mercredi 16 avril 2008
Lettre ouverte à Janeczka
A la Papistachière, ce mercredi 16 avril 2008
Chère Janeczka,
Vous n’avez guère quitté mes pensées depuis ce jour d'avril où vous crûtes bon de m’associer à vos jeux dominicaux. Ne vous méprenez pas, lecteurs d’occasion (même si vous êtes novices en ce lieu !) si mon avant-propos vous paraît tendancieux, Janeczka n’occupait que la digne partie de mon cerveau.
J’admire la célérité avec laquelle mes partenaires de circonstance ont su, sur le champ, satisfaire à vos exigences. J’en suis incapable.
Voyez le point numéro trois de votre ludique badinage : Quelle est votre boisson du matin ? Songez qu’il m’aura fallu une année entière pour traiter du sujet. Une année, Janeczka ! Une année !
Alors, quand vous me demandez quel animal j’aurais rêvé être, j’ai interrogé tous mes souvenirs, aucuns de ceux qui répondirent à l'appel n’a pu retrouver trace d’un quelconque jour où j’aurais voulu être animal. Toute ma vie, j’ai essayé, sans résultat particulièrement notoire, de devenir un homme. Oui, je ressemble à un homme, biologiquement. Mais un HOMME ? Vaste question dans les rets de laquelle je me débats depuis plus d’un demi-siècle.
Ma couleur préférée ? Encore une question impossible à trancher sans la nuancer. Encore, eussiez-vous demandé "LA" couleur que je préférais, j’aurais pu mentir mais... "MA" couleur ? Ai-je une couleur ? Et dois-je la préférer à d’autres ?
J’ai retourné ce point à mille reprises, (fallait-il que le trou soit important qu'il nécessite un si gros raccommodage ?) je n’en ai rien conclu sinon que le rouge, lui, ne m’aime pas. Mais ce n’était pas la problématique.
Nourriture préférée ? Voulez-vous une pirouette que j'aimerais que vous qualifiiez d'élégante : Mais, chère Janeczka, le plat que vous aurez, de vos propres mains, confectionné, à mon attention, EST le plat que je préfèrerais à tout autre. Vous m’objecteriez, avec votre air canaille, que j’aime vivre dangereusement et l’affaire serait close. Ma nourriture préférée n’appartient pas à la Terre.
Infatigable, vous espériez connaître l’objet auquel je tenais le plus. J’ai consulté le dictionnaire pour redéfinir le sens du mot objet. "Tout ce qui s’offre à la vue, affecte les sens." La lumière qui brille au fond des yeux de Mamoune. Comment voulez-vous qu’une image vous la restitue ?
Votre dernier point. Vous voudriez qu’au moins, pour celui-ci, je consente à un petit effort. Vous le méritez, enfin. Non ?
Acceptez que je vous livre un court récit, que j’ai, peut-être, déjà dû confier car il m’habite depuis fort longtemps. Lecteurs qui reconnaîtrez un billet précédent, profitez de ce moment gagné sur l’existence et faites-vous couler un bain.
Un instituteur, digne hussard noir de la République, d’un village reculé de Corse (pourquoi reculé ? peut-être qu’avancé il aurait pris l’eau ) se voit offrir à l’automne de sa vie, un voyage sur le continent, lui qui, au terme d’une brillante carrière, n’avait jamais pris le bateau (l’avion balbutiait alors).
Il revient (tout voyage, un jour, prend fin), on l’attend, on l’interroge : “Alors ?” Il laisse tomber : “Tout ce que j’ai visité était déjà dans mes livres !”
Voilà donc le produit très insatisfaisant, je le conçois fort justement, de ce petit divertissement que vous aviez initié voici une dizaine de jours. Mes réponses vous décevront et vous passerez à autre chose.
"Ah ! Mais c’est déjà fait ! "
Quant à moi, Janeczka, j’espère en tirer une once de soulagement qui me fera retrouver un peu de sérénité dans l’inlassable quête de mon insaisissable humanité.
Je vous embrasse comme ma fille, Janeczka, ne changez rien.
Papistache
