J’ai toujours rêvé d’être mon propre fossoyeur.
A l’ancienne. Une pelle, une pioche.

J’en ai creusé des fosses, sectionné des racines, pelleté des cailloux.
Je me suis souvent allongé, mains sur le ventre, au fond du trou, yeux ouverts sur le ciel nuageux au-dessus.

J’ai senti l’humidité de la fosse pénétrer mes os, senti les racines tronquées reprendre vigueur et enserrer mes membres, senti les vers venir humer cette promesse de festin offerte à leur estomac.

J’ai souvent changé le lieu de la sépulture. Je n’ai pas couru au plus facile. Terrains secs, arides, caillouteux, franchement rocailleux parfois. Ou alors, aussi, fréquemment, sous un arbre aux racines entremêlées, noueuses, énormes. J’ai usé des fers de bêche, brisé des manches de pioche, sué des litres de sel.

J’aurais pu rêver sable fin ou humus profond. Non, j’ai toujours voulu ma dernière demeure en terre rugueuse.

J’ai toujours rêvé d’être mon propre fossoyeur. En attendant, je commande des arbres et je m’entraîne.

Je songe qu’il va bientôt me falloir faire un choix : à force de planter des arbres, la place va finir par me manquer.