Le soleil brille, le vent  semble modéré : je ressors et dépoussière mon vieux vélo. Pas question de m’aventurer encore sur les routes escarpées, un petit itinéraire sans côtes pour me réhabituer. Décrassage.

Une balade de soixante minutes.

Une effraie. Quel bel oiseau ! Difficile à voir en plein jour. Sauf s’il est désarticulé sur le bord de la voie.
Un écureuil flamboyant au ventre blanc immaculé : les mouches vertes tournoient autour de son cadavre.
Un lapin de garenne, culbuté lui aussi, sans vie.
Un rat, ventre gonflé.
Un lièvre, aplati comme une crêpe de fourrure.
Un orvet, entrailles exposées au soleil.
Tout prêt de mon portail, à cinquante mètres à peine, un moineau.

Je ne me souvenais pas que le tribut payé par la faune locale à la circulation automobile eût été aussi lourd quand j’arpentais jadis les routes du secteur.
Alors ?
Les animaux d’aujourd’hui sont-ils  moins prompts à éviter le danger que jadis ?
Le cycliste d’aujourd’hui s’attendrit-il plus facilement qu’hier sur le sort de ses cousins ?
L’allure pépère du bonhomme a-t-elle contribué à lui donner à percevoir la réalité avec plus de justesse qu’à l’époque où, la tête entre le guidon, il lorgnait plus son compteur que les accotements ?
Mystère.
S’il porte un casque ?
Oui. Mais qui donc souhaiterait ajouter un Papistache à son tableau de chasse ?
Un chauffard !
Ah, d’accord !