Vite fait, sans chercher mes mots.

Les infirmières avaient dit :
— Pas avant 16 h 30 / 17 heures.
J'étais là-bas à 14 h 15.
14 h 15 sur le parking, 14 h 30 au quatrième étage, je ne trouvais pas les escaliers, il aurait fait beau voir que je prisse l'ascenseur. A mon âge !
Au quatrième étage, j'appuie sur l'interphone, c'était l'autre porte " Entrez sans frapper".
— L'opération s'est bien passée mais c'est trop tôt, revenez dans deux heures.

Pas de problème, j'avais un bloc-notes et un livre (un gros). Dehors une journée estivale, un banc, de l'ombre. J'ai tenu deux heures. Je remonte.

— Dans une heure.

Je vais marcher le long de ligne de tramways. Je pense à Mowgli qui est fan. L'heure passe, je reviens.

— Pas encore, mais vous pouvez attendre dans sa chambre. Il y a une télécommande pour la télévision.

Je refuse, ne pas ajouter une punition à l'attente. J'obtiens des explications. Mamoune a perdu beaucoup de sang on lui transfuse deux unités de sang neuf (en plus du sien recyclé), sa tension est basse, l'anesthésiste la surveille de près.

J'achève d'apprendre par cœur le livre que j'ai apporté. J'écris deux lettres d'adieu pour le défi de ce samedi.

Une infirmière me passe son téléphone, je peux parler avec ma dulcinée. Sa voix est grave, sa bouche sèche. Elle est bien réveillée, n'a pas conscience de l'heure, tantôt somnole, tantôt observe ce qui se passe autour d'elle. Elle est très lucide. Elle sait qu'elle doit attendre que les transfusions soient terminées et que sa tension remonte. L'anesthésiste  me parle lui aussi, il est détendu.

L'heure tourne. Après le coup de téléphone, je sors pour appeler mes parents et les filles (enfin celle qui est en métropole ! Ce matin Grisette a téléphoné de la Nouvelle Zélande, elle préparait le diner). Je reprends les escaliers, ils sont réservés à mon usage personnel (faut-il croire).

J'attends encore. Joli coucher de soleil sur la campagne mancelle. 20 h 30, le lit de madame est annoncé.  Je sors à l'invitation des infirmières (cinq rien que pour Mamoune) encore vingt minutes dans le couloir.

Enfin tous les deux.

— Je voudrais me brosser les dents !

Ça va,  elle n'a pas changé. Son visage est détendu, pas marqué, serein. Son front frais. Elle est très lucide. Je lui apprends les commentaires laissés pour elle, lui tend le courrier arrivé ce matin (au citron),  lui narre les appels téléphoniques matinaux.

Je lui apprends que le chef d'atelier de  R*nault n'a pas encore décelé la panne de la voiture. C'est une panne qui n'existe pas dans les archives internationales du groupe. Le chirurgien n'a pas été formé par R*nault, c'est rassurant.

Mamoune ne souffre pas, sinon de la soif.

— Patientez encore un peu lance l'infirmière.

On plaisante un peu. Le sommeil la gagne (Mamoune, pas l'infirmière). J'ai largement dépassé les heures de visite autorisées, personne ne s'en offusque. Je manque deux fois l'entrée de l'autoroute, heureusement on trouve des ronds-points tous les trois-cents mètres. Me voilà. J'ai faim. Madame Yvonne guettait mon retour, je la rassure et lui souhaite bonne nuit.

Demain, je la trouve (Mamoune, pas  Madame Yvonne) tricotant, sûr. Hier, elle a convaincu sa compagne de chambre de s'essayer au fil de bambou.

Mention spéciale au personnel de la clinique, beaucoup de sérénité, de douceur et d'amabilité.