bille d'argileDe piteux ficus étiques oubliés dans un hall gris et affligeant ou dans un renfoncement sombre d'une salle d'attente négligée voire chez un parent dans une encoignure que jamais la lumière du soleil n'atteint, chacun en a vu ; mais, derrière la porte vitrée de cette salle polyvalente intercommunale, il est en plastique le ficus et il perd ses feuilles : la surface du pot qu'une poignée de billes d'argile couvre à peine est jonchée des feuilles chues, couvertes d'un voile gris de poussière ; des rameaux dénudés, dans lesquels s'entrelacent de fines toiles d'araignées, ne pleure aucune goutte de sève ; l'illusion est remarquable de réalisme ; on jurerait un authentique végétal moribond et si l'envie prenait au visiteur de tourner la tête, en symétrique du paillasson usé, un tout semblable ersatz de benjamina, cachectique à la hauteur de son jumeau, invite le public à se recueillir sur la fragilité des êtres avant de le laisser entrer applaudir quelque élu de la République ceint de tricolore en attendant que s'ouvre le buffet où le vin blanc, servi depuis un moment, se réchauffe lentement dans l'atmosphère confinée de la salle dont nul ne se souvient si, un jour, les fenêtres ont pu s'ouvrir afin d'aérer.