Alors, il est tombé.
Il est tombé, très bas.
Très, très bas, l’avocat.
Il est tombé si bas, si bas,
qu’il ne s’est pas arrêté.
Au niveau du bitume,
il aurait pu stopper là sa chute.
Non !
Il a poursuivi sa descente.
Les égouts, l’argile à silex,
le manteau permien, il a tout traversé.
En fait, il tombe encore, aujourd’hui,
il n’a pas fini de tomber.
Il est tombé de si haut, faut-il dire,
de si haut qu’il ne s’est pas arrêté.

Il aurait pu tomber pour fraude fiscale
Comme Al Capone.
Non, il est tombé comme un fruit
tombe d’un arbre.
Sauf que le fruit s’écrase au sol,
voire sur un naseau impassible
ou un roseau penchant
et qu’il reste là, le fruit,
ahuri de sa chute,  perdu, au ras des pâquerettes,
son horizon chamboulé.

Lui, il est tombé sans s’arrêter.
Il a traversé la matière :
il traverse la matière.
Il tombe et s’affranchit de la pesanteur.
Paradoxe ! Il s’était affranchi de tout, l’avocat,
des lois, des règles, des usages, des principes, des mœurs,
restait la gravitation et c’est elle qui a tranché.

"Vous avez beaucoup péché, mon fils,
je vous absous de toute gravité."

Et il tombe, en tous sens.
Pas éclipsé, il reviendrait à périodes fixes.
Néantisé.
La chute infinie.
On n’a pas fini d’en parler.