jeudi 15 mai 2008
Amie lectrice ne fuis pas, cours au court cours d’orthographe qui suit
Une amie de plume, que j’entends déjà se féliciter du complément du nom dont je l’affuble, elle qui se nourrit exclusivement, jadis, de tomates, avec la conséquence inattendue d’attirer dans son sillage la gente masculine de son lycée — il faut croire, qu’en ces temps, pas si lointains, l’odeur de la pomme d’amour décillait les paupières des plus obtus des mâles du canton — relayée par une non moins amie tout aussi épistolaire, se préoccupe de savoir si ma santé s’altère à la vue de fautes d’orthographe.
Oui !
C’est que j’ai été, tout au long de ma scolarité, sélectionné sur le critère de l’excellence. Non que je l'eusse jamais possédée, mais, mes maîtres souhaitaient que je l’ effleurasse.
Aujourd’hui, un mien petit voisin, en classe de cinquième, m’informe de ses progrès quand un bulletin de notes vient semer la zizanie chez ses parents et qu’il purge sa peine sur le balcon en attendant que la tempête se calme.
Zéro moins cinquante.
C’est sa note en orthographe.
C’est à dire qu’il commet soixante-dix fautes à sa dictée de cent-vingt mots. Rappelez-vous, qu’avant 1968, une faute de grammaire enlevait quatre points, une faute d’étourderie deux points et une peccadille un point.
Bilan : cinq fautes de grammaire valaient l’humiliant zéro, la punition et la retenue après l’étude obligatoire.
Ce soir, je vais vous entretenir des peccadilles.
Une suffira à notre bonheur.
Je vous parlerai (par écrit, paradoxe) de l’apostrophe.
Votre curiosité, amie lectrice, a-t’elle été éveillée par ce long préambule ?
Biiip !
Biiip !
Moins un !
Qui ?
Quoi ?
Comment ?
Cachez cette apostrophe que je ne saurais souffrir !
Voudrais-tu dire que jamais la lettre “t” n’est suivie d’une apostrophe ?
Essaie un peu pour voir.
“ Cette robe, amie de plume, t’ira à merveille.”
Et alors ? point de bip alarmiste ?
Point.
Ta règle, futé papi ?
Elle est autre.
La voici !
Dans l’exemple suivant :
Votre curiosité, amie lectrice,
a-t’elle été éveillée par ce long préambule ?
C’est que cette lettre “t” qui n’est là que pour faire joli n’est pas un pronom personnel élidé.
Dans celui-ci :
“ Cette robe, amie de plume, t’ira à merveille.”
La lettre “t” est un pronom personnel mis pour “toi” : Cette robe ira [à toi] à merveille.
L’apostrophe signifie que le pronom est élidé.
Ainsi, quand la lettre “t” ne sert qu’à “faire joli”, elle est suivie d’un trait d’union, et si c'est un pronom élidé on le signifiera, au lecteur instruit, par une apostrophe de circonstance.
A-t-il été compris mon court cours ?
Répond-il à votre attente ?
Pardon ?
Qu’y a-t-il ?
Vous voudriez un exercice ?
Soit.
Tout cours, même court, s’achève sur un exercice.
On appelle t euphonique ou t analogique le t ajouté entre le verbe et un pronom sujet de troisième personne (il, elle et on) lorsqu'il y a inversion de ce verbe et de ce sujet. Cette inversion se produit dans une structure interrogative ou dans une phrase incise. L'ajout du t euphonique n'est exigé que lorsque le verbe se termine par un -e muet ou par un -a, et avec les verbes vaincre et convaincre. Un trait d'union précède et suit le t euphonique.
Une de ces courtes (décidément ) phrases ne contient pas d’erreur à moins qu'une seule, seulement, ne faillisse à la règle.
A / Je suis fatiguée, Papistache, maintenant va-t’en !
B / Ce bougre de maniaque du verbe va-t’il enfin s’en aller ?
C/ La leçon portera-t-elle ses fruits ?
D / Y en aura-t-il d’autres ?
E / Ces phrases alambiquées, méfie-t’en, elles recèlent sûrement quelque piège.
F/ Il est sympa le vieux va-t-en guerre, on lui fait faire tout ce qu’on veut.
