Un garçon de ma connaissance oublie son portefeuille dans le train. Il s’en aperçoit, signale l’oubli et se félicite — c’était le moins qu’il puisse faire — car l’objet est retrouvé par un contrôleur.

L’étourdi informe sa sœur, laquelle, de retour d’une affaire dont nul ne voulut m’entretenir, se propose de récupérer la chose au bureau des objets trouvés de la gare où la main charitable de l’agent l‘a déposée.

Sur le quai, le garçon — il me dépasse au moins déjà de ça, sans mentir — et sa maman guettent l’arrivée du TER.
—  L’as-tu ?
— Oui, brandit fièrement la gamine du haut de ses dix-neuf ans.

Le convoi s’ébranle et s’éloigne. Effusions fraternelles. La troupe se dirige vers le parking  — je vous fais visiter, vous n’avez rien contre ? — et, ouvrant le coffre de la berline familiale pour y ranger la valise de la jeune fille, la maman s’étonne :
— Ma chérie, tu n’avais pas d’autre bagage ?
— Mon sac à dos !
Qu’à cela ne tienne, on téléphone à la prochaine gare sur la ligne. La besace sera mise de côté en attendant qu’un pèlerin daigne descendre à la halte de Saint-Laïc de Haute-Beauce.

Dans la famille il manque le père, me direz-vous. Vous auriez bien raison. Qu’en dire ? Qu’il travaille à la S.N.C.F. vous éclairera peut-être un peu. Ou pas.


C’est fini.