Je le croise parfois au rayon des légumes du supermarché. Nous nous reconnaissons mutuellement, il me salue de mon prénom. Sans se tromper. Depuis un couple d’années, il confond assidument avec celui de mon épouse (prénom épicène excuse). Toutefois, il demande s’il ne s’est pas trompé. Il se souvient  que sa langue fourche obstinément.


chiconDans sa main, deux endives glissées dans un sac en plastique — non, on ne dit pas poche, ici —, il semble perdu :
— Où pèse-t-on les légumes ?
— En caisse. Dans cet antre-ci, les légumes se pèsent en caisse.
Il opine, c’est que chaque magasin du territoire a opté pour une procédure différente. Il glisse ses chicons au fond de son panier. Je pars tâter les melons.melon

Je le retrouve en caisse. Son épouse l’a rejoint. Je l’embrasse — l'épouse, pas le mari !* Deux endives. Deux tranches de jambon. Trois camemberts. Trois ? Trois !


Au suivant ! Non, je ne détaillerai pas le contenu de mon panier. Je charge le tapis roulant ; Ophélie (c’est écrit au-dessus de son sein gauche) scanne ; je récupère les articles ; je les ordonne au fond de mon cabas ; je règle ; je sors ; je range au fond du coffre ; je quitte prudemment le parking, marque le stop et descend l’avenue : «  André et Yvette ! Mais bien sûr ! j’avais leurs prénoms sur le bout de la langue ! »

* " Je l'embrasse, l'épouse... " aurait une autre signification, même si un temple de la consommation devrait pouvoir se prêter à une union nuptiale, pusique que temple.