’étourderie deux points et une peccadille un point.
Bilan : cinq fautes de grammaire valaient l’humiliant zéro, la punition et la retenue après l’étude obligatoire.
Ce soir, je vais vous entretenir des peccadilles.
Une suffira à notre bonheur.
Je vous parlerai (par écrit, paradoxe) de l’apostrophe.
Votre curiosité, amie lectrice, a-t’elle été éveillée par ce long préambule ?
Biiip !
Biiip !
Moins un !
Qui ?
Quoi ?
Comment ?
Cachez cette apostrophe que je ne saurais souffrir !
Voudrais-tu dire que jamais la lettre “t” n’est suivie d’une apostrophe ?
Essaie un peu pour voir.
“ Cette robe, amie de plume, t’ira à merveille.”
Et alors ? point de bip alarmiste ?
Point.
Ta règle, futé papi ?
Elle est autre.
La voici !
Dans l’exemple suivant :
Votre curiosité, amie lectrice,
a-t’elle été éveillée par ce long préambule ?
C’est que cette lettre “t” qui n’est là que pour faire joli n’est pas un pronom personnel élidé.
Dans celui-ci :
“ Cette robe, amie de plume, t’ira à merveille.”
La lettre “t” est un pronom personnel mis pour “toi” : Cette robe ira [à toi] à merveille.
L’apostrophe signifie que le pronom est élidé.
Ainsi, quand la lettre “t” ne sert qu’à “faire joli”, elle est suivie d’un trait d’union, et si c'est un pronom élidé on le signifiera, au lecteur instruit, par une apostrophe de circonstance.
A-t-il été compris mon court cours ?
Répond-il à votre attente ?
Pardon ?
Qu’y a-t-il ?
Vous voudriez un exercice ?
Soit.
Tout cours, même court, s’achève sur un exercice.
On appelle t euphonique ou t analogique le t ajouté entre le verbe et un pronom sujet de troisième personne (il, elle et on) lorsqu'il y a inversion de ce verbe et de ce sujet. Cette inversion se produit dans une structure interrogative ou dans une phrase incise. L'ajout du t euphonique n'est exigé que lorsque le verbe se termine par un -e muet ou par un -a, et avec les verbes vaincre et convaincre. Un trait d'union précède et suit le t euphonique.
Une de ces courtes (décidément ) phrases ne contient pas d’erreur à moins qu'une seule, seulement, ne faillisse à la règle.
A / Je suis fatiguée, Papistache, maintenant va-t’en !
B / Ce bougre de maniaque du verbe va-t’il enfin s’en aller ?
C/ La leçon portera-t-elle ses fruits ?
D / Y en aura-t-il d’autres ?
E / Ces phrases alambiquées, méfie-t’en, elles recèlent sûrement quelque piège.
F/ Il est sympa le vieux va-t-en guerre, on lui fait faire tout ce qu’on veut.
mercredi 14 mai 2008
Sans titre
Des fraises avec du sucre et un gros peu de fromage blanc.
Et du lait.
Curieux cheminement des idées.
Le front entre les mains, j’attends que sortent mes mots du jour, œufs frais du soir.
Rien ne vient.
Pas même un synonyme à me glisser sous la langue.
J’attends la pluie. J’espère l‘orage.
Des fraises avec de la mélasse et un gros peu de fromage ivoirin.
Et du lait.
Que s’est-il passé ? J’étais jeune hier !
Des fraises avec de la mouise, fort peu de fromage éburnéen et du lait.
Curieux comme certains mots résistent au changement.
Je ne trouve pas de synonymes pour fraise, fromage et lait.
C’était mon dessert d’hier au soir. Très récemment, j‘en fis mon plaisir.
Épurer au maximum. Clarifier à l’extrême.
Retrouver l’âme du message. Parvenir à l’essence du propos.
Sophistication. Facticité.
Vanité. Orgueil.
Fromage, fraise et lait.
mardi 13 mai 2008
Comme quoi, jeune, le Papistache ne pratiquait la claivoyance qu'à doses homéopathiques
Le 18 juillet 1978, vers vingt et une heures, votre chroniqueur dégustait une assiettée de petits pois, de conserve, tièdes.
Et vous ?
Le mardi 18 juillet 1978 ?
Flash back.
Le couple — votre couple hôte — était déjà constitué. La colle commençait à prendre.
Tous les deux, à vélo, avec une dizaine d’ados eux-mêmes sur leurs cycles, nous sinuions sur les lignes droites des Landes.
Camp de vacances itinérant. Camping sauvage tous les soirs. Toilette dans les lavoirs municipaux. Un vague coup de téléphone — depuis une cabine — au directeur du centre, un soir sur deux.
Une grande autonomie donc.
Le mardi 18 juillet 1978, vers dix-sept heures, notre périple du jour nous avait amenés nulle part. Comme la veille. L’usage était de demander aux habitants de précieux conseils pour dégoter un emplacement près d’un cours d’eau, au fond d’une prairie ou derrière un lieu de culte. Cela occupait parfois une à deux heures.
Chance. L’autochtone en béret nous aborde dans un virage. Il sortait de l’estaminet, nous remplissions nos gourdes au robinet de cuivre verdi.
— Vous cherchez un endroit où passer la nuit ? Suivez-moi, vous ne serez pas déçus.
— Ouais ! crièrent les ados ravis de l’aubaine. Les monos suivirent la pétarade du vélomoteur.
A peine deux kilomètres plus loin, un chemin de terre s’enfonce dans la forêt. Qu’à cela ne tienne, le groupe suit toujours.
— Attendez- moi là ! Il faut que je demande au curé s’il est d’accord. Enfin, avec mon frère, on dit le curé, mais c’est pas un curé. Il a été défroqué. C’est le gardien de la propriété. Des richards de Bordeaux qui viennent que le week-end. Vous serez bien !
Le curé, pas curé, sort le bout de son nez couperosé à la fenêtre et consent, après bien des hésitations, à condition qu’on soit partis le lendemain. Il retourne à ses prières. Nous ne le verrons plus.
— Installez-vous là ! Je vais prévenir mon frère. Vous serez bien.
Très beau site. Gazon landais. Les sardines s’enfoncent comme dans de l’huile. Nous serons bien.
Et le frangin arrive. Copie conforme du premier. Béret vissé sur un crâne qu’on devine gras et clairsemé.
— Venez boire un verre, à la maison. C’est de bon cœur.
Votre serviteur, sa pas encore épouse et une ado assoiffée font trois pas vers la maison.
Enfin... la cabane ! Que les verres poussiéreux soient essuyés d’un revers de manche lustrée ne choque pas en 1978. Pas bégueules les randonneurs.
Un demi-verre de sirop glauque : “C’est bon quand y’en a beaucoup !” et de l’eau du puits.
— Et vous ? Vous n’en prenez pas ? questionnent les gentils monos polis.
— Non, nous on boit pas. On a les pilules !
— Les pilules ?
Le verre commence à peser plus que son poids.
Frère 1 : Oui, les pilules, qu’on fait...
Frère 2 : ...dans le souterrain. On en prend...
Frère 1 : ...une tous les matins et on n’a pas besoin de boire de la journée..
Frère 2 : Ni de manger, on fait deux sortes...
frère 1 : ...de pilules. Celles pour boire et...
Frère 2 : ...celles pour manger. On les fait...
Frère 1 : ...dans le souterrain. Personne y vient jamais...
Frère 2 : même les gendarmes, y nous connaissent...
Frère 1 : on les recevrait à coups de fusils, ils ont...
Frère 2 : peur de nous les gendarmes. Une fois...
Frère 1 : y’en un qu’est venu, on l’a plombé...
Frère 2 : ...ils z’ont jamais retrouvé le corps...
Frère 1 : ...on l’a enterré dans le souterrain.
La suite du récit, croyez-moi, ne me croyez pas, se poursuit crescendo. La question qui nous préoccupe est la suivante : Vaut-il mieux recevoir une décharge de chevrotines dans le dos en s’enfuyant ou mourir en regardant l’ennemi en face. Nous reculons.
— Vous buvez pas votre sirop ?
— Euh ! Ben, c’est que... tout ce sucre... c’est mauvais pour les crampes... et puis je crois qu’il vaudrait mieux qu’on ne salisse pas cette belle pelouse. Les propriétaires pourraient le reprocher au curé. On campera sur la place de l’église.
— N’y allez pas ! Les jeunes du coin vont vous embêter. Ici, y viennent pas. Y nous connaissent !
Pendant ce temps, les ados contemplaient, ravis, le joli campement qu’ils avaient réalisé.
— Euh ! les monos marchent à reculons !
— Remballez tout, on se tire.
— Plaît-il ? (C’étaient des fils de bourges !)
Heureusement, leur copine, celle qui nous avait accompagnés, visage décomposé, murmurait à qui voulait l’entendre : “C’est des cinglés, c’est des cinglés !”
Vous n’avez jamais vu un ado ranger sa chambre aussi vite que ceux-là réussirent à plier leur camp.
— Ça porte à combien un fusil de chasse ?
— Pédale ! On en reparlera quand on aura atteint la départementale.
D’un trait, nous nous rendîmes à la quincaillerie où l’on nous avait assuré y trouver le maire.
— Ah ! Ah ! Ah ! Simone ! Simone ! Viens ! Ça vaut “Le Petit Rapporteur”. Ils sont allés chez les frères X*****, qui leur ont raconté une belle salade. Installez-vous devant l’église. Vous serez bien !
Les frangins nous y ont rejoint sur l’aire de l’église. On leur a offert de partager notre plat de petits pois. Ils ont accepté.
— Avec les pilules, ça va pas faire trop ?
— ... slurp ! slurp !
Ils ont dû penser que le Papistache et sa presque épouse aussi savaient faire des pilules. Vertes, en plus !
On n’a pas très bien dormi, surtout que la semaine précédente, lors d'une séance de cinéma Art et Essai, “Délivrance” de John Boorman avait remué quelques tripes et que les tripes avec les petits pois, et ben, personne n’avait envie d'y goûter.
lundi 12 mai 2008
Il a l'œil, mais lequel ?
Il paraîtrait que j’ai l’œil.
Torve ?
Non !
Ni oblique, ni menaçant !
L’œil !
L’œil qui étincelle.
D'une lueur.
L’œil éteint celle qui brille, ou l’œil qui brille étincelle.
Il brille mais éteint.
C’est éteint qu’il brille.
A moins que l’œil ne soit un sel.
Soit !
D’où les larmes salées, quand l’œil trop étincelle.
Et quel secret l'œil trop éteint cèle-t-il ?
L’œil laid éteint la flamme qu’il y met.
L’œillet teint celle qui le saisit tôt.
Pas sec, l’œillet teint déteint sur celle qui le glisse à sa boutonnière.
L’œil sec éteint la flamme et l’œil humide la ranime.
Un pleur pour raviver la flamme de l’amour,
un œil sec pour l’étouffer.
Il paraîtrait que j’ai l’œil.
Quel œil ?
J’ai l’œil.
Pâle.
Mon regard effraie.
Pas chouette !
Même si l’effraie est chouette.
L’œil pâle, lui, effraie.
Mon regard est frais, ni oblique, ni menaçant, frais.
Frais mais il étincelle.
L’œil pâle effraie ; pourtant si l’œil n’en fait pas les frais qui les fait les frais.
Qu’il est frêle et frais, l’œil pour celle qui le voyant, étincelle.
Il paraîtrait que j’ai l’œil.
Frais.
Gèle œil.
Très frais alors, s’il gèle, l’œil ?
Un œil congelé qui gèle celle qui, à sa vue, étincelle.
J’ai l’œil qui congèle, qui glace, qui pétrifie.
Méduse avait les yeux bleu pâle.
Il paraîtrait que j’ai l’œil.
Mais lequel ?

