J’achète mes pommes chez un producteur qui, bien que local, n’entretient pas ses vergers dans ma rue. Le carburant que la voiture suce pour le trajet me coûte autant qu’un kilo de pommes au prix producteur. Au supermarché, pour le même prix, je ne pourrais ressortir qu’avec une livre de fruits, poussés — sans doute — sur un arbre polonais ou chilien.

N’achèterais-je qu’un kilo de pommes à chaque voyage chez le producteur que le déplacement serait rentable. J’en prends quatre et tends un billet de cinq euros. Le producteur-vendeur-caissier me rend la monnaie. Pas de quoi me payer une baguette tradition aux céréales, mais, si j’y allais trois fois dans le mois, oui. Et la boulangère, à son tour, me rendrait sa plus petite pièce jaune.

Mais douze kilogrammes de pommes sur trente jours ! Quoique ? A deux ? Ça ne fait, après un rapide calcul, que cinq pommes au kilo. Va pour douze, mais pas en une fois, la cave prend l’eau, je ne saurais pas où stocker le cageot !

Avez-vous vu ?
Il fut un temps où je vous aurais soulé avec des questions idiotes :

Et quel est le prix d’un kilo de pommes chez le producteur ?
Et combien au supermarché ?
Et quelle distance entre mon domicile et le hangar du producteur ?
Et quel est le prix de revient au km ?
Et combien la baguette ?


Là, rien.
Je n’ai déjà plus tant de lecteurs, alors, incitation à l’ivresse par la lecture d’inepties frugales ! Combien de trajets serais-je contraint à effectuer pour rentabiliser l’amende ?


Non, ne cherchez pas !  Je disais cela à cause d’un vieux fond de réflexe archaïque. C’est fini tout cela, c’est comme les trognons de pommes. Dorénavant, je les pose soigneusement au bord de l’assiette, terminée l’époque où je croquais à belles dents et avalais tout cru, peau, pulpe et pépins. Désormais, j’épluche la pomme et la coupe en quartiers.

On creuse sa tombe avec les dents, mais sur la fin, on ralentit nettement la cadence. Bon, vous eussiez préféré un autre proverbe, du genre « An apple a day keeps the doctor away » mais, vous savez bien que je n’entends rien à la langue de Shakespeare.