Papistacheries

Vains petits écrits

samedi 17 mai 2008

Mais qu'est-ce que tu broutilles Papistache?

Vu de loin — enfin, vu de haut, parce que je suis souvent perché à l’heure où ils envahissent mon domaine — le grand sec semble tenir la forme. Je sifflote — même seul, je ne peux pas m’en empêcher, alors là, avec du public ! Imaginez ! — un nouvel air. J’aime bien  improviser à partir d’un thème. En ce moment, ils se brossent les dents, le matin, la fenêtre ouverte, et moi, perché sur la cheminée, j’en profite pour écouter les jingles de France Inter. J’oublie pendant la nuit, ça me semble neuf à chaque fois et je vocalise toute la journée. Merlette, elle aime bien ça !

Vu d’en bas — enfin, depuis le gazon, parce que la nature ne m’a doté que d’anneaux cylindriques — le grand sec semble bien pressé d’aller s’enfermer. Il a siffloté en direction de l’ange exterminateur — si j’avais des oreilles, il me les écorcherait, heureusement que je suis sourd ! — et l’ogre au bec jaune a répondu, l’animal. J’en parierais ma dernière ponte ! Le grand sec a battu le sol — c’est plus fort que moi, atavisme familial, je crois toujours qu’il pleut, je pointe mon nez dehors et zzooou...

J’aime bien quand le grand sec martèle le sol de ma  propriété, à chaque fois, c’est vingt centimètres de chair fraîche que j’apporte à Merlette. Merlette, elle aime bien ça !

Vu de mon poste d’observation — enfin mon fauteuil, celui que j’ai tiré près de la fenêtre —  le grand sec a l’air décidé de celui qui ne veut pas s’attarder à faire la causette à une pauvre vieille veuve qui passe trois heures, tous les après-midi, à trouver un prétexte pour les aborder à leur retour du travail — "Le merle a encore inventé une nouvelle variation du flash info de six heures trente, si j’avais encore quelques dents, je vous le sifflerais, ...belle journée!" — mais je ne peux quand même pas rester à poireauter à les attendre en plein soleil. Raté, il est déjà entré et le merle qui plonge sur ses pas pour emporter un pauvre ver de terre à sa couvée !

Vu de hauteur de nombril — le sien à elle — le grand sec est déterminé à ne pas faillir au rituel de 17 h 58. Biip ! Biiip ! Et ça chauffe déjà ! Hein, Duc Scions, que tu me rends folle ! Je gonfle mes poumons et je sens que je vais lâcher ma vapeur. Fffffffffffffffffff ! Ce n’est pas le piaf accro à France Inter qui surpassera un jour ma puissance — qu’il essaie le croque-vers, il verra de quels atomes je me nourris — je sonne l’heure du cérémonial. A moi, le baiser à la porcelaine. Éphémère, mais brûlante étreinte. C’est pas la merlette qui en dira autant, parlez-moi plutôt des tourtereaux qui se bécotent au bord de la gouttière.

Vu de la gouttière. Rrrrooouuurrrrrooouuuuuuu ! Rrrroouuurrooouuuuu ! Rrrrooouuurrrrrooouuuuuuu ! Rrrroouuurrrrooouuuu ! Rrrroouuurrrrooouuuuuu ! Comme tu es belle, mon amour !  Rrrrooouuurrrrrooouuuuuuu ! Rrrroouuurrooouuuuu ! Comme tu es beau mon pigeon ! Rrrrooouuurrrrrooouuuuuuu ! Rrrroouuurrrrooouuuu ! Rrrroouuurrrrooouuuuuu ! C’est pas la merlette qui en dira autant !

Vu de la charmille, à l’aplomb de la gouttière où se dévergondent les tourterelles turques, je repère les subtiles modulations de Marcel qui annoncent le prochain ravitaillement. Le grand sec va imiter le bruit de la pluie sur le gazon et un pauvre abruti de ver de terre va se faire piéger par mon Marcel à moi, ensuite la grosse dinde qui couve ses œufs durs sur sa dalle en céramique va striduler comme une malade jusqu’à ce que le grand sec insémine artificiellement  la gourdasse de tasse à anse qui bâille d’ennui sous le jet brûlant que bave la dinde énamourée. Moi, mon Marcel, c’est pas un cocopulateur chaud chaud bouillant mais, au sombre de la charmille, je vous dis pas... mais moi... eh bien... moi... j’aime bien mon Marcel.


Posté par Old_Papistache à 06:01 - Commentaires [24] - Permalien [#]
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