lundi 28 avril 2008
Migration pendulaire
Chaque matin,
en voiture,
toujours au même endroit
— de l’avantage et des inconvénients de partir à heure régulière —
nous le croisons.
Même dégaine,
même silhouette,
même coup de pédale un peu heurté.
Un homme.
Un homme,
à vélo,
blouson ouvert,
tête nue
— même en hiver —
mains au guidon ;
il quitte le lieu
où nous allons
pour se rendre
là d’où nous venons.
Un navetteur.
Peut-être vient-il de plus loin pour aller encore plus loin ?
Nous ne le connaissons pas et pas facile de nouer une conversation sur une départementale. Zou !
Ce n’est pas le coup de pédale de l’amateur de cyclotourisme.
Une allure lente
— ça monte un petit peu dans ce sens, on quitte la vallée —
des vêtements civils
(point de panoplie à la publicité et aux couleurs tapageuses).
Un ouvrier qui se rend à son travail ?
Ce n’est pas l’allure d’un promeneur du dimanche.
Dans l’obscurité des mois d’hiver,
sous la pluie,
la grêle,
il monte son petit chemin de croix
chaque matin où nous descendons vers le fond de la vallée.
Nécessité.
Ce n’est pas un écologiste adepte des transports alternatifs.
Encore que : une ! deux ! une ! deux !
Il pédale.
En force.
Pas en souplesse.
Peut-être un avare voulant économiser sa voiture ?
Ou un masochiste ?
Ou un pauvre ?
Un navetteur de retour d'un after ?
Un amant qui quitte de bon matin les draps accueillants d’une maîtresse aimée et qui s’en retourne au domicile conjugal ? Amant chassé par l'arrivée du mari veilleur de nuit ?
Il me ressemble, comme se ressemblent deux Percherons secs, barbus et chauves.
J’aurais cette position sur le vélo.
La selle un peu plus haute peut-être ?
Il me ressemble dix fois plus que mon frère ne me ressemble.
D’ailleurs, si Épouse-Aux-Ongles-De-Nacre ne me pinçait pas la cuisse, chaque matin, je pourrais croire que c’est la part de mon être se refusant à pointer qui s’en revient à la maison quand l’autre poursuit sa route vers la salle des machines.
— "Aouille !"
Je tourne la tête,
il a disparu.
A demain !
Commentaires
Oh, le pauvre! Il me fait un peu de peine.
A moins qu'effectivement il soit masochiste, mais bon... j'en doute, tout de même!
C'est doux de l'imaginer quittant les bras de sa maitresse, mais les chances pour que ce soit le cas sont infimes, vous avouerez...
Papistache, j'ai une idée sympa! Vous me direz ce que vous en pensez!
Quand vous serez à la retraite, partez donc toujours le matin en même temps que Mamoune, votre vélo dans le coffre!
Vous pourrez vous offrir ce luxe de faire semblant de decider de faire demi tour autant de fois que vous voudrez ;).
Attendez, attendez, il y a un détail...
"tête nue...
même en hiver...
Il me ressemble, comme se ressemblent deux Percherons secs, barbus et chauves."
Non, Papistache, restez auprès d'épouse-tendre-dès-le-matin... dans une voiture tempérée.
Propos sagaces pour cette saga du cycle !
C'est peut-etre votre frere jumeau malefique? mouahaha!
Un Alter idem, un Alter ipse ou un Alter ego ?!!...
Les Anciens, d'Aristote à Ciceron, devraient avoir la réponse !....
Si ça tombe, il pense la même chose de vous... à l'envers forcément...
Chaque matin, je vois les mêmes personnes qui attendent un bus... Un jeune homme et une jeune fille... Certains jours, ils sont dans les bras l'un de l'autre... et d'autres fois, ils se tournent le dos, chacun dans leur coin... (et ça fait des années que ça dure, au début, ils devaient avoir 13 ans, et maintenant 18?...)
Je l'aime particulièrement ce texte.
Retour du balancier
Val, pour le vélo, j’avais une autre idée, je me voyais conduisant Mamoune sur le porte-bagages jusqu’à son travail.
Oh ! Une fois votre idée, une fois la mienne.
Attendez, attendez, il y a un détail...
Vous avez raison, Caro-carito, moi, j’aurais un bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles. La peau du crâne m’est sensible au froid.
MAP propos sagaces valent mieux que salaces et saga que salsa !
Souvenez-vous Janeczka, mon jumeau, je l’ai mangé !
Miss-Ter, je viens de me trouver un maître en philosophie. Je vais devoir changer de vitesse : expliquez-moi ces alter ?
Non, lui, Tilu doit croiser de nombreuses voitures dans sa course matutinale. Et pour en avoir fait, un peu, du vélo, je crois que cet inconnu est absorbé par ses pensées. Je ne suis qu’un bruit qui passe à son côté, un parmi d’autres. L’ai-je jamais vu lever la tête une fois ?
Tilleul, votre scénario, on pourrait en faire une publicité pour une compagnie d’assurance et mener l’histoire sur plusieurs générations. C’est joli et très visuel.
Tic-Tac
Vous commentez tard, Kloëlle, je n'ai pas pu inclure ma réponse dans la fournée précédente.
Connaissant la sensibilité que vous affichez dans vos textes, vos compliments me ravissent à chaque fois !
Pour un tel débat, je vous renverrais bien sur Montaigne et ses essais sur l'Amitié !... De vieux souvenirs, un peu vagues.... sur l'équivoque entre l'alter et l'ego ; Voir la personne comme un autre "soi-même" foncièrement original (l'alter ipse) ou bien comme un autre "moi-même" particulièrement ressemblant (l'alter idem)...
C'est surtout incompréhensible !!!... comme tout principe philosophique....
j'aime vos rêves...
le défi d'une fane : écrire le point de vue du "cycliste" sur les deux bizarres dans leur voiture... :o)
D'F I D'F ANE
InFolio, j'ai déjà, un peu, trop peu, répondu à Tilu sur le point que vous soulevez.
Bon, je le recroiserais demain et j'aurais l'occasion de repenser aux pensées du cycliste mystérieux.
Vous n'imposez pas de délai !
Et... et le soir ????
Le soir...
Le soir, Teb, mon double doit obéir des horaires horlogers tandis que nous, nous subissons moult aléas qui nous contraignent à souvent retarder le moment de rentrer au nid.
Il est rarissime que nous le croisions au retour. Ces soirs-là, nous nous regardons au fond des yeux et en conduisant c'est risqué...
Comme disait Coluche : nous on sait où on va, on va chez ta mère, mais, tous ces cons ils vont pas chez ta mère ?
Chat l'heureusement
Joëlle
je m'excuse bien bas de parfois commettre l'hérésie de ne pas lire tous les commentaires qui précèdent le mien.
