vendredi 18 avril 2008
Vue imprenable
Elle sera déçue, Tilu, quand elle viendra fouler les forêts percheronnes.
Point de panorama grandiose.
Aucune vision vertigineuse sur les collines pierreuses.
Pas de paysages où l’œil se perd,
ni de trouées magnifiques sur une falaise déraisonnable.
De perspective confondante, inutile d’en rêver.
Quand je marche en forêt, je baisse le nez et je vois ça.
A gauche, un étrange animal aux écailles toutes de douceur empreintes, sur le dos duquel se dressent de sombres toupets émeraude.
A droite, la vase fétide et nocive d’Anglora,
lointaine planète aux confins de l’univers des Fanes.
Je baisse le nez, pour éviter de néantiser ces trésors d’une semelle lourde et colonisatrice.
Je baisse le nez au mépris du danger. Les arbres, en forêt, ne s’ingénient-ils pas à se placer en travers du passage du promeneur voûté ? Encore que les arbres, bien casqué — accessoire indispensable au randonneur un peu cintré— on se remet vite de la rencontre, surtout si le tronc, pourri, héberge des perles de nacre.
Non, le danger, c’est cela.
Elle sera déçue, Tilu, quand elle viendra fouler le tapis de feuilles mortes.
Tiens, une comparaison me vient au bout des doigts. Je pense à Darwin et à ses pinsons des Galapagos, à ses iguanes des mêmes îles.
Tilu, elle s’est adaptée aux collines provençales. L’œil de l‘aigle, le pied sûr, la petite taille comme ces pins qui poussent sur les arêtes rocheuses, économie de surface pour déperdition d’eau minimale, aiguilles plutôt que feuilles.
Ici, les arbres
trempent leurs racines dans l’eau
et s’élèvent à des hauteurs
où aucun humain ne les concurrence.
Elle ne sera pas déçue, Tilu, bien sûr que non !
C’est juste une manière de renouveler l’invitation.
L’osmonde
aura déroulé ses crosses. J’arrête les miennes,



